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CINQUIÈME ORDRE

HÉMIPTÈRES, HEMIPTERA, Lin.

Rhyngota, Fabr.— Rhynchota, Burm.

Les Hémiptères, qui forment le cinquième ordre des insectes, peuvent être généralement caractérisés comme suit :

Tête petite, le plus souvent enfoncée dans le thorax, tantôt à face supérieure, plane, et tantôt à face inférieure, plus ou

moins inclinée.

Bouche formant un bec articulé, de 3 ou 4 articles, re-

courbé, mais non enroulé, propre à sucer, planche 1, fig. 1,F.

Yeux latéraux, petits, accompagnés ou non d’ocelles, pl. 1,

fig. 1 A.

Antennes de cinq articles au plus, filiformes, quelquefois en massue, pl. 1, fig. 12, et souvent aussi terminées par une soie, ou par un article très délié,-pl. II, fig. 15.

Thorax variable, souvent avec le prothorax très développé, débordant supérieurement sur les deux autres segments, et quelquefois même couvrant presque entièment l'abdomen ; d'autrefois cependant très rétrécei, plus petit que les autres seg-

. meñts.

2,— A oùt 1885.

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Aïles quatre, dont les supérieures, élytres ou hémélitres suivant certains auteurs, sont très souvent coriaces à la base et membraneuses dans le reste (Hétéroptères), et d’autres fois toutes membraneuses (Homoptères). Dans ces dernières, on ne tire parti, pour ainsi dire, que de leur coloration pour la classification, tandis que les premières fouruissent plus d’un caractère dont on use avec grand avantage. Les élytres des Hétéroptères se partagent done en deux parties, la corie ou partie coriace, et la membrane ou partie membraneuse, pl. 1, fig. 9. On distingue dans la corie trois aires divisées par autant de nervures ; la plus intérieure se nomme endocorie, &, pl. I, fig. 9, elle est circonserite par le bord intérieur de laiïle et la nervure cubitale; Pendocorie est appelée clavus par Reuter. La partie du milieu se nomme Mmésocorie, b, enfin la partie extérieure se nomme evocorie, e, elle est divisée de la mésocorie par la nervure brachiale. Quant à la membrane, qui le plus souvent est plus ou moivs obseurcie ou tachée, elle porte quelques nervures formant des cellules plus ou moins nombreuses qui servent aussi à distinguer certains genres ou certaines familles.

Ecusson souvent très grand et couvrant plus ou moins l'abdomen, pl. L fig. 5.

| Pattes variables, à tarses n'ayant jamais plus de trois articles.

Abdomen le ‘plus souvent caché par les élytres ou lécusson, quelquefois cependant présentant en dehors un rebord

qui n’est autre chose qu’une tranche des arceaux ventraux ; le segment terminal en dessous simple dans les 4 est formé de plu-.

sieurs pièces où écailles dans les 9.

Tels sont les caractères généraux de l’ordre; cependant il. est certains insectes qu'on lui a adjoints et qui diffèrent de la. généralité par des caractères essentiels. Ce sont les Thysanoptères où Physapodes, chez lesquels la bouche ne forme pas un bec, mais se compose de parties libres, mandibules, mâchoires et palpes. Réunis par Geoffroi et Burmeister aux Orthoptères, Haliday, qui les a étudiés spécialement, les à rapportés aux

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Hémiptères, dont ils se rapprochent davantage, et la plupart des auteurs les considèrent ainsi aujourd’hui, formant un sous-

ordre sous le nom que leur a donné le savant anglais, Thysa- . noptères (de thusanoi, franges et pteron, aile), à cause des franges de cils qui bordent les ailes de ces insectes. C’est aussi de cette manière que nous les considèrerons.

Les Hémiptères sont des insectes à métamorhoses incom-

. plètes, les larves et les nymphes conservant tout le temps leur activité.

* Les Hémiptères (de kémi, demi et pferon, aile) doivent leur nom à la forme, ou plutôt à la consistance de leurs élytres, dont une partie est coriace et l’autre membraneuse. Ce nom d’Hémiptères imposé par Linné, et consacré par l’usage, est resté et restera dans la science, malgré la légère inexactitude qu’il renferme.

On corrige d’ailleurs immédiatement cette inexactitude, en divisant dès l’abord tous les insectes de cet ordre en deux grandes sections : d’un> part, ceux qui ont des élytres de consistance différente, c’est-à-dire demi-coriaces et demi-membraneuses ; et d'autre part, ceux qui ont des ailes de consistance homogène, c’est-à-dire toutes coriaces ou toutes membraneuses. On désigne les premiers sous le nom d'HÉTÉROPTÈRES, (keteros, différent, et pteron, aile), et les autres sous celui d’'HOMOPTÈRES, . (homos, semblable, et pteron, aile).

- Les Hétéroptères et les Homoptères, camme nous venons de le dire, ont le bec absolument semblable, et pour cette raison doivent rester dans le même ordre, tout en formant deux sous-

| ordres distincts.

Ce bec est plus ou moins long, et composé de six parties,

savoir: la lèvre inférieure, la lèvre supérieure, et enfin 2 paires

. de soies qui représentent les mandibules et les mâchoires des

insectes broyeurs. La lèvre inférieure, ou bec proprement dit, - Planche 1, figure 1, F, est un demi tube, profondément creusé, À et composé de quatre articles au plus ; la lèvre supérieure ou

le labre, fig. 1, E, naît du bord antérieur de la tête, et couvre le bec en dessus, au moins à sa base ; les quatre soies GG, HH, sont cachées dans le tube de la lèvre inférieure. Elles sont tellement pressées lune contre l’autre, qu’elles paraissent souvent n’en former qu’une seule ; les deux supérieures toutefois se séparent plus facilement que les inférieures, et on croirait alors qu'il n’y en a que trois. C’est ainsi que certains auteurs ont pu être trom pés.

Nous avons dit plus haut que les Thysanoptères, qui forment le troisième sous-ordre, ont la bouche différemment construite ; chez eux, les parties sont libres, mandibules, mâchoires et palpes.

Le thorax, l’ablomen ne présentent rien de particulier ; les tarses n’ont jamais plus de trois articles.

La larve des Hémiptères, sauf les élytres et les ailes, a, au sortir de l’œuf, la forme qu’elle doit garder toute sa vie. Elle mange, croît et grandit jusqu'à ce qu’elle soit arrivée à l’état parfait. Ainsi, il n’y a pas, comme dans les autres ordres, de métamorphoses complètes. La larve cependant mue trois fois, avant d’être parfaitement développée. Après sa deuxième mue, on l’appelle nymphe (pupa\, parce qu’elle paraît alors avec de courts moiguons dans lesquels son repliées les élytres et les aïles. Les articles des antennes augmentent en nombre à chaque mue, et le bec aussi se détermine de plus en plus.

Les Hémiptères sont des insectes suceurs ; ils vivent du suc des plantes et même du sang des animaux. Ils n’exercent pas toutefois une véritable succion, puisque ne respirant point par la bouche, ils ne peuvent faire le vide: probablement, ce sont les soies du bec qui, par des mouvements propres, font monter le liquide jusqu’au gosier, après avoir fait la piqûre sur la plante ou sur l’animal. |

Ces insectes sont oénéralement pourvus d’un appareil salivaire développé an plus haut degré. La salive qu’ils dégorgent a, sans doute, pour double effet, d'amener à l'endroit piqué une plus grande abondance de fluides nutritifs, si c’est une plante,

et de tuer, si c’est un animal, un autre insecte, par exemple, dont ils ont fait leur proie. Aussi ce liquide est-il ordinairement très âcre et cause-t-il des douleurs plus ou moins vives, quelquefois brûlantes, selon les espèces. Tout le monde connait la piqûre de l’affreuse punaise des lits; mais il y en a d’autres qui font souffrir encore beaucoup plus.

L'ordre des Hémiptères est bien éloigné d’être le moins intéressant de tous les ordres d'insectes. En outre de la trop

. célèbre punaise des lits que nous venons de mentionner, c’est dans cet ordre que l’on trouve les Cigales, le Fulgore portelanterne, les l’ucerons, ces poux des plantes qui se reproduisent avec une si prodigieuse fécondité, le Bélostome, Le plus grand des insectes aquatiques, car les Hémiptères ont aussi des représen-

tants dans Pélément liquide, les Kermès dont les coques font souvent périr les arbres fruitiers, ete., etc.

Les Hémiptères, vivant du suc des plantes ou du sang des animaux, sont presque tous des insectes nuisibles, quelques uns même, comme les Pucerons, les Kermès, causent parfois des dégats considérables dans les cultures.

En général, dans nos climats du nord, les Hémiptères sont à couleurs sales et assez sombres, n’empruntant jamais aux riches métaux ces reflets qui donnent tant d'éclat à plusieurs

insectes des autres ordres, Coléoptères, Névroptères, Hyménoptères, etc.; cependant, dans les climats tropicaux, plusieurs

espèces d'Hémiptères ne le cèdent en rien en richesse de teinte

et en éclat aux plus brillants parmi les autres ordres, tels

- que, par exemple, certains Plataspis, Galostha, Callidea, etc.

Mais si ces insectes ne se distinguent pas généralement par le brillant de leurs couleurs, il nous offrent par contre, les formes

les plus étranges et les plus bizarres, comme les Fulgores, les Tettigones, les Cyrtosies, les Tingis, etc.

ee Les Hémiptères sont le plus souvent désignés sous le nom général de Punaises, et la plupart possèdent une odeur sui generis bien connue, et fort désagréable. Ce sont surtout les

Hétéroptères qui sont particulièrement odoriférants.

HÉMIPTÉROLOGISTES.

L'ordre des Hémiptères, quoique présentant dans un grand nombre de sujets des détails de mœurs fort intéressants, n’offrant pas en général autant d’attraits dans la grâce des formes ni l'éclat des couleurs, et possédant le plus souvent une odeur fort désagréable, n’a pas reçu de la part des entomologistes : autant d'attention que les Coléoptères et les Lépidoptères, ni même que les Hyménoptères, aussi son histoire et sa classification demeurent-elles encore moins avancées que celles de ces trois ordies, et les monographies complètes de ces insectes sont encore à venir.

Linné, le père de l’histoire naturelle, dont le champ d’études s’étendait à toute la nature, a glané dans ce domaine comme dans tous les auties ; mais il n’a fait pour ainsi dire que planter. quelques jalons pour guider ceux qui viendraient après lui.

Après Linné sont venus Fabricius, Latreille, Burmeister, Curtis, Drury, Herrich-Schæffer, Westwood, etc, qui se sont occupés plus ou moins spécialement des Hémiptères ; mais jusque là aucune histoire méthodique de cet ordre ne fut encore tentée.

En 1843, MM. Amyot et Serville présentèrent dans leur Histoire naturelle des Insectes Hémiptères, faisant partie de la série des Suites à Buffon, un plan général et systématique de l’ordre plus complet que tout ce qu’on avait vu jusqu'alors.

Des auteurs plus récents n’ont vu dans les familles d’'Amyot et Serville que des grandes divisions, des coupes qui devront se partager en familles distinctes, et plusieurs de ces coupes ont déjà été ainsi divisées en familles plus ou moins nombreuses. Mais aucun de ces auteurs n'ayant encore présenté un plan uni- . forme et général de tout l’ordre, la classification d’Amyot et Serville demeure encore la plus généralement employée, vu surtout qu’étant des plus rationnelles, elle est par cela même plus facile à saisir et à retenir.

. EPS PPS CUVE

HÉMIPTÈROLOUISTES 7

Notons ici en passant que l’ordre des Hémiptères, comme - tous les autres ordres d’ailleurs, a eu grandement à souffrir. dans sa nomenclature, de la manie qu'ont certains auteurs de vouloir tout remanier et tout refondre dans leur propre moule, D'après quelques uns, le genre se perdrait presque dans la fa-

- mille, puisqu’un grand nombre de celles-ci seraient restreintes à

un seul genre. Il arrive parfois, sans doute, que certains caractères disparates ne se trouvent chez eux nulle part, de là la nécessité de leur créer une demeure propre; mais de ces cas exceptionnels à former une famille de chaque genre, ou un genre de chaque espèce, il y a de l’espace, et si la clasification a

été créée pour guider l’étudiant dans la connaissance des espèces,

il faut bien se donner le garde de l’écarter par des divisions et subdivisions basées souvent sur des caractères variables, peu apparents et parfois très difficiles à distinguer. Voila pourquoi entre les différentes classifications celle de MM. Amyot et Serville nous paraît encore la plus rationnelle, la plus simple et la plus aisée à retenir.

Mais comme la science entomologique à fait des progrès considérables depuis Amyot et Serville, et que les matériaux en fait d'Hémiptères ont été plus que doublés pour être mis à la disposition des écrivains, on a senti la nécessité de ne considérer les familles des deux savants français que comme des divisions principales, pouvant elles-mêmes se partager en familles distinctes plus ou moins nombreuses, et c’est la le mode

que nous adopterons.

Les Hémiptères étant assez peu nombreux dans notre Province, nous aurions pu nous renfermer, sans trop d’inconvénients, dans les familles d’'Amyot et Serville ; cependant il eonvient que tout en détachant la faunule hémiptérologique de

notre pays de la faune générale de tout l’ordre, 1l convient,

disons-nous, que nous econservions à notre partie distraite les caractères du grand tout, pour lui permettre de prendre place;

sans disparité trop choquante, dans la monographie générale de

tout l’ordre. Nous nous contenterons donc d’omettre les parties

non représentées dans notre faune, et de suivre pour le reste la marche des auteurs les plus autorisés et les plus récents.

Parmi les entomologistes Européens qui de nos jours s’occupent spécialement des Hémiptères, on peut citer: Stâl, en Suède ; Reuter en Finlande, Fieber en Autriche, Douglass et Scott en Angleterre, Mulsant, Rey, Signoret, le Dr Puton, ete., en France.

Sur notre continent, Say, qui est le Linné de l’Amérique, a décrit un bon nombre d'Hémiptères, et après lui Fitch, de son vivant entomologiste d'Etat pour New-Vork, le professeur Uhler de Baltimore, le Dr Packard, rédacteur de l'American Naturalist, M. C. V. Riley, membre de la Commission Entomologique de la République Américaine, sont ceux qui ont donné la plus grande attention aux insectes de cet ordre. Mais la monographie ou l’histoire des insectes américains de cet ordre formant un tout complet et méthodique, est encore à venir. Nous n'avons ni les connaissances, ni les matériaux suffisants à notre disposition pour viser jusque là; nous nous contenterons donc, comme nous venons de lexposer et comme nous l'avons fait pour les ordres précédents, de restreindre le champ de nos études à peu près aux seules limites de notre Province, tout en suivant les grandes coupes du plan général de tout l’ordre,

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