‹ Petite faune entomologique du Canada et particulièrement de la province de Québec [microforme]Chapitre 120 sur 594 · QUATRIEME ORDRE · texte numérisé non relu

QUATRIEME ORDRE

HYMENOPTERA.

Les Hyménoptères forment le quatrième Ordre des insectes.

Leur nom vient du grec hymén, membrane et péeron, aile ; c'est qu’en effet ces insectes ont les quatre ailes entièrement membraneuses, et la plupart du temps même hyalines. Bon nombre de Névroptères, comme les Odonates, les Chryxsopes, les Panorpes, etc. ont anssi les quatre ailes membraneuses, mais il est toujours très facile de distinguer, à première vue un Névroptère d’un Hyménoptère, car tandis que chez les premiers les nervures sont toujours fort nombreuses et anastomosées en tous sens, chez Îles que

seconds ces nervures sont toujours en petit nombre et très

régulières.

Quelqnes systématistes ont voulu voir dans l'Hyménoptère le type le plus parfait de l’insecte, tant sous le

sous celui du rôle important qu'il remplit dans la série zoologique, et ont en conséquence placé cet Ordre à la tête de la Classe.

rapport de sa conformation, de sa taille, de ses allures, que "4 | î

Mais la scionca entomelosiqne est envrore trop non. velle, on plutôt encore trop imparfiitement connue, pour que cette nouvelle théorie, avec nn grand nombre d'autres qu'on voit “clore tons les jours, puisse commander nn assen. timent ogéneral et forcer à donusr le coup de grâse à [à méthode jusqu'à ce jour adoptée et suivie, qui fait venir les Hyménoptères après Is Névroptères et les fait suivre des Hémipteres,

Que les Myménaptères, par leur organisation parois si complexe, leur instinct et leurs industries, leurs formes si variées, les services qu'ils nous rendent et les produits qu'ils nous livrent, leurs métamorphoses parfaites, leurs mœurs extrémement curieuses, constituent Pun des ordres des plus intéressants, tout le moude en convient: ais de là à les placer à la tête de la Classe, à les constituer comme type des insectes les plus parfaits, 11 y aurait pius d'une considération à renverser, dont la valeur ne saurait de méme être mée par le plus grand nombre, comme le par si. tisme de nombreux genres fort riches en espèces, les formes atrophiées et décénérées d'un grand nombre, là conformation de beaucoup d'autres si singulière, st extraordinaire, si contraire parfois à tout ce que nous voyons dans les autres êtres,ete. Voyez, par exemple, la plupart des Ichaeumonides, dont l'abdomen ne tient au thorax que par un pédieule fort délié ettrès long; les Vespides, à abdomen pourtant si volumineux,et quide même ne tient au thorax que par un fil, si bien qu'on serait plutôt porté à le prendre pour un appendice que pour une partie constituante de lPanimal; les Chaleides aux formes si insolites, tantôt avec lPabdomen retroussé de manière que la tarière, comme dans les Leucopsides, vient rejoindre le thorax en se repliant sur le dos, tantôt avoc Îles jambes postérieures démésurément renflées, et dont les cuisses œrèleset fort allongées semblent vouloir se mettre à l'unisson avec l'abdomen qui n’est aussi constitué que par nne petite boule portée par un jonget menu pédienie, Dans les Thyréopes, certaines Mégachiles ete., ce sont les juimbes antéricures qui sont démésurément élargies et aplaties ; les Orysses montrent des antennes

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leur sortant presque de la bouche ; lex iysses trainent une tarière de 4 et 5 fois la Jonguenr de leur corps, ete. Mais si ces formes «1 étranges, ces conformations si bizarres, Si insolites, viennent renverser les plans du systémitiste qui voudrait soumettre la nature à sa règle et ranger les oræanismes dans des séries de cadres dout le divin archtecrs de ce monde n’a pas tenu compte dans la création des différents êtres ; elles offrent, d’un autre côté, un intérêt non minime à l'étudiant, au seruiateur qui cherche, avec un esprit droit, non à imposer à la nature sa manière de voir, mais à découvrir les desseins du créateur dans la conformation des différents crsanismes qui s'offrent à nos regards. Tel membre, tel appendice d’un animal, de forme insohte, nons parait du premier coup d'œil, un faux pas contre lordre, une donnée contraire au bon sens, est reconnu,après considération, après observation de la vie pratique de Panimal, m'être qu'un instrument de [a plus grande utilité, adinirablement conformé pour le but auquel il est destiné. Ainsi ces énormes mandibules dentées que nous montre la Guéëpe, qui s'ajustent comme les mâchoires d’un piége, sont des râpes avec lesquelles elle graite la mousse du vieux bois pour fabriquer le papier dont elle construit sa demeure. Les Hinimenses palettes des jambes antérieures des Thyréopes et des Mésachiles, sont des pelles avec lesquelles ces tispctes font passer derrière eux, les éclats de bois que détachent leurs mandibules dans le creusement des galeries qu'ils pratiquent pour y déposer leurs œufs. Ces brosses que les mêmes Mésachiles portent sous le ventre, ces corbeilles que les Abeilles ont aux jamb. 3 de der. ère, sont les instruments avec lesquelles elles recncillent et transportent le pollen des fleurs pour la nourriture de leurs larves. Ce venin que répand la piqüre du Sphex, est un anesthésique qui, sans ôter 4 vie à la mouche qu'il frappe et transporte dans son trou, la paralysera du moins, lui ôtera tout mouvement, pour la conserver là jusqu’au moment où la larve éclose de son œuf pourra se nourrir de cette mouche. Cctte tarière démésurément longue que porte la Rhysse, est pour lui permettre d'atteindre jusqu’à 2 et 3 pouces de profondeur dans le bois mort, pour y ren-

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contrer la larve du Longicorne, dans le corps de liquelle elle dépose son œuf, ete. ete. Et ce que l'étude et l’obser. vation nous ont permis de connaitre, doit nous forcer à conclure que ce que nous serions porté à éonsidérer comme un écart contre le bon sens, ne nous parait tel que parce que nous n’en connaissons ni le but, ni l'usage qu’on en peut faire.

Quoiqu'il en soit, les Hyménoptères jusqu'à ce jour ont été assez peu étudiés. KRéauimur, Lyonuet, Hubert, etc, frappés du venre de vie des Hyménoptères sociétaires, comrne ies Abeilles, les Fourmis, les Bonurdons, les Guêépes, etc., ont donné, depuis assez longtemps déjà, des détails fort circonstanciés et des plus intéressants sur les mœurs de ces insectes ; mais ce n'était là qu’une étude de groupes, ou même de genres particuliers, et quant à ce qui rst de l'Ordre en général, de sa classification, de sa nomenclature, du détail de ses genres et especes, il laisse encore beaucoup à désirer.

Les Hyménoptères, sans offrir un coup d'œil des plus frappants dansles collections, ne manquent certainement pas d’attrait, et plusieurs, surtout de ceux des climats chauds, peuvent le disputer aux Coléoptères les plus riches pour la couleur et l'éclat des témuments. Mais c’est surtout pour la loupe qu’ils sont particulièrement intéressants; ce n'est qu'examinés dans ies détails, qu'ils nous révèlent le plus nettement leur bizarrerie de forme parfois si curieuse et si frappante, et nul doute que lPintérêt qu'ils inspirent n'aille toujours en augmentant à mesure qu'ils seront connus davantase.

Considérés au point de vue de limportance dent ils sont l'objet, les Hyménoptères, sans contredit, se rangent au premier rang parmi tous les insectes, ou ne le cèdent du moins qu'aux Lépidoptères qui nous fournissent Ja soie.

Chez les anciens, on n'avait rien pu imaginer de plus propre à régaler les habitants de Olympe que le miel que fabrique l’Abeille, c'était le neclur des dieux. L'Ecriture sainte elle-même, se sert du miel en maints endroits, pour nous donner l'idée de ce qu'il y a de plus suave, de plus

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délicieux, de plus excellent. L'industrie du miel, en certains pays, fait vivre des provinces entières ; el ce met si délicat, si recherché, si délicieux, ne sera pas le partage exclusif des favoris de la fortune ; il sera à la portée de toutes les bonches. L'utile et complaisant insecte, fuira mûme les cités et les palais des grands, pour le voisinage de l’humble chaumière du pauvre, pour ses champs et ses cultures. La solitude des campagnes, le grand air des forêts, les fleurs ignorées des char ps, ce sont là les conditions d'existence qu'il préfère à toutes les autres, ce sont Jà les lieux où la laborieuse famille multiplie en toute sécurité ses essaims, charge outre mesure ses greniers de provisions, et semble même se soumettre d'assez bonne volonté à la nécessité de les renouveler, chaque fois que son seigneur et maitre, dans son évoisme ou son intérêt, juge à propos de les lui enlever.

Ajoutons qu'au miel, PAbeille joint un autre produit plus utile encore peut-être, c’est la cire; la cire qui entre aujourd’hui pour une si large part dans uvre foule d’in-

dustries, avec laquelle on confectionne des copies si vraies de la nature, statues, fleurs, fruits, et qui par dessus tout, est presque de rigueur pour le culte des autels.

À purt la famille des Tenthrédinides, dont les larves se nourrissent des feuilles des végétaux qu'elle dévorent presque complètement parfois, comine les Némates sur les groseilliers, presque tous les Hyménoptères sont des insectes utiles ; les uns nous donnant le miel et la cire, et les autres détruisant une foule d’autres insectes plus où moins nuisibles, car plus de la moitié des espèces de cet ordre, vivent, à l’état de larve, en parasites sur le corps des chenilles et autres larves nuisibles qu’elles font périr.

Nous avons déjà fait observer que les insectes, sous le rapport de la conformation de leur bouche, se partagent en broyeurs et en suceurs; les premiers comprenant jes Coléoptères, les Orthoptères et les Névroptères, et les seconds les Hémiptères, les Lépidoptères, les Diptères et les Aptères. Quant aux Hyménoptères qui nous occupent plus spécialement ici, ils semblent former le trait d'union entre les deux divisions, Cependant on

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les rangerait avec plus de raison parmi les aucenx que parmi les broyeurs, car bien qu'ils soient pour. vus de mandibules—parfois très fortes—et de mâchoirx tous se nourrissent du suc des fleurs. Ni parfois, dun les grandes sécheresses de l'été, les fleurs devenant rares, on voit les Guêpes, les Polistes ete. s'emparer da mouches qu'ils Viennent saisir jusque dans nos apparte. ments, ce d'est pas à proprement parler pour s'en nourrir mais pour les broyer avec leurs fortes mandibules et les faire entrer dans la composition de Ja patée dont ils nonr. rissent leurs larves. Ce qui le prouve, c’est qu'on ne voi jamais que des femelles en agir ainsi, les mâles et le ouvrières pouvant, sans doute, toujours trouver sur les fleurs le miel suffisant pour leur propre nourriture. À propre. ment parler, les Hyménoptères sont plutôt des lécheurs que des suceurs, car pour de véritable trompe, ils en sont dé. pourvus, et c'est plutôt en léchant de leur langue, longue parfois, le miel des fleurs, qu'ils le recueillent, qu'en le pompant ou le suçant à la façon des Lépidoptères, des Hémiptères etc.

Les Iyménoptères sont tous à métamorphoses complètes c'est-à-dire que chez eux, la larve est toujours vermiforme, fort différente de l’insecte parfait, et la nymphe inactive, incapable de locomotion et ne prenant aucune nourriture,

Les larves, à lPexception de celles de la famille des Tenthrédinides, qui est fort considérable, sont toutes apodes (sans pieds) et par conséquent incapables de locomotion. Elles ne peuvent subsister que par suite de la prévoyance de la mère, qui a déposé ses œufs dans un endroit où la larve en éclosant trouverait à sa portée la nourriture qui lui convient, ou bien par les soins, chez les sociétaires, des nourricivres où ouvrières, qui leur apportent la subsistance de chaque jour.

Les familles des parasites déposent leurs œufs sur les chenilles ou larves d’autres insectes, et aussitôt écloses, Les larves sorties de ces œufs se mettent à ronger la victime qui les porte ; tels sont les Ichneumonides, les Braconides, etc. D'autres, comme les Cynipides, déposent leurs œufs dans le tissu des plantes, feuilles, pousses, pétioles, qu’elles

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percent de leur aiguillon ; la sève de ces plantes, altérée où détonrnée de son cours régulier par l'introduction de ce corps étranger dans les tissus qu'elle vivilie, s'échappe alors en déviant de ses voies ordinaires, et produit ces alles où excroissances anormales qu'on rencontre si fréquemment dans les branches des saules, peupliers, rosiers, les tixes des framboisiers, les feuilles des chènes, des penpliers &e. La noix de galle, qu'on utilise si largement dans la teinturerie, n'est de même qu'une exeroissance du chène due à là piqüre d’un Cynip.

Les Bembex, Pompiles, produisent par leur piqûre la paralysie des insectes plus petits qu'ils attaquent et qu'ils transportent ensuite dans leurs trous, dans la terre ou le bois, pour leur confier de même leurs œufs,

D'autres, comme les Mégachiles, les Halictes, les Ane drènes, construisent avec des feuilles qu'ils enroulent, des tuyaux où eylindres dans des trous pratiqués dans le so! où sous des écorces de bois mort, qu'ils remplissent ensuite de boules d’une certaine pâtée, formée en grande partie du pollen de fleurs, dans lesquelles sont d'posés Les œ'ifs, ces boules étant le plus souvent séparées les unes des autres par des partitions semblablement faites de feuilles entre chacune et divisant ainsi le cylindre en un plus où moins grand nombre de loges,

Tous les Ordres d'insectes nous offrent des aptères plus où moins nombreux, mais aucun en aussi grand nombre que les Hyménoptères. Chez ceux-ci, ee ne sont plus des cas exceptionnels nous mortrant des formes plus ou moins atrophites, chez lesquelles les ailes ont disparu ; mais c’est un état normal dans certains genres,

. comme les Pézomaques, les Méthoques, chez lesquels

mâles et femelles sont privés des organes du vol ; chez d'autres, comme les Mutilles, les femelles seules sont ainsi astreintes à la marche terrestre, pendant que leurs mâles peuvent prendre leurs libres ébats dans les airs ; enfin enez les Fourmis, les neutres ou ouvrières sont constamment ap. tères, les mâles toujours ailés, et les femelles qui portent des ailes jusq'au moment de la fécondation, s'en défont en-

suite en les détachant avec leurs pattes, pour demeurer aptères ’

L'élément liquide, si largement pourvu d'insectes de plusieurs autres ordres, tant à l’état parfait qu'à l’état de larves, n’a aucun représentant de l'ordre des Hyménop. tères soit à l’un ou l'autre 2tat,

Nous renvoyons anx détails des familles qui vont sui: vre, les particularités spéciales à chaque groupe où même à chaque genre ; mais avant d'aller plus loin, donnons de suite les caractères particuliers aux représentants de cet ordre qui empêchent de les confondre avec ceux des autres ordres.

La TÊTE.—La tête, chez les Hyménoptères, prend une grande variété de formes. Elle est parfois énormé. ment volumineuse, comme chez les Fourmis, les Mutilles, etc., tandis que dans les autres familles, elle est de grosseur ordinaire où même petite; souvent elle se montre fort raccourcie et transversale, et quelquefois épaisse ou renilée en boule; dans quelques genres, allongée en cou plus où moins délié postérieurement, et toujours ne tenant au thorax que par un pédicule fort délié et susceptible de lui permettre des mouvements de torsion considérables.

La bouche se compose de mandibules cornées, généralement fortes et puissantes, d’un labre ou lèvre supé: reure, souvent attenant à un chaperon ou épistome, qui le recouvre totilement ou en partie, de mâchoires avec leurs palpes maxillaires, et d'une levre inférieure avec ses palpes labiaux. Tous ces organes, moins les mandibules, forment par leur réunion une espèce de fausse trompe, généralement rétractée et peu apparente dans le repos, mais sus ceptible de s’allonger pour pénétrer dans les ovaires des fleurs et lécher le miel qu'ils recèlent.

Prenons pour illustration de ces différentes parties, la tête d'une (tnépe que représente la figure 18: a a sont les mandibules, dont on voit les fortes dentelures qu'elles portent à leur bord interne; b, est l’épistome qui se tronve au dessus du labre, le couvrant parfois totalement; €c, sont les yeux qui dans ce genre sont échancrés dans leur

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