SCÈNE IV OLIVIER, puis BAPTISTE
OLIVIER, seul. Non, morbleu, je ne partirai pas! Lesabsenls ont toujours tort. Je ne veux pas que mon roman finisse (l'une manière aussi soite...
BAPTISTE, entrant, il esl en livrée el tient un gros bouquet à la main. Madame dErvilly, s'il vous plaît? — Eh, mais! .. Je ne mo trompe pas... monsieur Olivier !... mon ancien cap'taine I
OLIVIER. Comment, c'est loi^ mon vieux Baptiste!... Que diable viens-tu faire ici?
BAPTISTE. Mon capitaine se porte bien à ce que je vois ! (Soupirant.) Ah! OÙ est le temps oij j'étais le brosseur de mon cap'laine !
OLIVIER. Tu n'es donc pas heureux , mon pauvre garçon ?
BAPTISTE. Ah !... quand on a tîté attaché à monsieur pendant sept ans, on a beau être bien... ça n'est plus ça!
OLIVIER. Vraiment!
BAPTISTE. Ce n'est pas que là oijsque je suis on aie beaucoup à astiquer, mais c'est si triste, là-dedans! Ah! malheur!... m'sieur Pivert, mon maître, est un... Comment qu'il dit ça? (Cherchant.) Un ornipo... ornicorlo... Ah! un ornitorloge. Voilà!... Enfin, il passe son temps à empailler des bêtes el n'a jamais le plus petit mot pour rire... tandis
DE MADAME D'ERVILLY 29
que mon cap'taincl... Ah! quel temps!... lleurousemeni que monsieur Pivert va se marier. Qui sait ! le mariage, qui rend si triste les gens qui soni gais, rendra peutêtre gai mon maître, qui est si triste... C'est ce qui nfamène ici.
OLIVIER. Et quel rapport a ton arrivée ici avec son mariage ?
AMÉLIE, enlr'oiivranl leporle de droite. A pari. Gomment !. . .
Il est encore la ! Quel est ce domestique, et que pout-il lui vouloir?
(Elle écoule,)
B.\PTisTE. Mais, comment^ je viens chez sa future !
OLIVIER. Sa future?
BAPTISTE. Mais oui, mon cap'taine. Madame d'Ervilly attend mon maître aujourd'hui ; ils ne se sont jamais vus et doivent avoir ensemble une premier.? entrevue. C'est le père de madame qui fait le mariage... Mais voilà que M. Pivert est retenu à Paris par un envoi de coqs de gruyère, c'est pour offrir au jardin... (cherchant) d'animation, d'inanition... enfin^ vous savez, ce jardin où l'on marie des animaux qui ne se sont jamais vus...
OLIVIER. Laisse-Ià tes bêtes et tâche de parler sérieusemeni. Tu dis que madame d'Ervilly attend ton maître aujourd'hui ?
BAPTISTE. Mais oui, mon cap'taine, puisque c'est elle qu'il épouse... à preuve que...
OLIVIER. Madame d'Ervilly va épouser ce monsieur Pivert qu'elle ne connaît pas I. . . et moi!... Ah! je comprends, maintenant, pourquoi Ton tenait tant à me voir partir !
BAPTISTE, à part. Quest-ce qu'il a donc?
OLIVIER. Ah! c'est ainsi!
BAPTISTE. Eh bien, quoi donc qu'il va, mon cap'laine?
OLIVIER. C'est cela, la coquette se moquait de moi... Oh ! je saurai bien! Oui!... Il faut que je me venge... Mais, comment !... Quel tour pourrais-je donc bien lui jouer?... Ah! Quelle idée ! Baptiste! avance à l'ordre !
BAPTISTE, faisant le salut niililaire. Mon cap'taine !
AMÉLIE, à part. Que va-t-il lui dire?
OLIVIER. Tu es bien certain que madame d'Ervilly reconnaît pas ton maître, monsieur...?
BAPTISEE. Pivert... mais non^ mon cap'taine qu'ils ne se connaissent pas que je vous dis... à preuve que Monsieur m'a dit de bien regarder Madame pour lui dire comment elle est. Il sait que je m'y connais, il veut avoir mon goût avant de...
OLIVIER. Quelqu'un t'a-t-il vu entrer ici?
BAPTISTE, Je n'ai encore vu ici que mon cap'laine et moi. à preuve que...
OLIVIER. Très-bien... Tiens, voici pour toi.
(Il lui donne de i'aigeul.)
BAPTISTE. Oh ! mon cap'taine...
OLIVIER. Veux-tu entrer à mon service?
BAPTISTE, joyeux. Si je veux entrer au service de mon cap'taine!... Mais, tenez, je ne veux pas vous tromper, je ne suis pas encore bien guéri de ma malheureuse passion... (Il fait le geste de boire.) Et comme c'est pour cela que dans le temps, mon cap'taine se fâchait contre moi. . . je. . .
OLIVIER. Cela ne fait rien... Prends encore ces vingt francs. . . Si tu me sers avec zèle ta fortune est faite.
DE MADAME D'ERVILLY 31
BAPTISTE. Ainsi, à partir d'aujourd'liui j'entre au service de mon capitaine?
OLIVIER. Oui, mon garçon.
BAPTISTE. 3Iais pour le quart-d'heure, quelle est la consigne?
OLIVIER, regardant si personne ne l'entend et sans voir madame d'Ervilly toujours eachée. Eli bien, Raptiste, mon brave, tu vas tout simplement remplacer monsieur Pivert auprès de celte dame,
AMÉLIE, à part. Qu'entcnds-je ! . . . Oh!... c'est indigne !
BAPTISTE. Comment^ mon cap'taine veut que je?...
OLIVIER, Tu dois connaître tout aussi bien que ton maître les manières du grand monde... Je paiioquetu sauras faire la cour mieux que lui..,
BAPTISTE. Oh! pour cela oui !.. . mais ce costume. . .
OLIVIER. Tu as à peu près ma taille, j'ai ton affaire... n'as-tupas fauu?
BAPTISTE. Biais vraiment si, et surtout soif !
OLIVIER. Parfaitement. Je vais le mener à mon hôtel, Je l'y ferai servir à déjeuner comme pour moi... Emporte ton bou(iuel. . . Ali ! madame d'iirviily !
BAPTISTE, en s'en allant. Enfin, je vais loujours commencer par bien déjeuner.
(Ils sortent.)