‹ Petite flore latineChapitre 195 sur 254 · SI VIS ME FLERE, DOLENDUM EST PRIMUM IPSI TIBI · texte numérisé non relu

SI VIS ME FLERE, DOLENDUM EST PRIMUM IPSI TIBI

(Si vous voulez que je pleure, commencez par pleurer vous-même.)

C'est-à-dire : si vous voulez m'émouvoir, commencez par être ému vous -même. Ce n'est qu'en éprouvant \ivemeut un sentiment qu'on parvient à le faire partager aux autres. Ce précepte d'Horace est dicté par la raison même. Il n'y a que l'àme qui puisse parler à Tâmw. Tous les grands maîtres ont donné ce précepte; mais Cicéron et Quintilien l'ont développé avec beaucoup de force. « Il vous est difficile, dit Cicéron, d'exciter l'indignation de votre juge, s'il ne s'aperçoit pas que vous êtes réellement indigné; de lui inspirer de la haine pour votre ennemi, s'il ne remarque pas en vous une haine véritable; de le remplir de commisération et de pitié, si vos pensées, vos expressions, le son de votre voix, votre physionomie et vos larmes n'attestent pas votre douleur. Comme les matières les plus combustibles ont besoin d'être approchées du feu pour s'embraser, ainsi les hommes les plus disposés à l'émotion ont besoin d'être enflammés par Torateur »

Quintilien n'est ni moins vif, ni moins pressant. «Voulons-nous, dit-il, exciter les passions avec force, revêtons- nous, s'il faut ainsi dire, de l'intérieur de ceux qui souffrent véritablement. Soyons animés des mômes mouvements, et que toujours notre discours parte d'une disposition de cœur telle que uous la voulons faire prendre aux autres. Pense-t-on, en effet, que l'auditeur puisse s'attrister d'une chose qu'il me verra lui raconter avec indifférence; ou qu'il se mette en fureur

lorsque moi qui l'y excite, je ne sens rien de semblable; ou qu'il verse des larmes, quand je plaiderai devant lui avec des yeux secs? Cela ne se peut : on n'est échauffé que par le feu... et nulle chose ne donne à une autre la couleur qu'elle n'a point elle-même. Il faut donc que ce qui doit faire impression sur nos auditeurs, eu fasse premièrement sur nous , et que nous soyons touchés avant de songer à toucher les autres. »

Boileau traduit ainsi la pensée d'Horace :

Que devant Troie en flamme, Héciibe désolée Ne vienne pas pousser une plainte ampoulée, J\i sans raison décrire en quel affreux pays , Par sept bouches TEiuin reçoit le Tanaïs. Tous ces pompeux amas d'expressions frivoles Sont d'un déclamateur amoureux de paroles ; Il faut dans la doideur qrie vous vous abaissiez : Pour me tirer des pleurs , il faut que vous pleuriez.

La dernière partie de la locution se sous-entend ordinairement, et l'on ne cite guère que si vis me flere,

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