SCENE XVIII
Les Mêmes, DUREMÈRE.
DUREMÈRE, qui a vu le mouvement de Lucien, à part. Je me suis trompé... Si on allait se douter ! (Haut.) J'aurais dû me faire annoncer, j'arrive un peu à l'improviste. . .
DURAND. Nullement, Monsieur. (Bas à madame Durand.)
Laisse-moi lui parler, je me charge de son affaire. . . tu vas voir. (Haut à Duremère.) Eh ! bien avez-vous vu votre jeune malade si intéressante. Comment va-t-elle ?
DUREMÈRE. Je l'ai trouvée bien mieux. . .
DURAND. Alors elle n'est plus au bouillon de grenouille. . . vous lui avez permis les deux œufs. . . c'est une très-bonne chose que les œufs. . . mais on se trompe souvent. . . vous y avez peul-ôire ajouté un poulet ?
MADAME DURAND. QUB veUX-tU dlr© ?
DURAND. Monsieur me comprend bien. . . (Bas à Durcmère.) Je sais toul^ Monsieur, . . Mademoiselle Célina, rue de Trévise, 7, la troisième porte au fond du corridor à gauche, Frappez fort. Voici vos deux œul's. . . Monsieur.
DUUEMÈRE, bas â Durand. Mais je n'en ai qu'un. . .
DURAND, de même. Deux^ Monsieur, deux ! (A part.) Total 2,0ll0 francs, qu'on m'y reprenne. . .(Haut.) Oui, Monsieur, nous vous exprimons tous nos regrets. Mais nos enfants s'aimaient depuis longtemps, ils ne nous en avaient jamais rien dit. Et c'est seulement tout à l'heure que. . .
DUREJiÈRE, à part. On me met à la porte. (Haut.) Je suis heureux, Monsieur, de pouvoir diminuer vos regrets en vous annonçant que je venais prendre congé de vous.
MADAME DURAND. Ah ! • . VOUS VCUieZ. . .
DUREMÈRE. Mon Dieu, oui. . . Je n'aurais pu. . . les embarras de ma clientèle. . . Monsieur pourra plus facilement que moi conduire mademoiselle, soit à Nice, soitàOran... (A Lucien.) Monsieur, je vous recommande Oran, l'air y est d'une douceur !
DURAND. Vous cfoyez donc que ma tille est poitrinaire ?
DUREMÈRE. Je uc dis pas cela, mais enfin. . . le tempérament de madame sa mère.
MADAME DURAND. Comment, mon tempérament ! . . . mais je n'ai jamais été malade.
DURAND. Ah ça, vous prenez donc ma maison pour un hôpital ?
DUREMÈRE. Non, mais pour une maison de santé ; et, puisque je ne peux en avoir la clientèle. . , j'ai bien l'honneur de vous saluer. (il sort.)
TOUS SES CEUFS... 171
BAPTISTE;, annonçant. Madame est servie ! (Bas à Lucien.) Avais-je raison. Monsieur?
DURAND. Eh ! bien^, puisque nous sommes ici dans une maison de sanlé, allons boire de la tisane. . . de chanipngne, (A part.) C'est égal, on a bien raison de dire qu'il ne faut pas mettre TOUS SES OEUFS DANS LE MÊME PANIER... ni dans la même poche.
(Ils se dirigent vers la salle à manger, la toile tombe.)