Reconstruction du Louvre pur François I''r
1541. — Depuis Charles V, les rois s'étaient servis du Louvre plutôt comme d'un arsenal que d'une résidence, et le château de Philippe-Auguste était dans un état si déplorable au seizième siècle, que François Ier, pour y recevoir Charles-Quint, avait été obligé d'y faire de nombreuses et coûteuses réparations. Effrayé du mauvais état des constructions, il en décida, quelques années après, la démolition pour tr^du sT^delaYena
en faire un palais digne de la sance- sorte de Piliers à de-
,. , mi encastrés dans le mur,
COlir élégante et Somptueuse étalent ornés ^'arabesques
qu'il avait créée. de st-vle italien-
Les travaux de reconstruction commencèrent en 1541, sous la direction de Pierre Lescot, qui s'adjoignit, pour la sculpture et l'ornementation, Jean
Fio. 90.
Les pilas-
Goujon et l'Italien Paul Ponce, élève de Michel- Ange. Le plan de Pierre Lescot comprenait quatre façades formant un carré; à chaque angle s'élevait un pavillon ; la grandeur du palais devait correspondre à peu près au quart du Louvre actuel. L'aile occidentale, qui se trouve entre le pavillon de l'Horloge et l'angle sud-ouest de la cour (fig. 93), fut commencée la première : c'est une merveille
Fig. 91. — Le Louvre en 1609. — 1. Grande galerie du Louvre; 2. Galerie d'Apollon; 3. Petit-Bourbon; 4. Louvre de François 1er et d'Henri II ; 5. Seine.
incomparable de dessin architectural, de sculpture et d'ornementation.
Les travaux étaient peu avancés à la mort de François Ier, en 1547. Catherine de Médicis, qui avait apporté d'Italie le goût des arts, pressa Henri II dans l'achèvement des travaux : l'aile méridionale fut terminée à peu près jusqu'au pont des Arts : à l'angle, fut élevé un premier pavillon, appelé le pavillon du Roi; à l'intérieur, le magnifique escalier, celui qui conduit actuellement
LA RENAISSANCE
aux salles de peinture, connu sous le nom d'escalier Henri II, et la superbe salle des Cariatides1. Henri IV ne s'occupa du Louvre que par les travaux qu'il fit exé-
cuter à la grande galerie, pour le réunir aux Tuileries (fîg. 93).
Richelieu résolut de terminer l'édifice. En 1624, le jeune roi Louis XIII posa la première pierre du pavillon de l'Horloge ; les derniers débris du château de Philippe-Auguste disparurent ; l'aile occidentale fut terminée, ainsi que le pavillon d'angle nord-ouest, et une partie de l'aile septentrionale2.
Au commencement du règne de Louis XIV, la moitié des travaux de la cour étaient à peu près terminés. En 1660, Louis XIV confia
Fig. 92. — Fragment Style Henri II. — La partie du Louvre, achevée sous Henri II, est un des plus beaux monuments de la Renaissance. Le caractère de cette époque consiste dans des moulures d'une délicatesse inouïe ; on y introduit des pilastres et des colonnes imitées du style grec.
1. Sur toutes les façades de ces constructions, on peut voir encore dans la cour le chiffre entrelacé de Henri II et de Catherine do Médicis.
2. Sur toutes ces constructions, on peut voir un L et un A entrelacés, chiîfres de Louis XIII et d'Anne d'Autriche.
Place SÏGermun l'Auxerrois
Tuileries Fig. 93. — Constructions successives «lu Louvre.
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à Levau le soin de les achever. Trois ans après il ne restait à faire que la façade orientale1.
Ce fut alors que Louis XIV et Colbert, rêvant une façade monumentale comme entrée du palais du côté de Saint-Germain-l'Auxerrois , s'adressèrent à tous les artistes français et étrangers. A la suite de l'insuccès de l'Italien Bernin. Claude Perrault soumit le plan de la fameuse colonnade, qui plut à Louis XIV par son aspect grandiose et imposant, avec son immense péristyle et ses hautes colonnes corinthiennes.
Les travaux furent conduits avec une grande activité ; mais il arriva que cette énorme façade construite sans préoccupation des parties déjà existantes, dépassa en hauteur le premier étage de la cour; alors, il fallut tout changer : l'aile occidentale seule garda son aspect primitif; pour les deux autres côtés, on dut ajouter un second étage. En 1680, les travaux furent abandonnés , et les parties du palais qui pouvaient être habitées servirent de logements aux savants, aux artistes, aux écrivains.
Sous Louis XV, on exécuta seulement quelques travaux de réparation urgents, sous les soins de Gabriel, l'architecte de la place de la Concorde et de l'École militaire.
Sous Louis XVI, on fit quelques aménagements intérieurs pour les collections artistiques que l'on se proposait d'y installer, idée reprise et exécutée par la Révolution.
On y classa définitivement, sous l'Empire, les
1. Les chiffres de Louis XIV et de Marie-Thérèse apparaissent sur l'aile septentrionale.
trésors de peinture et de sculpture que les armées victorieuses envoyaient en France de tous les points de l'Europe.
Louis-Philippe fit quelques restaurations extérieures et intérieures; il fit aménager les appartements de Henri II, de Charles IX, de Henri TV où on les voit encore aujourd'hui derrière la colonnade; il fit venir du château de Vincennes la chambre d'Anne d'Autriche et créa le musée de Marine, ainsi que celui des Antiquités assyriennes et égyptiennes.
Napoléon III y installa de nouvelles et nombreuses collections; ce fut à cette époque qu'on eut l'heureuse idée de faire rechercher dans la cour l'emplacement du château de Philippe-Auguste, qu'indique un tracé de pierres blanches1.
Dès le dix-septième siècle, bien des projets avaient été faits pour relier les Tuileries au Louvre . Louis XI V, à la suite du pavillon de Marsan, commença une galerie parallèle à la grande galerie de Henri IV. Les travaux en furent interrompus jusqu'à Napoléon Ier, qui la continua de quelques travées, en même temps qu'il élevait à l'angle nord -ouest du vieux Louvre, un pavillon, aujourd'hui disparu, où elle devait aboutir, en façade sur la rue de Rivoli.
Jusqu'à la révolution de 1848, l'immense espace compris entre le Louvre et les Tuileries était couvert d'un amas de maisons que d'incomplètes démolitions laissaient debout au milieu de terrains vagues et fangeux. La réunion des deux palais les fit disparaitre.
C'est Napoléon III qui termina cette grande œuvre. Visconti fut chargé des travaux. Quatre
I . Les N et les aigles impériales se voient sur la façade Est do la cour.
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énormes pavillons, encadrant des logis immenses, sont reliés par une suite d'arcades surmontées de terrasses régnant sur toute la façade intérieure ; chaque pilier de ces arcades supporte la statue d'un des grands hommes de la France. Sur la rue de Rivoli, en face le Palais-Royal, s'est élevé le beau bâtiment où se trouvait l'ancienne bibliothèque du Louvre — actuellement le ministère des finances, — détruite si malheureusement dans les incendies de la commune. Après la mort de Visconti, en 1854, ce fut Lefuel qui exécuta tous les travaux du nouveau Louvre, le plus grand monument construit au dix-neuvième siècle, et un de ceux que la postérité admirera sans doute le plus.
239. L.» grande gralcrie «lu Louvre. — Pendant que Pierre Lescot et Jean Goujon continuaient le palais de François Ier, Catherine de Médicis se faisait construire une galerie assez vaste, en saillie, presque au bord de l'eau. Cette élégante construction, incrustée de marbres de différentes couleurs, est celle qui s'avance aujourd'hui perpendiculairement sur le quai, en façade du jardin appelé plus tard jardin de V Infante. A côté de cette galerie, Catherine commença un grand pavillon, où elle avait l'intention de réunir une riche collection d'objets d'art; à la suite, elle fit construire une autre galerie parallèle à la Seine, simple rez-de-chaussée, surmonté d'une terrasse qui fut conduite à peu près jusqu'au pavillon actuel de Lesdiguières.
Henri IV reprit l'œuvre des Valois et augmenta d'un étage la galerie du Louvre : c'est aujourd'hui la galerie d'Apollon, reconstruite sous Louis XIV d'après les dessins du peintre Lebrun, à la suite de lincendie de 1661. Il termina le pavillon en regard
226 MONUMENTS DE PABIS.
de la Seine, fit relier le pavillon de Flore à la galerie de Catherine et fit élever la galerie des Valois qui relia le Louvre et les Tuileries.
La grande galerie ne fut vraiment terminée que sous Napoléon III. Ce n'est, en effet, qu'en 1864 qu'on bâtit la galerie actuelle; un pavillon, aux formes élancées, répéta symétriquement le pavillon Lesdiguières, et, entre les deux bâtiments, furent pratiquées les trois grandes ouvertures cintrées donnant issue de la place du Carrousel au pont des Saints-Pères.
240. Les Tuileries. — En 1559, à la mort de Henri II, Catherine de Médicis était venue occuper le vieux Louvre avec ses enfants. Mais il ne suffit pas longtemps aux besoins de sa cour, et, en 1564, dit le père du Breul, « la reine fit commencer le magnifique bastiment de l'hostel royal, dit des Tuilleries de Paris, parce qu'il y avait anciennement une tuillerie audict lieu. »
Philibert Delorme en fut choisi comme architecte avec Bullant. La façade centrale fut seule construite : au centre, un pavillon décoré avec luxe, couronné d'un dôme hémisphérique, que deux galeries ouvertes et surmontées d'une attique de la sculpture la plus riche, reliaient de chaque côté à un corps de logis quadrangulaire. Sous le dôme, « l'escalier de ce bel hostel, dit encore le père du Breul, tournant en limaçon et suspendu en l'air, sans aucun noyau qui en soutienne les marches, est le plus beau chef-d'œuvre d'architecture et une des plus hardies pièces qu'on puisse voir en notre France. »
Mais ce palais ne fut jamais achevé, et il subit bientôt les plus grandes transformations. Henri IV fit construire l'aile à grands pilastres composites
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qui se dirigeait vers le sud et venait se terminer par le pavillon de Flore; la symétrie fut ainsi rompue. Louis XIV fît reproduire au nord les mêmes bâtiments ; il défigura toute l'œuvre de Philibert Delorme, démolit l'escalier, perça le pavillon central d'un vestibule, remplaça le dôme en coupole par une lourde masse carrée, et détruisit le jardin du
Fig. 9i. — Les Tuileries furent d'abord construites par Catherine de Médicis. Agrandies plus tard, elles devinrent la résidence de Louis XVI lorsqu'il dut revenir à Paris. Les Tuileries, incendiées en 1871, sont aujourd'hui entièrement rasées.
palais, qui devait occuper la place duCarrousel actuel.
Bien peu de changements extérieurs eurent lieu jusqu'à Napoléon Ier, qui fit déblayer complètement la cour, termina la clôture, et, devant l'entrée principale, fit élever le charmant arc de triomphe du Carrousel.
Napoléon III, après avoir ajouté de nombreuses décorations intérieures, fit démolir le pavillon de Flore, construit sous Henri IV, et refaire, sur le même emplacement, le pavillon actuel. Le palais des
Tuileries a été incendié sous la Commune en 1871 et ses ruines furent complètement rasées en 1886.
241. L'Hôtel de Ville. - On sait que l'Hôtel de Ville, incendié en 1871, avait été reconstruit sous François Ier, sur l'emplacement de l'ancienne maison aux Piliers.
Ce fut en 1533, que Pierre Viole, le prévôt des marchands, posa la première pierre du nouvel édifice.
Les plans en avaient été dressés par un architecte
Fig. 95. — L'Hôtel de Ville actuel a été reconstruit, il y a quelques années seulement . sur l'emplacement de l'ancien Hôtel de Ville de François Ier. Il en diffère ]ieu, quoique plus grand, et est l'œuvre de MM. Ballu et Deperthes, architectes choisis au concours.
italien, Dominique de Cortone, dit le Boccador, et les travaux dirigés par lui et un Parisien, maître des œuvres de maçonnerie, Pierre Chambiges.
L'Hôtel de Ville ne fut terminé que sous Henri IV: François Miron était alors prévôt des marchands; il abandonna le traitement qu'il touchait en cette qualité pour hâter l'exécution des travaux.
Sous Louis-Philippe, en 1837, on construisit à
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droite et à gauche les deux pavillons extrêmes, reliés par d'immenses bâtiments aux deux anciens pavillons à tourelles du Boccador.
Après avoir échappé à tous les assauts des émeutes et des révolutions de Paris, l'Hôtel de Ville fut détruit par l'incendie, en 1871. Le bâtiment actuel a été reconstruit sur le même emplacement par les architectes Ballu et Deperthes : l'apparence extérieure a été peu modifiée, mais l'édifice a des proportions bien plus considérables que celles de l'ancien monument.
242. Château de Madrid. — Le Château de Madrid fut élevé, en plein bois de Boulogne1, par François Ier à son retour de captivité en Espagne. C'était un charmant séjour, où le roi aimait à se retirer dans la société de savants, de littérateurs et d'artistes. Les habitués de la Cour n'y étaient point admis, et ce fut un courtisan qui, vexé de ne pouvoir pénétrer auprès du roi, donna à ce château le nom de Madrid, par allusion à la prison où Charles-Quint avait enfermé François Ier, à Madrid. Les restes de ce château, démoli sous Louis XVI, font aujourd'hui partie d'un restaurant.
243. HdteldeSof «usons. — En même temps que les Tuileries, Catherine de Médicis se faisait construire, près de Saint-Eustache, un autre palais qui plus tard prit le nom A' Hôtel de Soissons. Jean Bullant en fut l'architecte. Ce magnifique séjour fut démoli en 1749. La Halle aux blés, qui a disparu en 1887, pour faire place à la Boiwse de Commerce, fut construite sur son emplacement : la colonne d'ordre dorique, de 25 mètres de hauteur. qui servait d'obser-
i. Le bois de Boulogne s'appelait, au moyen âge. la forêt de Rouvray.
vatoire astrologique à Catherine de Médicis, est restée seule debout.
244. Autres constructions du seizième siècle. — Parmi les hôtels particuliers du seizième siècle, il faut citer le ravissant Hôtel Carnavalet, au cœur du Marais ; il fut construit par BullantetJean Goujon et remanié, cent ans après, par Mansard.
Il fut célèbre au dix- septième siècle par le séjour qu'y fit pendant de longues années la marquise de Sévigné.
Achetée par la Ville en 1866 pour y installer sa bibliothèque et son musée parisiens, cette intéressante demeure a été alors complètement restaurée.
A l'angle opposé, dans la même rue, se trouve l'Hôtel deLamoignonconstruitpour Diane deFrance, fille deDiane de Poitiers et d'Henri II. Cet hôtel fut agrandi par son fils, Charles de Valois, duc d'Angoulême, et plus tard acheté par le premier président de Lamoignon, dont il porta désormais le nom. Enfin, quoique ce ne soit pas en réalité une maison parisienne, il faut citer la construction dite Maison de François Ier, située au Cours-la-Reine. Cette maison était un pavillon de chasse à Moret, dans la
Fia. 96. — La Colonne de
Bullant est le seul vestige de l'ancien Hôtel de Soissons élevé par Catherine de Médicis.
Elle est très élégante et très finement cannelée, et a une hauteur de 25 mètres.
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forêt de Fontainebleau. Le gouvernement la vendit, en 1826, à un amateur qui la fit transporter, pierre
Fig. 97. — Maison du XVIe siècle, style Renaissance. Cette maison était située rue Saint-Paul et a été démolie en 1835.
par pierre, et la réédifia à Paris. Une inscription de la frise nous donne la date de sa construction : 1572.
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