DE L'EXÉCUTION
Notions générales. — Le compositeur, quels que soient d'ailleurs son talent et son génie, doit, pour porter son œuvre à la connaissance du public, avoir recours à un intermédiaire, qui est V exécutant.
Une bonne exécution est une chose d'une importance capitale. Il arrive trop souvent, hélas! qu'un artiste dénature la pensée d'un auteur au lieu de l'interpréter fidèlement et frustre ainsi, par négligence ou par maladresse, le compositeur d'une satisfaction bien légitime, et les auditeurs d'un plaisir sur lequel ils étaient en droit de compter.
Il est impossible, dans un ouvrage aussi restreint que celui-ci, de donner en détail les règles complètes d'une bonne exécution. Nous ne pouvons entrer dans les indications spéciales à chaque instrument, énumérer les ressources que l'on en peut tirer, faire connaître la manière de l'employer, etc. C'est à l'artiste lui-même d'acquérir ces notions indispensables, en s'aidant d'une bonne méthode et surtout en suivant avec persévérance les leçons d'un maître habile et expérimenté.
Nous nous contenterons donc de données générales pouvant servir principalement à l'exécution de la musique d'ensemble.
§ 1. Musique instrumentale.
Jouer juste Qi jouer en mesure sont les deux premières conditions d'une bonne exécution. Ces qualités nécessaires s'acquièrent plus ou moins promptement, suivant les dispositions personnelles de l'artiste, le soin et la persévérance qu'il apporte à ses études, et aussi en raison de la capacité et de la conscience du chef d'orchestre qui surveille et dirige l'exécution.
C'est au chef d'orchestre qu'il appartient de connaître, de
deviner au besoin la pensée du compositeur, de scruter ses intentions, de suivre les mouvements qu'il a indiqués, de faire ressortir les nuances qui donnent à la musique son expression, c'està-dire la couleur, le sentiment, l'âme, la vie.
Le chef d'orchestre doit être placé de façon à ce qu'il puisse voir facilement tous ses musiciens et être facilement vu de tous; il leur communique alors promptement d'un geste, d'un signe, d'un coup d'oeil, les sentiments dont il est animé, fait passer dans leur cœur son émotion personnelle, éveille l'expression douce ou violente, calme ou passionnée, et introduit ainsi dans l'interprétation un charme, une couleur qui viennent s'ajouter harmonieusement à la régularité du mouvement imposé par le bâton de mesure.
Il arrive quelquefois qu'un exécutant, par suite d'un amourpropre très déplacé, tâche de se faire entendre au-dessus des autres pour appeler sur lui l'attention dn public. Une pareille prétention est odieuse et ridicule ; elle suffit pour rendre impossible toute bonne exécution, et elle va directement contre cette règle primordiale que dans les morceaux d'ensemble l'attention doit être fixée par la musique seule et non par les exécutants. Ce n'est que dans un solo, dans un morceau spécialement exécuté par lui, que le virtuose peut rechercher et obtenir pour lui seul les applaudissements de ceux' qui l'écoutent.
§ 2. Musique vocale.
Ce que nous venons de dire pour la musique instrumentale s'applique également à la musique vocale.
Nous ajouterons trois conseils seulement.
Pour obtenir une bonne exécution vocale, il faut :
1° Bien poser la voix;
2° Eviter le port de voix ;
3° Bien prononcer.
Poser la voix, c'est émettre la voix naturellement, franchement, sans incertitude d'intonation ; savoir la maintenir avec des alternatives de crescendo et de decrescendo, tout en suivant les
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règles d'une bonne respiration. Le crescendo ne doit être jamais poussé jusqu'au cri. Rien de plus pernicieux pour la voix que de la forcer, comme font trop souvent les choristes inexpérimentés ou privés de goût musical.
Le port de voix consiste à unir par un coup de gosier un son à un autre. On obtient ainsi une espèce de liaison qui, lorsqu'elle est répétée, rend le chant lourd et insupportable. Ce défaut est très commun dans les campagnes et dans les petites villes, où il est souvent considéré comme une habileté et une élégance de chanteur. L'attaque du son doit toujours être franche et les notes traînées du port de voix ne peuvent que Tempàter et altérer sa netteté.
Enfin, on doit veiller à la bonne prononciation. Les paroles que l'on chante doivent être distinctement entendues pour préciser le sens musical du morceau, dont elles faciliteront par là même l'intelligence et l'exécution. Il faut donc que l'oreille de l'auditeur les perçoive nettement, et c'est user d'une mauvaise méthode que d'augmenter la sonorité d'une syllabe en dénaturant sa prononciation. Le devoir du compositeur est de choisir, suivant l'occurrence, entre les syllabes sourdes et les syllabes sonores ; quant au chanteur, son rôle se borne à exécuter fidèlement ce qui est écrit. Il prononcera donc : j'aime, suprême, une, fortune, âme, peine, etc., et non pas : famé, supreûme, eune, forteune, ôme, pane, etc., comme on le fait trop souvent, sous prétexte de donner au son plus d'éclat et de rondeur.
VOCABULAIRE