CHAPITRE V. — ORAGES
était chargée d'un sel ou d'un acide ; que le contraire avait lieu si elle était alcaline, et que l'effet était nul avec l'eau pure.
On peut dès lors admettre que, pendant l'évaporation de la mer, les vapeurs en se formant emportent de l'électricité positive, qu'elles en chargent l'atmosphère , que les vents la transportent sur les continents, principalement de Téquateur aux pôles, dans les régions élevées, avec le courant équatoriaî, que les électroscopes en accusent l'existence, et qu'elle développe ensuite les effets de la foudre.
n. — 0BA6ES.
L'idée d'assimiler la foudre à l'électricité est aussi ancienne que la découverte de l'étincelle. C'est Franklin qui, en juin 1752, conduisit jusqu'au sol, au moyen d'un cerf- volant, l'électricité des nuages orageux. Dirigé par les idées de Franklin, Dalibard avait déjà, au mois de mai de la môme année, obtenu des étincelles d'une tige métallique dressée en plein air. En 1763, deRomas répéta l'expérience du cerf- volant. Les résultats furent extraordinaires. On tira de la corde, mêlée de fils métalliques, des étincelles de 9 pieds de long, de i pouce de large, et qui partaient comme des coups de pistolet.
Éclair. — Ces expériences prouvent que l'éclair est une étincelle électrique et le tonnerre son bruit. Il reste à expliquer toutes les circonstances du phénomène; là se rencontrent quelques difficultés. On peut mesurer la distance du nuage à l'observateur par le temps qui s'écoule entré l'éclair et le tonnerre ; d'autre part, en appréciant approximativement l'angle soustendu par les deux extrémités de l'éclair, on peut calculer à peu près son étendue. On trouve ainsi que souvent l'éclair atteint de 5 à 6 lieues, et il est difficile d'admettre une puissance électrique assez considérable pour donner lieu à une étincelle unique de pareille grandeur. Mais un nuage n'est point un conducteur métallique, c'est une masse discontinue où l'électricité peut être très-inégalement distribuée et oii peut se produire une série d'étincelles se continuant de l'une à l'autre, comme dans les tubes étincelants. Dès lors cet immense longueur ne nous étonne plus, puisque l'éclair est une suite d'étincelles et non plus une étincelle unique.
Tonnerre. — Du moment qu'un éclair est formé d'étincelles électriques, le tonnerre en est le bruit. Mais le bruit d'une étincelle est sec et ne se prolonge pas, celjoii du tonnerre se compose d'éclats successifs ordinaire-
300 LIVRE III. -r ÉLECTRICITÉ STATIQUE.
ment suivis par un grondement sourd. On peut expliquer cette différence. Le bruit d'un éclair prend naissance au même moment en chacune de ses parties, à des distances très-diverses de l'observateur, et il ne peut lui parvenir que successivement, après avoir mis des temps inégaux pour arriver des différents points à l'oreille. Si l'éclair était rectiligne, le bruit du tonnerre, maximum au commencement, décroîtrait continûment; mais comme l'éclair est en zigzag, chaque portion rectiligne qui le compose envoie un son plus ou moins intense suivant sa direction, et le tonnerre se compose de bruits successifs inégalement forts : de là des éclats, des renforcements et des affaiblissements.
Inflaence des images orageux sur le soL — Quand l'atmosphère est fortement électrisée, elle attire à la surface du sol une électricité contraire à la sienne ; on voit se produire les phénomènes de la répulsion électrique, et des aigrettes lumineuses se montrent sur les pointes métalliques. Les observations anciennes et modernes mettent ce fait hors de doute. Le feu Saint-Elme n'est autre chose qu'une illumination de ce genre.
Choc en retour. — La décomposition électrique ne s'exercera pas également en tous les points : elle sera très- faible sur les corps mauvais conducteurs ou sur les animaux isolés du sol, très-énergique sur les terrains bons conducteurs, sur le sol humide et sur les masses métalliques; elle agir,a principalement sur les lieux élevés, les clochers, les arbres ou les mâts.
Si le nuage électrique qui développe cette action est brusquement déchargé, son action d'influence est subitement détruite, le sol retourne brusquement à l'état naturel avec les animaux qui s'y trouvent, et ces derniers éprouvent des commotions électriques. On a vu des troupeaux entiers, des attelages de chevaux, des groupes nombreux de personnes réunies, éprouver en môme temps ce genre d'actions et quelquefois y succomber. Ce phénomène se nomme le choc en retour.
Pendant tout le temps que dure cette influence électrique, un phénomène plus terrible encore est imminent : c'est la recomposition directe du , fluide neutre entre la terre et le nuage ; c'est alors que le tonnerre tombe sous la forme d'un trait de feu qui n'est qu'une étincelle de grande dimension, n est évident qu'il tombera de préférence sur les sommets des montagnes, des édifices ou des arbres, et en général sur les corps les plus conducteurs. Les terrains secs, les lieux abrités, les corps isolés ne seront foudroyés que très-rarement, puisqu'ils n'étaient pas préalablement chargés d'électricité contraire à celle du nuage.