‹ Petite faune entomologique du Canada (volume 2)Chapitre 1 sur 483 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Qu'on se représente un émigrant qui arrive dans un nouveau pays, où il a fait d'avance l'acquisition d'une propriété ; quel sera le premier soin qui l'occupera davantage ? à quel objet donnera-t-il d'abord son attention ?

Sans aucun doute, il se mettra de suite à parcourir les différentes parties de son domaine, pour en connaître l'étendue, en apprécier la valeur, et juger des res^;ources qu'il peut lui offrir ; la nature du sol qui le compose, les métaux précieux qu'il peut receler, les cours d'eau qui l'arrosent, la belle venue des forêts qui le couvrent, les animaux qui s'y trouvent, rien ne sera omis dans cette inspection, parce que de chacun de ces points peut jaillir pour lui une source spéciale de richesse, et de la connaissance de leur ensemble dépend son avenir et la conservation de sa propriété.

Vous et moi, lecteurs, nous sommes cetémigrant. La Providence nous a placés dans un pays nouveau, encore inexploré en grande partie, immense par son étendue, très riche par ses productions naturelles, baigné par les mers à ses cotés, et sillonné à l'intérieur par les fleuvesles plus puissants et les plus majestueux du monde ; à l'œuvre donc pour l'inspection de notre domaine.

Il est vaste ce domaine 1 si vaste qu'appuyé sur le pôle Nord, il plonge chacun de ses bras dans un océan^

circonscrivant une nirc immense dans laquelle deux et trois des états des plus prospères de l'Europe pourraient se trouve; à l'c.ise ; si bien qu'il n'est encore qu'imparfaitement connu, et que son étude ne peut se faire que par parties, l.es quelques explorations qui en ont été faites nous ont révélé des sources de richesse inépuisables, et ce n'est peut-être pas encDre là la centième partie de celles qui demeurent inconnues. A l'œuvre donc avec courage !

Les métaux les plus précieux gisent d'ordinaire profondément enfouis sous terre, et ce n'est qu'à l'aide du liambeaa de la science qu'on peut se frayer la voie pour parvenir à les atteindre ; mais, comme duns ces investio-ations, les moindres renseigne nents sont toujours infiniment précieux, commençons de suite nos observations ; qu3 rien de ce qui nous environne ne demeure inétudié : roches, minéraux, plantes, animaux, mettons la science au service du génie pour une plus parfaite connaissance de toutes ces choses, afin que toutes les sources de richcsse que peut contenir notre domaine soient mises à contribution pour nous rendre la vie et plus commode et plus douce, afin que la nonchalance et l'anathie de ses enfants ne puissent empêcher notre beau i.ay- d'à lier occuper le rang distingué que la Providence lui destine parmi toutes les autres nations.

0 mon cher et jeune pays 1 marche, prospère, deviens grand ; et nul de tes enfants ne s'en réjouira plus sincèrement que moi ! Mets à profit tes riches et inépuisables productions naturelles, pour assurer ta marche dans la voie du progrès. Puissent l'harmonie entre tous tes enfants et un pur patriotisme favoriser tous les jours ton

accroissement en prospérité ! Paissent un jour, ta grandeur et ta puissance surpasser encore ton étendue .

Mnis le but de si nobles aspirations ne peut s'atteindre que par la science. La science, c'est le flambeau qui éclaire l'intelliç^ence dans la poursuite du grand et du beau • la science, c'est la vapeur qui met en mouvement l'cMc^in du progrès ; la seience, c'est la jetée, la digue qui'retient le fleuve mê.ne de la raison dans ses hautes propres et le u.et à l'abri des écarts \ C'est à la lumière de la science que l'ingénieur dirige le pic du mineur sur les métaux précieux enfouis sous terre ; que le cultivateur tire de son sol des produits sans fin, sans jamais l'épuiser; que le commerçant règle ses opérations, et l'industriel ses perfectionnements ; que le législateur assure par la sagesse de ses lois l'harmonie entre tous les citoyens de l'état ; c'est de sa lumière que les docteurs des peuples «'éclairent pour les moraliser, pour soutenir leurs aspirations vers les choses d'en haut, contre les entrainements d'une nature déchue et d'une convoitise insatiable pour les choses terrestres. La science en un mot, étant par elle-même la recherche de la vérité, demeure toujours la plus noble occupation à laquelle puisse se livrer une intelligence humaine !

Invalide du sanctuaire, mais pouvant encore me livrer à l'étude, j'ai cru servir utilement mon pays, en faisant part à mes compatriotes de connaissances sur une branche des sciences fort négligée parmi nous,^ et que des aptitudes particulières m'avaient permis d'acquérir depuis de longues années. L'étude de la nature en si grand honneur dans tous les autres états, devra aussi trouver des adeptes en Canada. Si, depuis

mes premiers essais, les victoires ù signaler sont peu nombreuses, on peut du moins constater que les combats livrés n'ont pas été sans quelques bons résultats.

En 1858, je donnais mon Traité Elémentaire de Botanique, c'était le premier pas dans cette voie; et dès 1860, Mr. Lemoine publiait son Ornithologie dit Canada. En 1862 paraissait ma Flore du Canada, et depuis lors, pas moins de deux autres traités de Botanique avec une Flore ont vu le jour : preuvres du travail qui s'opère dans les esprits et de la direction des études dans ce sens.

Je viens encore aujourd'hui me présenter devant le public avec une nouvelle page du livre de la nature, et qui n'en est certainement pas la moins belle ni la moins importante, c'est celle qui traite des Insectes.

Les Insectes ! ce monde des infiniment petits mais infiniment puissants, cette classe dètres si utiles et si nuisibles tout à la fois, qu'on rencontre partout sans qu'on les recherche, et avec lesquels il faut nécessairement compter, qui nous fournit les mets les plus délicieux et les tissus les plus riches, mais qui met nos produits à contribution pour des quantités capables de nourir des provinces entières ; cette classe mérite donc que nous la connaissions bien, pour savoir quand nous devons la protéger ou la combattre, pour distinguer celles de ses phalanges dont nous devons favoriser la multiplication, de celles que nous devons travailler à exterminer, pour connaître les armes que nous devons employer dans ces combats, les auxiliaires que nous pouvons nous adjoindre, et les moyens de nous mettre à l'abri des attaques ou du moins de neutraliser leurs effeta.

. La Faune Entomologique du Canada comprendrn donc l'histoire, la définition aussi exacte que possible et la classification, non pas de tous les insectes du Canada, mais seulement de ceux dont nous avons pu faire la connaissance et constater la présence sur notre territoire. Qu'il y ait encore en ce pays des milliers d'insectes qui n'ont pu jusqu'à ce jour être reconnus par la science, nous n'en avons aucun doute, puisque, tout faible que soit encore le nombre des observateurs, chaque jour amène de nouvelles découvertes.

Si on en excepte la partie des bords du Pacifique, la faune entomologique varie peu dans 1( s autres provinces qui composent aujourd'hui notre confédération, et bien que mes observations se concentrent particulièrement dans la province de Québec, elles peuvent s'appliquer aussi, sauf certaines exceptions, à toutes les provinces voisines.

L'ouvrage formera deux volumes in-12, format des présentes feuilles, de plus de 500 pages chacun, avec nombreuses gravures intercalées dans le texte pour en faciliter l'intelligence. Il sera précédé d'un Ti ait é élémentaire iV Entomologie, afin de mettre le lecteur en moyen de bien comprendre les explications qui suivront et de lui donner une connaissance exacte de la vie de l'insecte, vie si extraordinaire et si en dehors des habitudes des autres animaux, par sa reproduction, sa croissance, ses métamorphoses, etc.

Les insectes étant extraordinairement nombreux, non seulement en individus, mais encore en genres et en espèces, il faut s'aider de tables systématiques pour leur classification. Malgré tout le soin apporté à la confec-

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fection de ces tables, on les trouvera encore défectaeuses dans bien des cas ; les caractères particuliers des genres et des espèces sont souvent si rapprochés, qu'il est difficile d'en saisir et d'en partie ilariser la dissemblance, et la concision dans laquelle il faut se renfermer, fait souvent que la phrase manque de clarté et devient moins facile à saisir.

Enfin, un petit vocabulaire des termes techniques cmployés en Entomologie, sera donné à la fin de l'ouvrage, ' pour que le lecteur puisse y référer au besoin, sans être obligé de recourir au texte même des principes, pour l'intelligence des descriptions qui seront données.

Nulle faune entomologique de l'Amérique du Nord n'a encore été publiée, mais seulement des monographies de certains groupes ou de certaines familles, et seulement en langue anglaise. Je n'ai pas la prétention de vouloir prendre les devants sur un grand nombre d'entomologistes d'une autre capacité que la mienne, je veux seulement faire naître le goût d'une étude si attrayante parmi mes compatriotes, et enlever à ceux qui voudraient s'y livrer, les obstacles que le manque d'auteurs suscite à chaque pas dans cette étude. Au point où en sont les connaissances aujourd'hui, une faune entomologique de notre partie du continent Américain ne pourrait être encore qu'une œuvre fort imparfaite ; mon travail, vu ma faible capacité, ne peut manquer d'être plus défectueux encore ; cependant je n'ai pas de doute qu'il pourra tout de même être fort utile à tous ceux qui s'occupent d'insectes, et qu'il servira de point de départ à ceux qui plus tard auront, par suite de leurs observations, à ajouter à ces prehiières données.

L'abbé L. Provanchek.

Cap Rouge, Janvier, 1874.

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