ROBERT MACAIRE
i! ^3y|}h bien ! avions-nous tort et étions-nous ' ~^,^'.si pusillanime, quand, vous prenant ^'5r '\par le bras et vous réveillant en sursaut,
nous vous disions : A Taide! Prenez garde! Voici que le théâtre s'abîme en toute sorte de désordres! A Taide ! réveillez-vous ! Voici qu'après avoir usé toutes choses, Tordre, l'autorité, la puissance paternelle et la puissance royale, le théâtre se met à jouer avec le crime; voici qu'après avoir tourné en dérision Thistoire, la croyance, les plus saintes lois, les vieux rois et les vieilles mœurs, le théâtre se met à rire de l'assassinat et du meurtre !
A l'aide! à Taide ! réveillez - vous , réveillezvous ! Le drame a relevé sa manche jusqu'au coude, et il a trempé son bras dans le sang.
A l'aide ! Voici qu'après avoir ôté la conscience
ROBERT MACATRE 26j
du cœur de Phomme, on arrache le bourreau de son théâtre; voici qu'il n'y a plus de peine pour les meurtriers ni en ce monde ni dans l'autre ! Au secours ! défendez-vous contre un assassin d'un autre genre!
Dieu vous protège contre Robert Macaire, l'assassin civilisé, l'assassin qui sait lire et écrire, l'assassin aux belles manières, l'assassin qui a porté du velours et des manchettes, l'assassin jovial, homme d'esprit et de douces mœurs!
Au secours! voici qu'on retire le crime du bagne, et de l'échafaud, et des cachots obscurs, pour lui faire jouer un rôle brillant dans le monde, en plein jour et au grand soleil ! Prenez garde à Robert Macaire !
Il est déjà l'élu de la foule; on l'aime, on l'admire, on l'applaudit, on le tutoie, on lui prêterait un couteau au besoin.
Prenez garde à Robert Macaire !
Ses guenilles, infectes et hideuses reliques, sont déjà plus populaires que le vieil uniforme impérial, noble et glorieux haillon que nous avons tant aimé et tant chanté.
Prenez garde ! Robert Macaire est le héros de la populace. Il flatte incessamment tous les instincts de la foule; il divinise ce qu'elle divinise, il condamne ce qu'elle condamne ; il l'habitue au
meurtre comme à une action ordinaire de la vie, il fait de l'assassinat une affaire de commerce.
Prenez garde à Robert Macairelà Bertrand, son camarade ! Etrange et horrible alliance ! Abominable société en commandite!
Robert Macaire est la tête, Bertrand est le bras. Macaire est le conseil, Bertrand est Taction. Macaire parle, Bertrand agit. Les terribles associés que c'étaient là! Rieurs et sanglants à la fois, voleurs de grands chemins et faiseurs de gais refrains, portant leurs guenilles avec autant d'aisance et de grâce que s'ils eussent été habillés à crédit par Staub; dandys dans la forme, assassins dans le fond; gentilshommes aux belles manières, qui sont marqués au dos ; braves comme on Test au bagne, éloquents comme des avocats de cour d'assises; toutes les vertus, toutes les qualités; insouciants, actifs, paresseux, flâneurs, bavards, bons fils, fidèles à leur parole d'honneur. Ils ont enivré le public de leurs faits et gestes. La foule pendant quatre actes n'a pu se lasser de les voir, de les admirer, de les applaudir.
lis étaient au bagne, la foule a été les chercher au bagne; ils marchaient à Péchafaud, la foule les a arrachés au glaive vengeur; ils assassinaient un homme, la foule a voulu leur faire assassiner dix hommes; ils mouraient dans r Auberge des