CHAPITRE YIII.— HÉLIOCHROMIE
rayons chimiques, bien qu'ils soient impuissants à la faire naître. Ils ne Texcitaient pas, ils l'ont continuée, et M. Edm. Becquerel les nomme à cette occasion rayons continuateurs. On peut remarquer qu'ils précipitent et révèlent l'action chimique comme ils le faisaient pour la phosphorescence.
Les mêmes rayons n'oxydaient pas le gaïac blanc ; mais quand on les fait tomber sur le gaïac qui a absorbé de l'oxygène et qui est bleu, ils dégagent ce gaz et ramènent la substance au blanc. Loin d'être oxydants pour les matières organiques, ils sont réducteurs, et leur action est inverse de l'action des rayons très-réfrangibles.
Héliochromie. — Wollaston, Davy, Seebeck avaient remarqué que le chlorure d'argent prend et garde la couleur des rayons simples qui le frappent. Leurs expériences furent reprises par M. £dm. Becquerel. Il plonge une lame de plaqué d'argent dans de l'acide chlorhydrique étendu, et la fait communiquer avec le pôle positif d'une pile. Elle se couvre aussitôt d'une couche mince de chlorure d'argent qui prend, en augmentant d'épaisseur, les teintes successives des anneaux de Newton. On arrête l'opération quand on a obtenu pour la deuxième fois une couleur violette. On lave et on sèche la plaque ; on la polit avec du tripoli fin et on la recuit jusqu'à 100 degrés. Toutes ces opérations doivent être faites dans l'obscurité. On expose enfin la plaque pendant une heure ou deux à Faction d'un spectre solaire réel bien immobilisé par un héliostat, et l'on voit peu à peu naître l'impression. Elle se compose d'abord d'une traînée couleur puce foncée qui précède le rouge, et qui est due aux chaleurs obscures. A l'extrémité opposée du spectre, de H en T, les rayons ultra-violets marquent une trace grisâtre très-prolongée, et enfm les lumières ont peint leurs couleurs respectives entre A et H, avec un maximum d'éclat au point même où le spectre lumineux présente sa plus grande intensité. Le jaune est un peu pâle, mais le rouge, le vert et le violet sont reproduits avec leur propre teinte. ^
Quand on veut obtenir l'image des objets avec leur couleur propre, il est nécessaire d'enlever les radiations obscures, ce qu'on fait en protégeant la plaque : i° par une auge pleine d'eau qui éteint les chaleurs obscures, 2*" par une couche de sulfate de quinine qui arrête les rayons chimiques. Gela fait, une gravure coloriée se reproduit avec ses blancs, ses noirs et ses enluminures ; et même une poupée objectiye se peint avec ses formes et ses couleurs. On comprend toutes les espérances que ces phénomènes ont fait concevoir. MM. Niepce et Poitevin ont déjà réalisé des progrès importants; mais toutes les tentatives qu'on a faites dans
ce, nouvel art de l'héliochromie ont échoué devant l'altération rapide des images.
Action de la lumière sur les feuilles. — Priestley annonça, en 1773, que les plantes ont la propriété de rendre sa pureté à l'air vicié par la respiration des animaux. Ingen-Housz découvrit que cette faculté n'appartient qu'aux parties vertes des végétaux , et qu'elle ne s'exerce que sous l'inûuence des rayons solaires. Enfin Sennebier expliqua ces effets en démontrant que les feuilles, lorsqu'elles sont exposées au soleil, décomposent l'acide carbonique. Elles dégagent l'oxygène et fixent le carbone, qui entre ainsi dans la constitution du végétal. M. Boussingault trouva, plus tard, que l'eau elle-même est décomposée dans ces conditions, et qu'une portion de son hydrogène se fixe dans la plante.
Cette action des feuilles cesse quand on les pile. Elle s'accomplit avec une telle abondance, qu'une seule feuille de nénuphar abandonne pendant Tété jusqu'à 3oo litres d'oxygène. C'est par la face supérieure que les feuilles absorbent l'acide carbonique, tandis que l'oxygène s'échappe par la surface inférieure. La réduction de l'eau et de l'acide carbonique sous l'influence de la lumière est d'ailleurs une réaction tout à fait analogue à la désoxydation du gaïac bleu sous l'influence des rayons peu réfrangibles.
C'est la force vive ainsi empruntée au soleil qui se transforme en effet chimique. C'est ainsi que les plantes créent de la matière organique. Les houilles, les lignites, l'immense provision de bois de nos forêts sont les résidus de ces épurations continues de l'atmosphère, comme l'oxygène de l'air en est le produit.
Les animaux herbivores ou carnivores se nourrissent des matières végétales, les premiers directement, les derniers de seconde main. Cette nourriture, à peine assimilée, se brûle dans les poumons, se transforme en acide carbonique et en eau , qui repassent dans l'atmosphère , et en matières azotées, qui se répandent sur le sol. Enfin les animaux abandonnent de toute nécessité, sous forme de chaleur, la somme de force vive qui avait été empruntée au soleil au moment où s'était constituée la matière organique dont ils se nourrissent.
Les animaux et les végétaux accomplissent trois fonctions correspondantes et inverses qui s'équilibrent et se contre-balaucent : les végétaux purifiaient l'air, les animaux le vicient ; les premiers composaient des matières, les seconds les détruisent; ceux-là absorbaient de la lumière solaire, ceux-ci la rendent sous forme de chaleur obscure ou de force.
L'homme brûle le bois, les houilles et les lignites ; il en retire la chaleur solaire ; par les machines à feu, il en tire de la force. On peut ajouter que