‹ Petit traité de physiqueChapitre 365 sur 408 · CHAPITRE Vil. — ANALYSI£ SPECTRALE · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil. — ANALYSI£ SPECTRALE

belle raie verte; et enfin dans celui du baryum, le plus compliqué de tous, un ensemble nombreux de lignes brillantes comprises entre le rouge et le bleu.

Fig. 619.

En résumé, les six métaux alcalins connus, combinés avec des corps quelconques, déterminent, quand on les introduit dans la flamme, certaines raies spectrales qui les caractérisent et permettent non de les doser, mais de reconnaître leur présence. Tel est le principe de l'analyse spectrale.

Cette méthode est d'une sensibilité extraordinaire. En faisant détoner dans une chambre 3 milligrammes de chlorate de soude, on répand dans l'air une quantité suffisante de sodium pour que le spectroscopeen accuse la présence à l'estrémilé opposée de la chambre. Grâce à œtle prodigieuse sensibilité, on a reconnu l'existence de parcelles de soude dans presque toutes les poussières ; on a constaté également que les autres métaux alcalins sont beaucoup plus répandus qu'on ne l'avait supposé. Ce n'est pas tout : la nouvelle méthode a fait découvrir plusieurs nouveaux corps simples, qui se sont révélés par les traits brillants de leurs spectres.

MM. Kirchhoff et Bunsen avaient fait dissoudre i5o kilogrammes delépidolite de Saxe. Après avoir précipité successivement tous les métaux que la solution contenait, excepté le sodium et le potassium, ils découvrirent au spectroscope, outre les caractères de ces deux métaux, des raies nouvelles qui n'appartenaient à aucun des alcalis connus. Il y en avait deux dans le rouge et deux autres moins vives dans le violet [fig. 619). Ils en conclurent que le liquide devait contenir un métal alcalin jusqu'alors inconnu, caractérisé par ces raies rouges si brillantes, et ils le nommèrent rubidium (métal rouge). Ils parvinrent ensuite à l'isoler. Le rubidium a pour équivalent 85; il est isomorphe avec le potassium, et il a des affinités plus énergiques que ce dernier.

Dans les eaux mères des salines de Durckheim, les mêmes physiciens découvrirent ensuite un autre métal, le cœsium, caractérisé par deux raies bleues. M. Crookes découvrit, à son tour, le thallium^ qui fut isolé par M. Lamy; il se distingue par une belle raie verte. MM. Reich et Richter ont trouvé de la même manière Vindium^ qui a une raie trèscaractéristique de couleur indigo.

Les spectres des métaux alcalins sont relativement simples ; mais ceux des autres métaux présentent une complication si grande, qu'il laut renoncer à les employer comme moyens d'analyse. Néanmoins, M. Kirchhoff les a dessinés dans tous leurs détails, en faisant usage d'un spectroscope à plusieurs prismes et en les comparant au spectre solaire. Il faisait arriver les rayons solaires parla moitié inférieure de la fente, pendant qu'au moyen d'un prisme à réflexion, il éclairait la moitié supérieure avec l'étincelle d'induction jaillissant entre deux électrodes métalliques. Il put ainsi constater l'exacte coïncidence des raies brillantes de plusieurs métaux avec de certaines raies obscures du spectre solaire. Nous y reviendrons plus loin.

Page 1