DEUXIÈME SOUS-ORDRE
LES HOMOPTÈRES
Les insectes de cette division se reconnaissent à première vue par leurs aïles qui sont toutes de consistance membraneuse ; dans certains genres elles sont légèrement coriacées, mais l’insertion du bec qui n’origine jamais du front, entre les yeux, comme chez les Hétéroptères, suffit toujours pour les distinguer de ces derniers.
Tous les Homoptères sont dépourvus de cette odeur désagréable qui caractérise la plupart des Hétéroptères.
Tous sont de petite taille, à part les Cicadides qui sont les géants de cette division. Ceux-ci, comme on le sait, possède la faculté d'émettre nn cri très aigu qu'on a improprement qualifié de chant.
C’est parmi les Homoptères que se rencontrent les formes les plus bizarres et les plus insolites dans toute la classe des insectes, formes qui s’écartent tellement de la structure ordinaire, qu’on serait tenté de les attriber à des écarts de la nature en dehors de son mode ordinaire de procéder.
Cette division, pour notre faune, se compose de neuf familles. Voir pour leur distinction les clefs que nous en avons données aux pages 15 et 16.
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AUCHÉNORYNQUES.
Bec naïssant du menton et non du sternum ; tarses de 3 articles ; antennes très petites, sétiformes. Cette tribu se compose des 6 familles qui suivent.
Fam. XVII—CICADIDES, Cicadideæ.
Tête grosse, plus large que longue, triangulaire, à front convexe, à face inférieure, renflée au milieu et ridée en travers.
Yeux saillants, très écartés entre eux. O celles 3, en triangle sur le vertex.
Antennes courtes, insérées entre les yeux, sous un rebord de la tête, composées de 7 articles, le premier épais, les suivants diminuant en grosseur, les derniers sétiformes.
Prothorax ordinaire ; mésothorax très grand, bordé de chaque côté par un sillon profond et arqué ; métathorax visible seulement en dessous.
Bec originant du menton, composé de 3 articles, mais avec le premier caché sous le chaperon, dépassant l'insertion des pattes intermédiaires.
Elytres entièrement hyalines ou avec seulement une petite cellule basilaire opaque, à nervures robustes, circonscrivant 16 cellules dont les terminales sont allongées et assez étroites. Ailes aussi hyalines et divisées en cellules.
Abdomen robuste, terminé en pointe. Hanches antérieures oblongues, prismatiques, les 4 autres plus courtes, sub-coniques, sub-contiguës n’atteignant pas le sternum, Cuisses antérieures épaisses, dentées en dessous ; jambes cylindriques ; tarses de trois articles, sans coussinet entre les crochets.
Mâles pourvus d'organes propres au chant, consistant en quatre cavités plus au moins recouvertes par des opercules, l’une de ces cavités est dans le métathorax, et les autres dans l'abdomen.
XVIL— CICADIDES 209
Cette famille, dans notre faune, se réduit au seul genre qui suit ; les climats tropicaux en possèdent un grand nombre d’autres.
Gen. CIGALE. Cicada, Lin.
(Du grec cikkos, coq, c'est-à-dire petit animal ailé qui chante).
Mêmes caractères que ceux de la famille, Prothorax transversal, non dilaté de chaque côté; mésothorax avec un sillon arqué de chaque côté en avant et se terminant au milieu par 2 petites carènes soulevées formant une espèce de æ. Elytres et ailes plus ou moins nuagées de vert ou d'orange à la base.
Tout le monde connait le chant de la Cigale, pour lavoir entendu en juillet et août dans nos bois, mais bien peu, à part les entomolosistes, pourraient se rendre un compte suffisamment exact de ses formes. Nous en avons eu la preuve à notre dernière exposition de Québec. Mainte et maintes persounes se sont montrées étonnées à la vue de cet insecte dans nos cases, et ont déclaré n’en avoir jamais vuauparavant. Notre propre expérience d’ailleurs suffirait pour nous confirmer dans cette opluion.
C'était en 1861, nous n'avions pas encore alors attaqué l’étude de l’entomologie. Nous étions en route, avec feu l’abbé Brunet, pour une excursion botanique dans Ontario. Etant descendus pour quelques instants à la station de Vaudreuil, nous trouvons sur une établie de menuisier qui se trouvait là, un superbe spécimen de l’insecte chanteur, qui ne paraissait nullement inquiété par notre approche. Frappé de ces formes insolites que nous observions pour la première fois, nous voulons capturer la bestiole, mais craignant quelque piqûre de sa part, ce n’est qu'avec la main gantée d’un kid protecteur que nous nous hasardons à le saisir, non sans quelque crainte, nous l’avouons. Nous l’exhibons à plusieurs personnes là présentes, et aucune ne peut nous renseioner sur son compte. Nous l'enveloppons dans un papier et la cachons sous des plautes dans pntre boîte de Dillénius.
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Nous continuons notre route ; après des stations à Kingston Toronto, Hamilton, nous arrivons à Niagara après cinq jours. Ouvrant notre boîte à notre hôtel, nous trouvons notre insecte tout alerte, qui s'était débarrassé de ses enveloppes et semblait implorer sa liberté. Sa physionomie, que nous nous figurions refléter la colère et la vengeance, nous inspire une espèce de crainte, et sans vouloir le toucher cette fois, même avec la main gantée, nous lui donnons son congé par la fenêtre. Ce n’est que quelques années plus tard, en feuilletant des livres d’entomologie que nous avous pu reconnaître la figure de notre insecte au dessin qui le représentait.
Si l’on soulève les opercules ou ces plaques cornées qui recouvre la base de l'abdomen d’un mâle de Cigale, on trouvera au dessous, une autre peau parcheminée, fortement ridée, qui est l’organe propre du chant. Car, qu'on le remarque bien, comme les insectes ne respirent pas par la bouche, ce n’est pas par la bouche non plus que oeux qui sont susceptibles d'émettre des sons les exécutent. Bien plus, ce n’est pas même par les stigmates respiratoires que chantent les insectes, car les sons chez eux sont tout à fait mécanniques, c’est-à-dire que ces musiciens n’opèrent que sur des instruments à cordes, et non sur des instruments à vent.
La femelle Cigale est pourvue d’une tarière composée de trois parties, savoir : deux gaînes qui se lient l’une à l’autre par des rainures pour former un étui ou fourreau à la tarière proprement dite ; les gaîues aussi bien que la tarière sont hérissées de dents ou crochets à l’extrémité. Lorsque la femelle veut percer une jeune branche pour y déposer ses œufs, elle pratique d’abord une piqûre dans l'écorce au moyen de ses gaînes, qui demeurent en place retenues par leurs crochets ; la tarière vient alors se frayer un passage entre les deux en les écartant pour s’enfoncer davantage, et ainsi de suite jusqu’à ce que la profondeur voulue soit atteinte, la tarière qui est creuse livre alors passage aux œufs, et la femelle se retire pour aller répéter l'opération sur un
XVII— CICADIDES pi A à
autre point. La femelle pratique alors une incision sur la jeune branche au-dessous de l'endroit où les œufs ont été déposés, afin que la branche, affaiblie par cette incision, se rompe sous l'effort du vent pour rouler sur le sol, dans lequel la jeune larve s’enfoncera peu après son éclosion.
Les larves des Cigales parvenues à l’état de nymphes sont robustes, et bien remarquables par leur paire de pattes antérieures très fortes et conformées pour creuser le sol où elles s’enfoncent d'ordinaire à une grande profondeur.
Ce genre, dans notre faune, scréduit aux 4 espèces qui suivent, dont la première es beaucoup plus communes que les 3 autres.
Couleur noire, variée de jaune verdâtre, le dessous farineux te AR Éee Dee ee eee COICUIA DIS:
Couleur noire, avec quelques taches jaune-verdâtre, le dessous non farineux; Elytres tachées de rouge à la base ; Le costa avec la base des autres nervures jaune orange ..…..... .….... .....…..… 2 septemdecim. Le costa testacé-verdâtre,liseré de noir.3. Canadensis,n.p.
Elytres sans taches de rouge à la base..........…....4, rimosa.
1. Cigale pruineuse. Cicada pruinosa, Say,—Asn. Ent. 1], 251.
SR —Long. .75 pce. Extension des ailes3 pces. Noire avec tache d’un vert jaunâtre. Tête courte et très large, les yeux saillants, subpédonculés, une tache vert-jaunâtre au milieu du front, avec une autre de chaque côté en dedans des yeux; les joues à sillons transverses jaunâtres. Le prothorax avec une bande longitudinale au milieu et une tache de chaque côté unies en arrière par une ligne transversale, vert-jaunâtre, le mésothorax avec les carènes postérieures soulevées en forme d’x et diverses autres lignes, vertes; le dos de j’abdomen noir, avec 3 taches blanches sur les côtés, une à la base, une autre à l’extré-
. mité, et une troisième sur le 3e segment. Le dessous pubescent
et fortement farineux sur les côtés, Aïles hyalines avec une seule cellule basilaire opaque, le costa et les autres nervures à la
base aussi vertes; les 2 nervules transverses extérieures qui fer-
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ment en avant les longues cellules terminales de l'aile, sont noirfoncé et souvent nuagées. Pattes variées de vert et de noir, les 2 cuisses antérieures fortes, avec 2 épines noires en dehors pour retenir la jambe. e
d'—Semblable à la $ avec les plaques sonores de la base de l’abdomen grandes, d’un gris jaunâtre ; elles ne dépassent cependant pas le ler segment abdominal.—Portneuf, St-Hyacinthe.
Assez rare dans les environs de Québec. La © dépose d'ordinaire ses œufs dans les tiges de la verge d’or, Solidago, en juillet et août. Ces tiges renversées sur le sol durant l'hiver permettent à la jeune larve de s’enfoncer dans la terre où elle se nourrit en suçant le suc des racines de diverses plantes, pour se transformer en insecte parfait au bout de trois ans, dit-on. Cette Cigale a un vol rapide et soutenu, mais une fois posée sur le tronc d’un arbre, où elle se tient la tête en bas, ou sur des arbrisseaux, il est facile d'ordinaire de la saisir avec les doigts.
La Cigale a été remarquée par son chamt dès les temps les plus reculés. Anacréon et d’autres poètes l'ont chantée chez les Grecs, et si l’on en croit Aristote, l’insecte était recherché non seulement pour son chant, maïs aussi pour le met délicat qu’on en formait. On en faisait des fritures à l’état de nymphe et à l’état parfait, surtout avec les femelles lorsqu'elles étaient gonflées d'œufs. Nous ne sachons pas que dans les temps modernes, où les goûts des gourmets se sont portés sur tant de mets étranges, qu’on ait jamais songé à faire paraître la Cigale sur les tables.
2, Cigale de-17-ans. Cicada septemdecim, Lin.—Sys. Nat: 114708:
Q—Long. 1.55 pce ; extension des ailes 2.30 pces. Noire en dessus, plus où moins tachée de jaune en dessous. Tête beaucoup plus étroite que dans l’espèce précédentes, les yeux non saillants en dehors ; la face renflée et carénée au milieu, les joues sillonnées transversalement ; le bec jaune avec l’article terminal noir. Prothorax avec une tache jaune sur les côtés, le mésothorax jaune dans ses sillonus latéraux. Ailes hyalines avec une seule celiule
XVII— CICADIDES AE
basilaire opaque, le costa avec les nervures jaune-orange, les nervures noires seulement à l’extrémité de l'aile, où elles sont plus où moins nuagées. Les ailes au repos sont relevées en toit aigu à l'extrémité. Pattes jaunes, variées de noir, les cuisses antérieures entièrement jaunes, fortes, avec 2 épines noires à l'extérieur. Dessous noir, non farineux, tous les segments abdo minaux marginés plus ou moins largement de jaune postérieurement.—CapRouge, Québec ete,
Il ne nous est arrivé qu’une fois de capturer cette Cigale au CapRouge, et nous n'avons aussi qu'une fois constaté sa capture à Québec. Cette Cigale, dans tout l’ouest et l’est des Etats-Unis, se montre en abondance tous les 17 ans ans, delà son nom. Elle dépose d'ordinaire ses œufs sur les jeunes rameaux des chênes, et en telle quantité souvent que les arbres se trouvent entièrement tondus de leurs rameaux terminaux après que le venta entraîné sur le sol ces extrémités attaquées. Les larves, après leur éclosion, s’enfoncent dans le sol où elles persistent en cet état durant 17 ans. Ces périodes sont tellement régulières, qu'observées depuis plus d’un siècle, on annonce leur retour avec certitude pour tel ou tel endroit à telle ou telle époque. Dans ces années où elle abonde, elle cause souvent des dommages considérables anx moissons, s’attachant aux tiges des grains qu’elle perce et mutile.
8. Cigale du-Canada. (Cicada Canadensis, n. sp.— (Planche V fig. 1.)
£ —Longueur du corps 1 pce, extension des ailes 2.70 pces, Noire variée de testacé et de roux. La tête légèrement triangulaire, pas plus large que le thorax, plus ou moins chargée, de même que le prothorax, d’une pubescence dorée; tout le dessous à pubescence blanche. La face à pubescence blanche, plus abondante sur les côtés, l’'hypostome avec un sillon longitudinal, les rides des joues pubescentes, les arcades antennaires testacées. Prothorax avec 2 gros sillons obliques de chaque côté, noir foncé, sans autres taches que sa pubescence dans les parties enfoncées ; le mésothorax à pubescence blanche à la base, les carènes en forme d’x, avec 4 taches au dessus, et le bord posté. 33—Mui 1689,
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rieur, testacé. Elytres hyalines, avec les nervures noires, le costa avec testacé, la cellule basilaire opaque, et une grande tache près du corps, rouge orange ; les ailes avec une semblable tache à leur angie postérieur près du corps, et plusieurs nervures longitudinales plus ou moins nébuleuses. Pattes testacées, variées de noir, les jambes postérieures avec 4 épines sur une ligne et 2 sur l’autre. Dos de l’abdomen noir avec pubescence blanche, surtout au bord postérieur des segments. Les flancs blancs variés de noir, toutes les hanches blanches marginées d'orange au sommet, les opercules sonores aussi bordés d'orange ; tous les segments abdomiuaux noirs, marginés de roux postérieurement, avec pubescence blanche, le dernier segment testacé-roussâtre, l’étui des organes génitaux noir, avec bordure testacée.—Cap- Rouge.
Nous avions d’abord pris le seul individu que nous avons capturé ponr une variété de la septemdecim, mais comme il diffère grandement de cette dernière, surtout par la couleur de son costa et sa coloration en général, nous nons hasardons à lui donner un nom nouveau. Si nous avions eu une description plus précise, et un plus grand nombre de spécimens, peut-être aurions-nous pu nous prononcer avec certitude. Mais chose bien étonnante, de tous les entomologistes américains qui ont écrit sur la septemdecim, Riley, Harris, Fitch, Walsh, Le Barron, Packard, Lintner ete, aucun ne s’est misen frais de nous en donner une description exacte.
4. Cigale. à-ailes-réticulées. Cicada rimosa, Say Am. Ent. EL 872.
Q —Long. 1 40 pce. Noire variée de roux. Tête légèrement triangulaire en avant. Hypostome avec un sillon longitudinal au milieu, une ligne en dehors des joues, une autre au dessus de l’insertion des antennes, avec le premier article du bee, roux. La tête un peu plus étroite que le prothorax, celui-ci avee une ligne rousse à la base, les flancs d’un testacé roussâtre et le dos plus ou moins taché de roux. Mésothorax noir, bordé de roux, les lignes soulevés en x, avec 4 taches au dessus, aussi roux. Elytres hyalines, les nervures anastomosées toutes simples
XVIII FULGORIDES 215
et unicolores, les cellules ondulées ou réticulées, le costa avec les nervures. de la base, testacé-roussâtre, le premier avec une ligne noire en dehors. Dos de l'abdomen avec les segments plus où moins marginés de roux postérieurement, le dessous roux, varié de noir, Pattes rousses variées de noir, les hanches noires extéricurement avec l'extrémité rousse, les jambes postérieures avec 4 épines sur une ligne et 2 sur une autre.—Ottawa (Harrington}-
Les ondulations fortement prononcées des cellules de. ses élytres la font particulièrement reconnaitre,
Fam, XVIII—FULGORIDES. Fulgoride.
Tête généralement triangulaire, et dans quelques espèces avec un prolongement égalant en longueur celle de tout le Corps.
Ocelles au nombre de 2 seulement, enfoncés dans les joues près des yeux, un peu en arrière de ceux-ci.
Antennes insérées sous les yeux, distinctes, souvent à articles allongés et même appendicés.
Bec de 3 articles, atteignant l'extrémité du sternum. Thorax petit, souvent caréné ; écusson petit.
Elytres généralement longues et à nervures fortes, plus ou moins opaques, le plus sauvent plus longues que le corps.
Hanches antérieures allongées, les postérieures transverses, contiguës, atteignant ‘les côtés du corps; les jambes prismatiques et quelquefois foliacées ; tarses généralement épineux.
Le nom de cette famille indiquerait que ce sont des insectes lumineux, cependäiit il n’en est rien pour ceux de notre faune, qui se réduisent à quelques genres seulement, à espèces peu nombreuses, et à individus de petite taille, tous dégénérées des caractères remarquables qui distinguent ceux des climats tropicaux. Parmi ces dérniérs, il s’en trouvent un surtout très
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remarquable, c’est le Fulgore porte-lanterne, Fulgora laternaria, Lin., qui a donné son nom à la famille. Cet insecte a un prolongement céphalique très long, recourbé supérieurement, portant une vessie qui émet de la lumière dans l’obscurité. Il se rencontre au Mexique et à la Guyane. Deux ou trois autres possédant la même faculté se trouvent en Chine et aux Indes.
Dans notre faune, cette famille se réduit aux 7 genres qui suivent, qui sont tous de petite taille quoique de conformation assez remarquable.
Clef pour la distinction des genres.
1(4) Elytres rabattues en toit dans le repos; 2(3 ) Elytres élargies à l’extrémités ; antennes appen-
AICÉEB...ecoe socoosranense eoosonoones vooseoooes 1. AMPHISCEPA. 3(2) Elytres élargies au milieu ; antennes simples.