‹ Petite flore latineChapitre 215 sur 254 · TU MARCELLUS ERIS · texte numérisé non relu

TU MARCELLUS ERIS

(Tu seras Marcellusl)

Anchise montre à Énée les futurs héros de sa race, et, parmi eux,

le jeune Marcellus, 'fils d'Octavie, sœur d'Auguste. Virgile fait prédire à Anchise les belles espérances que devait donner le jeune prince, qui mourut à vingt ans. Tu seras Marcellus ! c'est-à-dire une promesse qui ne se réalisera pas, l'objet d'ime attente suivie d'un éternel regret.

Marcellus était regardé comme le successeur d'Auguste à l'empire; il était aimé du peuple, qui attendait de lui, lorsqu'il serait devenu le maître du monde, le rétabUssement de la liberté. La tradition a conservé le souvenir de l'effet que produisit sm'' le cœur d'Octavie l'épi-

sodé qui a rapport à la fin prématurée de Marcellus. Virgile lisait en présence d'Auguste le passage où se trouvent ces vers :

Heu, miserande pner, si qna fata aspera nunpas. Tu Marcellus eris .'

« Hélas ! malheureux enfant, si tu peux vaincre un jour les destins trop cruels, tu seras Marcellus ! »

A ces mots, qui lui rappelaient si douloureusement le fils qu'elle avait perdu, Octavie s'évanouit. Aussitôt qu'elle eut repris ses sens, elle fit donner au poète autant de talents d'or qu'il y avait de vers dans l'éloge de son fils. Ce don magnifique représenterait aujourd'hui plus de 150,000 francs.

Le Tu Marcellus eris a eu souvent le même sort que la plupart des citations latines, que celles surtout qui rappellent des souvenirs grands et tristes. Le Français « né malin » en a fait des applications plaisantes. Dans un de ses feuilletons, M. de Biéville change Marcellus en ilascarille :

«.Le nouveau débutant a l'aplomb, la vivacité, la malice d"un Frontin; il a l'œil allumé, la face réjouie, le sourire narquois, la physionomie expressive, la diction accentuée, le geste prompt, la démarche alerte, qui sont les signes caractéristiques de l'emploi. Voilà un garçon qu'il suffit d'entendre une fois pour lui dire : « Tu Mascarillus eris ! Tu es né pour porter la li-^Tée à la Comédie-Française. »

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