I. — PREHIERS EFFETS. — CONDUCTIBILITË
Quand on frotte avec une étoffe de laine ou de soie, ou avec une peau de chat, un bâton de verre, de cire d'Espagne, de gomme laque ou de soufre, il acquiert la propriété d'attirer de la sciure de bois ou des barbes de plumes, ou en général des fragments déliés de corps légers. On les voit s'envoler d'abord vers le^bâton frotté qui les attire, puis se disperser aussitôt dans toutes les directions, par l'effet d'une répulsion qui, après le contact, succède immédiatement à l'attraction. Si l'opérateur approche de sa joue le bâton frotté, il éprouve un chatouillement comme au contact d'une toile d'araignée. Quelquefois on sent des picotements douloureux, on entend des décrépitations et l'on voit dans l'obscurité des étincelles ; après quoi le bâton a repris son état naturel.
Ces manifestations prouvent que les corps acquièrent par le frottement des propriétés spéciales qu'ils perdent par le contact avec d'autres corps ; on dit qu'ils sont électrisés, et l'on nomme électricité la cause inconnue qui développe ces phénomènes.
Conducteurs et isolJEUits. — Les corps qui s'électrisent par le frottement se nomment idio-élcctriques . Mais il y en a un grand nombre qui ne s'électrisent point : ce sont les métaux, les pierres, les organes des animaux et des végétaux; on les nomme anélectric^es . La cause de ces différences a été découverte en 1722 par Gray. Ayant fermé un tube de verre par un bouchon de liège, il vit ce bouchon attirer les corps légers
toutes les fois que l'on frottait le tube, bien qu'il fût de lui-même anélectrique : il prenait du verre, par communication, la vertu électrique qu'il gardait ensuite. Gray. attacha au bouchon une corde de chanvre de 765 pieds et la suspendit horizontalement au plafond de la salle par des rubans de soie ; l'attraction électrique s'exerça dans toute l'étendue et jusqu'à l'extrémité de la corde. Cette expérience prouve : i"* que l'électricité se transmet par la corde à des distances quelconques, ce qu'on exprime en disant que le chanvre est conducteur de l'électricité ; 2° que les rubans de soie qui soutenaient la corde empêchent cette électricité de s'échapper, qu'ils ne la conduisent pas, ou qu'ils sont isolant?,. Outre la soie, le verre, le soufre, la résine, etc., sont des corps isolants.
Pour qu'un corps puisse acquérir de l'électricité par frottement, il ne suffit pas qu'elle y soit développée, il faut encore qu'elle y demeure et ne se dissipe point pendant le temps qu'elle se produit. Donc, pour qu'un corps soit idio- électrique, il faut qu'il soit isolant. Au contraire, les substances conductrices sont nécessairement anélectriques, car toute l'électricité qui pourrait s'y développer serait immédiatement transmise à la main qui les tient et se perdrait dans la terre. Mais quand on les isole en les soutenant par un manche de verre, tous les corps s'électrisent également bien quand on les frappe avec une étoffe de laine. En réalité, il n'y a point de corps anélectriques ; mais il y a des corps isolants ou conducteurs, c'est-à-dire qui gardent ou perdent la vertu électrique qu'ils reçoivent quand on les frotte.
La faculté de conduire l'électricité n'est point une propriété absolue; les corps la possèdent tous, mais à des degrés très-divers. Dans le tableau qui suit, ils sont rangés par ordre de conductibilité décroissante, depuis ceux où elle est la plus grande jusqu'à d'autres où elle n'est plus sensible et qui sont les isolants. On remarquera que le charbon de bois et le diamant isolent, mais l'anthracite, le charbon calciné et celui des cornues à gaz sont des conducteurs excellents. L'eau et sa vapeur conduisent, tandis que la glace à une basse température ne le fait plus. Ajoutons encore que la plupart des corps deviennent conducteurs à la température rouge ; tels sont au moins le verre, les cristaux, les gaz, les flammes, etc.
Liste de diverses substances par ordre de conductibilité décroissante.