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CHAPITRE VIII

PARIS SOUS LES VALOIS. — XVIe SIÈCLE.

Sommaire. — Mémento historique. — François Ier. — Entrée de la reine Claude. — Supplice d'Etienne Dolet. — Charles-Quint à Paris. — Construction du nouvel Hôtel

1. Tant que les maisons ne furent pas numérotées, il fallut les désigner par une indication très longue et compliquée. Les vieux contrats en donnent mille exemples. C'est ainsi qu'une maison est désignée dans un acte de 1 i-2't : sise rue Neuve de l'Abreuvoir de Mâcori, faisant \<> coin de cette rue devant l'Abreuvoir du dit Mâcon du coté devers Saint-Andrédes-Arts. Le plus souvent, on désigne la maison par son enseigne.

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de Ville et du Louvre. — Règne de Henri II. — Enceinte de Paris. — Mort de Henri II. — Paris sous François II et Charles IX. — La Saint-Barthélémy. — Henri III et ses mignons; nouveaux emprunts. — Création de la Sainte- Ligue. — Journée des barricades. — Monuments de Paris sous Henri 111.

74. Mémento historique. — Le seizième siècle fut pour la France une époque brillante et ruineuse à la fois. Pendant que la cour introduisait un luxe inconnu jusqu'alors et que les lettres et les arts prenaient un essor qui a rendu cette époque célèbre sous le nom de Renaissance, le peuple était accablé d'impôts et souvent décimé par la peste; enfin des luttes saiis merci entre les catholiques et les huguenots mettaient le pays à feu et à sang.

Le règne de François 1er fut tout entier rempli par sa rivalité avec Charles-Quint. Cette lutte, mêlée de succès et de revers éclatants, se continua plus utilement pour nous sous son fils Henri II, qui y gagna les trois évêchés de Metz, Toul et Verdun (1552). Malheureusement, le roi fut tué prématurément en 1559, laissant à sa femme, l'italienne Catherine de Médicis, la tutelle de ses fils. G'esl alors que commence une longue période de divisions intestines et d'anarchie. Après le règne de François II et celui de Charles IX, signalé par l'affreux massacre de la Saint-Barthélémy (1572), Henri III arrive au pouvoir. Le nouveau roi n'avait pas l'énergie nécessaire pour résister à la fois aux protestants, commandés par Henri de Navarre, et aux catholiques, dirigés par l'ambitieux duc de Cuise. Aussi son règne fut-il une suite ininterrompue de troubles et de désastres, qui ne se termina, après sa mort', qu'avec l'abjuration et l'entrée à Paris de Henri IV, en 1594.

75. François Ier. Entrée à Paris «le la reine Claude. — Avec le brillant François Ier, Paris vit souvent de belles fêtes, que les Parisiens payaient

toujours. On fit à la jeune reine Claude, lors de son entrée, une réception magnifique.

Le corps municipal s'était réuni spécialement pour délibérer sur cette entrée et les honneurs qu'on y rendrait à la reine; il avait été décidé qu'elle serait invitée à dîner à l'Hôtel de Ville pour le jour qui lui conviendrait et en même temps, l'on prescrivit les mesures à prendre pour qu'il n'y eût aucun désordre possible; en effet, lors de la dernière solennité de ce genre, l'Hôtel de Ville avait été envahi par la multitude, si bien « que l'on ne pouvoit avoir passage à porter les viandes sur les tables». L'entrée eut lieu le 17 mai 1517 et fut des plus superbes. Le prévôt des marchands, les échevins et le clerc de la ville allèrent au-devant du cortège royal jusqu'à La Chapelle (c'était alors un village de la banlieue) ; ils étaient vêtus de robes de velours rouge et de pourpoints de satin cramoisi ; devant eux les archers et les arbalétriers de la ville, ainsi que les seize quarteniers (officiers municipaux correspondant à peu près à nos commissaires de police) ; puis les bourgeois et les marchands des communautés de drapiers, épiciers, pelletiers, merciers, orfèvres, bonnetiers et teinturiers1.

76. Suppliée d'Etienne Dolet. — Ce fut SOUS le règne de François Ier que Paris fut témoin du supplice d'une des plus célèbres victimes des passions religieuses. Etienne Dolet était un savant qui avait consacré sa vie à l'étude de l'antiquité; on trouva dans ses livres ou l'on voulut y trouver des preuves d'hérésie et d'athéisme. On le mit d'abord à la torture, puis on le condamna à être pendu et finalement brûlé avec ses livres. L'arrêt fut exécuté le

1. Nous tirons ces renseignements d"une publication entreprise aux frais de l'Administration municipale et qui rend les plus grands services aux historiens de Paris : ce sont les registres des délibérations du bureau de la Ville. Le plus ancien remonteTYaunée 1499 et la collection Se continue presque sans interruption jusqu'à 1789.

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3 août 1540 sur la place Maubert, où, par exception, le gibet avait été dressé l.

77. Charles-Quint » Parte. — Pendant l'une des courtes réconciliations qui eurent lieu entre les deux rivaux, François Ier et Charles-Quint, ce dernier traversa pacifiquement la France et visita Paris. La réception qui lui fut faite par notre capitale fut splendide.

Elle eut lieu le 1er janvier 1540. Le corps de ville s'étoit transporté en grand appareil au devant de l'empereur, hors la ville, à l'abbaye de Saint-Antoine (actuellement l'hôpital Saint-Antoine, dans le faubourg du même nom); là, le prévôt des marchands lui fit une belle harangue en lui présentant les clefs de la cité et l'empereur répondit « qu'il remercioit la Ville et qu'on lui faisoit trop d'honneur. » Le cortège se mit ensuite en marché. A la porte Saint-Antoine (place de la Bastille , il y avoit un grand arc de triomphe avec les armoiries de l'empereur et les aigles impériales. A cet endroit, les canons de la Bastille et du rempart remplissoient l'air d'un tel bruit et d'une telle fumée qu'on pouvoit à peine voir et entendre. Près de la porte Baudoyer (située rue Saint-Antoine, non loin de Saint-Paul), l'empereur s'arrêta à voir jouer sur un théâtre en plein air une sorte d'allégorie dont le sens était l'alliance entre la France et l'Allemagne. 11 traversa ensuite le pont Notre-Dame, tout jonché de feuilles de lierre, se rendit à Notre-Dame et enfin au Palais (Palais de justice), où les officiers municipaux furent conviés à souper. Pendant son séjour à Paris, qui dura une semaine, l'empereur logea au Louvre et sa présence dans la capitale donna lieu à beaucoup de fêtes. De plus, tous ceux qui étoient enfermés dans les prisons de la ville furent rendus à la liberté, en si^ne de réjouissance.

1. Les exécutions avaient lieu sur la place de Grève. La ville de Paris rend un juste hommage à Etienne Dolet en lui faisant élever une statue sur le lieu même de sou supplice.

Enfin, le corps de ville offrit à Charles-Quint une statue d'argent, d'environ deux mètres, représentant Hercule vêtu d'une peau de lion et enfonçant dans le sol deux colonnes, également d'argent. On s'explique que Charles- Quint ait été émerveillé autant de la réception que de la ville même et qu'en partant il ait pu s'écrier comme on l'a prétendu : « Les autres villes sont des villes .-Paris est un monde. » Cela n'empêcha pas que, l'année suivante, il déclara de nouveau la guerre à la France et que les Parisiens eurent à prêter au roi 200 000 écus pour l'aider à en faire les frais.

Le règne de Françoi-s Ier fut désastreux pour les finances; non seulement lorsque ce prince eut été. fait prisonnier à Pavie (1525) les villes du royaume, et surtout Paris, eurent à s'imposer des sacrifices énormes pour sa rançon, mais encore le pays eut constamment à supporter des emprunts écrasants sous le nom d'aides ordinaires ou extraordinaires pour le faict des guerres.

François Ier mourut au château de Rambouillet, le 31 mars 1547, et fut inhumé dans la basilique de Saint-Denis où on lui éleva un tombeau magnifique.

78. Construction «In nouvel Hôtel de Ville, do Louvre, etc. — C'est en 1530 qu'on commença la construction du nouvel Hôtel de Ville. Les services municipaux s' accroissaient chaque jour, et l'ancienne Maison aux Piliers, achetée jadis par Etienne Marcel, menaçait de tomber en ruines. Il fut décidé qu'on la jetterait bas et que, sur son emplacement, on construirait un édifice grandiose. La première pierre en fut posée le 15 juillet 1533 par Pierre Viole, prévôt des marchands1, et des réjouissances publiques marquèrent cette solennité.

1. Sa statue se voit dans le square Monge, encastrée au mur de soutènement de l'école Polytechnique. ~~"

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Un historien les raconte ainsi : « Sonnoient à carillon les cloches de Saint-Jean-en-Grève1, de Saint-Esprit2 et de Saint-Jacques-la-Boucherie3. Aussi, au milieu de la Grève il y avoit vin défoncé, tables dressées, pain et vin pour donner à boire à tous venants, et crioit le menu peuple à haute voix: « Vive le Roy et Messieurs de la Ville! »

Fia. 31. — L'Hôtel de Ville (1), dont la construction fut commencée par François 1er sur l'emplacement do l'ancienne Maison aux Piliers devenue insuffisante, fut achevé par Henri IV qui y ajouta deux ailes. Il était situé sur la place de Grève (2) ; derrière se dressait l'église Saint-Jeanen-Grève (3), aujourd'hui disparue. L'édifice, brûlé en 1871. a été reconstruit depuis sur les mêmes plans, mais dans de plus grandes dimensions.

L'Hôtel de Ville ne fut terminé qu'au siècle suivant, en 1610; il était encore debout en 1871. Lédifice actuel, plus vaste et plus beau, rappelle la physionomie de celui qui le précédait.

1. Église supprimée par la Révolution. Elle était située sur la place de Grève, entre l'Hôtel de Ville et Saint-Gervais.

■2. Il s'agit de l'hôpital du Saint-Esprit, situé ('gaiement place de Grève, et sur l'emplacement duquel furent construits, au commencement du siècle, des bâtiments annexes de l'Hôtel de Ville.

3. L'église Saint-Jacques-la-Boucherie.dont la tour seule a été conservée.

Parmi les autres fondations du môme roi, la plus importante est celle du Collège de France qui, jusqu'à la Révolution, «'appela Collège royal. Dès l'origine, vers 1530, il occupa l'emplacement qu'il n'a pas quitté, place Cambrai, près de la Sorbonne. Les chaires créées par François Ier étaient au nombre de douze :

on y enseignait surtout les langues orientales, l'hébreu, le grec et aussi les mathématiques et le droit.

François Ier se fit construire une charmante résidence dont il ne reste plus aujourd'hui que le château de Madrid, dans

FlG. 32. — L'ancien pilori ayant été démoli par le peuple en 1516, François 1er le fit reconstruire en 1542. Le nouveau pilori des Halles était un monument octogonal qui fut détruit en 1786.

le nom et le souvenir le Bois de Boulogne1.

1. Il avait voulu, paraît-il, en faire une solitude comparable à celle qu'il avait connue, malgré lui, dans sa prison de Madrid, au commencement de son règne ; d'où le nom de cette résidence.

On sait que François 1er se fit encore bâtir de magnifiques résidences sur les rives de la Loire, à Iilois, à Chambord, et, plus près de Paris, a Fontainebleau.

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D'autres fondations de collèges marquèrent ce règne : ceux de la Merci et du Mans, sur la montagne Sainte-Geneviève; tous deux ont disparu au moment de la Révolution. Entin, de nombreux édifices furent reconstruits à cette époque dans le style de la Renaissance ; ce sont, outre l'Hôtel de Ville, les églises Saint-Eustache et Saint-Étienne-du- Mont, les nouveaux bâtiments du Louvre et du château de Saint-Germain, où François Ier se plut toujours beaucoup.

Enfin c'est aussi sous François Ier que fut reconstruit, en 1542, le fameux pilori (fig. 32) des Halles, sorte de tour octogone, percée de plusieurs fenêtres et munie à l'intérieur d'une planche en bois où les condamnés étaient exposés aux outrages de la populace.

79. Règne «le Henri h. — Sous Henri II qui succéda à son père en 1547, le luxe et les fêtes furent encore plus brillants; mais de folles dépenses à la cour et dans les châteaux, la suite des guerres avec Charles-Quint, mêlées de succès et de défaites, la misère des villes qui sont accablées chaque année de nouveaux impôts, voilà l'impression que donne l'étude de toute cette époque.

L'une des premières préoccupations du nouveau roi est de faire payer à ses « très chers et bien ornez » de la ville de Paris la nourriture et le logement de bêtes sauvages qu'il a reçues d'Afrique. Le corps municipal en délibère et répond que la ville n'a aucun lieu pour les loger et « qu'elle est assez chargée en autres choses » ; mais Henri II revient à la charge, déclare qu'il verrait par là que les Parisiens n'ont aucune envie de le gratifier et de lui complaire. Ce désir est un ordre, et il faut payer vingt sous par jour pour chacune des trois bêtes (un lion, un dromadaire et un jaguar), et leurs gardiens.

80. Enceinte de Paris. - Peu de fondations importantes sous ce règne : on continua surtout les monuments entrepris sous François Ier.

Cependant, il fallut refaire en grande partie les fortifications de la rive droite, notamment du côté de la Bastille où la porte Saint-Antoine fut construite à une autre place ; mais l'enceinte ne fut pas

Fig. 33. — Mort de Henri II (d'après une estampe du temps). Les tournois étaient des assauts d'armes où les chevaliers, armés de toutes pièces, rompaient des lances et essayaient de se désarçonner. West dans un de ces tournois, tenu près de la porte Saint-Antoine, qu'Henri II fut atteint mortellement d'un éclat de la lance de son adversaire.

reculée; elle suivait toujours le même tracé qu'à l'époque de Charles V, c'est-à-dire la ligne des boulevards du Temple, Saint-Martin, Saint-Denis, etc. De vastes faubourgs commençaient à se créer au dehors : la Ville-Neuve, la Ville-l'Évêque, la butte Saint-Roch.

81. Mort «le Henri II. — C'est à Paris qu'Henri II mourut d.uis des circonstances tout à l'ait dramatiques. A l'occasion du mariage de si fille, en 1559, le roi avait prescrit

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de grandes fêtes dans sa capitale et notamment un brillant tournoi, exercice alors fort à la mode. Deux chevaliers à cheval couraient au-devant l'un de l'autre dans un champ clos qui s'appelait lice ; ils étaient armés d'une lance en i .ois dont ils frappaient l'armure de leur adversaire et qui devait se briser sur cette armure si le choc était assez fort et le coup assez bien porté.

Les lices furent installées en pleine rue Saint-Antoine, devant l'hôtel des Tournelles, c'est-à-dire à peu pies à la hauteur de l'église Saint-Paul ; le roi prit un très vif intérêt à tous ces divertissements, et pour les terminer, il voulut entrer lui-même en lice. L'un des chevaliers qu'il désigna pour lutter contre lui fut Gabriel de Montgomrnery, capitaine des gardes écossaise-. Plusieurs lances furent rompues de part et d'autre; mais Montgommery ayant eu l'imprudence de conserver le tronçon de sa lance, vint frapper Henri à l'œil droit, à travers la visière rabattue du casque et le blessa mortellement. On s'empressa, on transporta le roi à l'hôtel des Tournelles, mais tous les secours furent inutiles ; quelques jouis après, il mourait sans avoir pu recouvrer la parole. Il n'avait que quarante et un ans (10 juillet 1559).

82. Paris sous François II et Charles IX. — Sous François II et Charles IX. les guerres civiles et religieuses continuèrent avec leurs mille excès. Parmi les plus illustres victimes de cette époque, il faut citer Anne du Bourg, conseiller au Parlement de Paris, magistrat éclairé, dont le seul crime était d'avoir des convictions religieuses peu conformes aux dogmes catholiques : il périt sur le bûcher et donna l'exemple d'une belle mort.

83. La Saint-Barthélémy à Paris. — La mère du roi. Catherine de Médicis, avait juré l'extermination de tous les protestants du royaume: elle fit lotit pour y arriver.

On décida à la cour d'attirer dans la capitale les

principaux protestants : le mariage de Henri de Navarre — celui qui devait être plus tard Henri IV — avec la propre sœur du roi, Marguerite de Valois1, en fut le prétexte. Ce mariage eut lieu le 17 août 1572

Fig. 34. — Supplice d'Anne du Bourg (d'après une estampe du temps). Il eut lieu place de Grève. Anne du Bourg, conseiller au Parlement, est une des plus célèbres victimes des guerres de religion.

et fut suivi de fêtes splendides. La date de l'exécution du massacre avait été fixée à la nuit du 24 août, jour de la Saint-Barthélémy. Le faible Charles IX ne fit rien pour empêcher le crime.

Déjà, deux jours avant, l'amiral Coligny, chef du parti protestant, avait été atteint d'un coup de feu qui ne lui valut qu'une légère blessure au bras. La veille du jour indiqué, Jean Charron, prévôt des marchands, fut appelé au Louvre et reçut l'ordre du roi de faire armer toutes les milices

1. A laquelle l'histoire a conservé le surnom de reine Margot.

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