Lalamde, op. cit., p. 5'i
2. Louis FiGUiEii, les Merveilles de la science^ t. II, Finiluslriedu Papier, p. 244-'24ô.
18 l'ETIÏ MANUEL DE L'AMATEUR DE LIVRES.
OU 200, par exemple, on transporte en bloc cette pile, dite passe ou porse^ — ou, plus exactement encore, porse-flolre, — sous une presse hydraulique ou à main, et on les comprime pour en faire complètement sortir l'eau et hâter la dessiccation. On désintercale ensuite les feuilles, on met en tas d'un côté les feutres, de l'autre les feuilles de papier, les passes blanches ou- porses blanches^ qu'on replace de nouveau sous la presse et qu'on comprime encore, puis qu'on porte à l'étendage, qu'on fait sécher, jusqu'à ce qu'elles soient absolument solidifiées et fermes, maniables sans risques ni difficultés.
Le papier à la forme — et c'est en quelque sorte là sa caractéristique, le moyen de le reconnaître du premier coup d'œil — a toujours les bords irréguliers, plus ou moins marqués de boursouflures et d'aspérités, ce qui provient du contact de la pâte avec le cadre de la forme. Le papier à la mécanique, au contraire, qui, comme nous allons le voir, se fabrique sans cadre, d'une façon continue, et se sectionne à volonté, se tranche mécaniquement, a toujours cette section
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1res nette, ses bords bien réguliers et lisses. A propos des anciens papiers de fil, un écrivain anglais du dix-septième siècle, Thomas Fuller, a fait cette remarque, sans doute plus curieuse qu'exacte, que le papier participe du caractère de la nation qui le fabrique. Ainsi, dit-il, « le papier vénitien est élégant ot fin ; le papier français est léger, délié et mou; le papier hollandais, épais, corpulent, spongieux ». Ajoutons que, « si Fuller avait connu le papier gris sur lequel les Allemands impriment leurs ouvrages, il l'eût certainement comparé à la teinte terne et nébuleuse ([iii assombrit l'esprit dans les cerveaux germaniques' ».
Passons à la fabrication mécanique, la fabrication au moyen de la machine à papier continu, dont l'invention, comme nous l'avons dit, est due à l'ouvrier Louis Robert et date de 17119 environ; et, au Heu de pâte de chiffons, employons de la pâte de bois.
1. Paul Lacroix, Edouard Fournieh et Ferdinand Séué, Histoire de l'imprimerie, p. 96.
20 PETIT MAM EL DK l/AMATEl R DE LIVRES.
Cette pâte, « qui apparut vers i867, et révolutionna Findustrie des papiers * », se prépare de deux façons, mécaniquement ou chimiquement.
La pâte de bois mécanique n'est autre chose que du bois moulu, du bois réduit en poudre. Cette pulvérisation s'obtient au moyen d'une meule de grès très dur, en contact avec des bûches d'environ cinquante centimètres de long, et qui tourne avec une extrême rapidité. « A mesure que la bûche s'effrite, s'émiette et se consomme, un ressort la pousse et la tient clouée à la meule, tandis que la poussière ligneuse est entraînée par un courant d'eau incessant. Peu à peu, les bûches, rongées, disparaissent ; le bois râpé et humide s'épure dans un tamis, d'où il est amené entre d'autres meules horizontales, chargées de le raffiner comme une véritable farine ^^ » ^
La pâte mécanique ne peut toutefois être employée seule ; elle ne donnerait qu'un papier sans consistance et sans « soutien ».