PRÉFACE
Nul directeur de Revue Scientifique ne s’est trouvé, pensons-nous, dans une position semblable à la nôtre.
Comme on peut le voir par les pages du Naturaliste, la rédaction demeure presque exclusivement à notre charge. Nous n'avons pu encore jusqu’à ce jour recruter des collaborateurs assidus, et ce n’est qu’assez rarement qu'un concours passager nous est offert.
Obligé de partager notre attention entre tant de sujets divers, de passer, par exemple, de l’ornithologie à la géologie, des plantes aux reptiles, des poissons aux insectes, et pour ceux-ci, presque tous les jours, d’un ordre à un autre, on conçoit que nos études doivent souffrir grandement de cette diversité de su-
jets: de là, la nécessité pour nous de restreindre le 2 2
champ de nos obsservations presque exclusivement à
notre seule Province.
Un moment nous avons cru pouvoir nous assurer un aide constant dans la personne de M. l'abbé F. X.
Burque, alors professeur de Philosophie au Séminaire de St-Hyacinthe. Jeune, plein d’ardeur pour l’étude, doué de talents brillants, habitué de plus par son professorat à l'analyse des thèses les plus subtiles et les plus compliquées, d’un autre côté sagace observateur de la nature et chasseur des plus heureux en fait d’insectes, tout nous faisait présager que la science entomologique allait avoir en lui, d’abord un adepte zélé, et plus tard, probablement, un maître pour l'exploration de son domaine et l'extension de ses bornes.
Déjà le champ de ses études spéciales était déterminé, c'était aux Hémiptères qu'il donnait d’abord son attention ; déjà les auteurs à sa disposition, nous lui avions passé nos cases remplies de captures sans nombre; déjà le canevas de son travail était fixé; déjà les Hétéroptères étaient partagés en familles, genres, groupes, et les espèces étaient déterminées et discutées, lorsque par suite de circonstances imprévues, nous apprimes tout-à-coup sa retraite de l’institution où 1l professait avec tant de succès.
Nos cases nous revinrent done avec ses ébauches, et force nous fut, pour pouvoir continuer la série, de reprendre son travail à neuf, afin de prendre nousmême une plus parfaite connaissance des insectes de cet ordre, et de nous fixer sur les changements que.les auteurs apportent tous les jours à leur classification.
Comme on pourra le voir dans les pages qui vont suivre, nous avons cru devoir laisser à notre collaborateur le mérite de certaines discussions critiques sur quelques espèces nouvelles ou douteuses, et leur conserver les noms de son choix ; nous les noterons à leur endroit propre.