Monument» «lu règne de Iloni'i IV
Les bâtiments de la place Royale, commencés en 1605 sur l'emplacement de l'ancien palais desTournelles, sont l'une des constructions les plus intéressantes du règne de Henri IV. Avec leurs galeries à arcades, leurs façades de brique et de pierre, leurs combles, ils offrent le meilleur spécimen de l'architecture qui succéda à la Renaissance.
Au centre du jardin qui occupe le milieu de la place, le cardinal de Richelieu fit élever la statue de Louis XIII. La place Royale fut bientôt un centre d'habitation pour les plus illustres familles ; elle devint le rendez-vous du Paris élégant et fastueux d'alors, et autour d'elle se groupèrent ces superbes hôtels dont on voit encore aujourd'hui tant de restes au Marais.
La place Dauphine fut bâtie vers la même époque, en 1608. Les deux maisons qui forment l'entrée actuelle de la place nous donnent une idée exacte de son aspect d'autrefois; on y distingue encore le mélange de pierre et de brique presque enfouies sous plusieurs couches de badigeon.
Le Pont-Neuf, dont le terre-plein relia l'île de la Gourdaine à la place Dauphine, fut achevé en 1604; il avait été commencé sous Henri III, en 1578, par
Jacques Androuet du Cerceau, qui en fournit les plans. En 1608, on construisit à son extrémité, sur la rive droite, la pompe de la Samaritaine, destinée à donner de l'eau au quartier du Louvre et qui devint si chère aux Parisiens avec son horloge à carillons.
La statue de Henri IV fut terminée en 1635 par Richelieu ; elle a été transformée en canons à la révolution ; celle qu'on voit actuellement date de 1817 l.
La reine Marguerite de Valois, première femme de Henri JV, fonda, en 1609, pour les Petits-Augustins, le couvent dit de Jacob, et dont une rue voisine a gardé le nom. En 1791, le couvent, devenu propriété nationale, fut transformé en Musée des monuments français ; c'est là qu'Alexandre Lenoir réunit avec tant de zèle, quelquefois au péril de sa
Fig. 98. — Maison du dix-septième siècle, rue Je la Ferronnerie. C'est devant cette maison qu'eut lieu, en 1610, l'assassinat de Henri IV par Ravaillac.
1. Le cheval de bronze qui porte la statue actuelle de Henri IV fut fondu en Italie. Le navire qui l'apportait lit naufrage à l'embouchure de la Seine, et le cheval resta plus d'un an au fond do la mer. Retiré enfin, il fut installé sur le Pont-Neuf.
L'ARCHITECTURE AU XVIIe SIÈCLE. 235
vie, tous les débris d'architecture et de sculpture qu'il put arracher aux destructions révolutionnaires.
La seconde femme de Henri IV, Marie de Médicis donna son nom aux belles promenades du Coursla- Reine, faisant aujourd'hui partie des Champs- Elysées. En 1602, elle fit construire l'hospice de la Charité, rue des Saints-Pères.
248. Mon muent» civil» clurèg-necle Louis XIII* — Cinq ans après la mort de Henri IV, Marie de Médicis fit commencer, par Salomon de Brosse, le palais du Luxembourg, sur l'emplacement d'un hôtel du même nom. L'édifice, d'une parfaite symétrie, d'un style assez sévère, est, dans sa simplicité, d'une grande harmonie ; son ensemble est celui des châteaux français de la Renaissance : une cour majestueuse entourée de vastes bâtiments. De beaux jardins complètent bien cette royale habitation, qui fut décorée par les plus grands artistes de l'époque.
En même temps que le palais du Luxembourg, et pour l'approvisionner d'eau, de Brosse reconstruisait l'antique aqueduc d'Arcueil.
Le Palais-Royal actuel ne rappelle guère celui qui fut élevé par Richelieu, dont l'emplacement ne dépassait pas la galerie d'Orléans, et dont il ne reste, dans la seconde cour, que les galeries dites des Proues.
Ce fut le duc de Chartres, appelé Philippe-Égalité pendant la Révolution, qui fit construire les trois corps de bâtiments, à grands pilastres cannelés, qui formèrent bientôt, avec leurs nombreuses boutiques, les cafés, les maisons de jeu, l'immense bazar qui, pendant de si longues années, fut le lieu d'attraction par excellence des Parisiens et des
étrangers. La quatrième aile, qui devait séparer le jardin de l'ancien palais, ne fut pas terminée : des baraquements provisoires en planches s'élevèrent sur les fondations et devinrent les célèbres galeries de bois qui ne furent démolies qu'en 1830 pour faire place à la galerie d'Orléans actuelle.
Richelieu fit aussi reconstruire la Sorbonne. L'église ne fut achevée qu'en 1635, année où son fondateur y fut enterré : sous Louis XIV fut sculpté, par
FiG. 99. — Les Galeries de bois du Palais-Royal n'étaient primitivement que des baraquements provisoires. Elles devinrent bientôt le rendez-vous des élégants. Elles disparurent en 1830.
Girardon, le tombeau qui recouvre les restes du grand ministre. Aujourd'hui, à côté des anciens bâtiments de la Sorbonne, s'élèvent de nouvelles constructions pour recevoir tous les services de l'Université de Paris.
Le Val-de-Grâce fut commencé en 1645 par Anne d'Autriche. François Mansard en fut l'architecte. La coupole de l'église, une des premières élevées à Paris, rendit quelque éclat à l'architecture religieuse; Mignard la décora de belles peintures, et Molière la célébra par un beau poème. A la Révolu-
L'ARCHITECTURE AU XVJIe SIÈCLE. 237
tion,le couvent des Bénédictins du Vai-cle-Grâce fut fermé et devint le magasin des hôpitaux militaires. Sous le premier empire, il fut transformé en hôpital militaire, destination qu'il a toujours conservée.
L'entrepreneur Marie, avec le concours de deux financiers, Poultier et Le Regrattier, réunit l'île aux Vaches et l'île Notre-Dame, les borda de quais et construisit le pont Marie.
ni
Fig. 100. — L'hôtel d'Ambrun est un des derniers qui restent des nombreux hôtels construits par l'entrepreneur Marie. lorsqu'il constitua l'ile Saint-Louis en réunissant deux ilôts de la Seine. Cet hôtel est situé au coin du quai de Béthune.
L'ile Saint-Louis devint bientôt le lieu de prédilection des magistrats et des riches financiers, dont plusieurs ont fait construire de superbes hôtels : Y hôtel Lambert, à la pointe de l'ile, Yhôtel de Lauzun, Yhôtel d'Ambrun, Yhôtel Bretonvilliers, dans la rue de ce nom. Les hôtels de Rambouillet et de Chevreuse, dans la rue Saint-Th ornas- du-Louvre,
et Yhôtel de Sully, rue Saint Antoine, furent aussi construits à cette époque.
249. Monuments religieux du règne de Louis xiii. — En 1613, fut commencée l'église des Carmes de la rue de Vaugirard ; c"est la première église du dix-septième siècle où l'on ait élevé une coupole à la jonction des bras de la croix.
En 1620, Marie de Médicis posa la première pierre
Fio. 101. — L'Hôtel de Chevreuse. construit dans le style Louis XIII avec un mélange de pierre et de brique, est situé rue Neuve-Saint- Thomas-du-Louvre. C'est l'œuvre de l'architecte Metezeau.
de Sainte-Elisabeth, dans la rue du Temple, près de la rue Turbigo actuelle : c'était alors l'église du couvent des Filles de Sainte-Elisabeth.
En 1627, fut commencée la fameuse église Saint- Paul-Saint-Louis, pour le Noviciat des Jésuites, rue Saint-Antoine, dont le lycée Charlemagne occupe aujourd'hui les bâtiments.
En 1629, le roi Louis XIII posa la première pierre de l'église des Augustins réformés, dits les Petits-
l'abchitecture AU XVIIe SIÈCLE. 239
Pères, et en souvenir de ses victoires sur les protestants, lui donna le nom de Notre-Dame-des- Victoires. Cette première église, disparue sous des agrandissements successifs , forme la sacristie de l'église actuelle.
En 1630, fut élevée, rue Saint-Honoré. l'église des Oratoriens, dont l'ordre, introduit en France, en 1611, fut souvent en discussion avec les Jésuites. Cette église, où s'agenouillèrent Malebranche et Massillon, est maintenant affectée au culte protestant.
250. MoimmeiitseivîI*«lii règne «le L.ouis XIV. — Mazarin, pendant la minorité de Louis XIV, acheta le magnifique hôtel Tubeuf, auquel il lit ajouter d'importantes constructions. C'est aujourd'hui la Bibliothèque nationale, donl l'emplacement est le même que celui de l'ancienne résidence du célèbre cardinal.
Mazarin ordonna, en outre, dans son testament, en 1661, la construction du collège des Quatre- Nations : c'est aujourd'hui l'Institut.
Louis XIV et son ministre Colbert, surintendant des bâtiments, exercèrent personnellement la plus grande influence sur l'architecture : les artistes laissant de côté toute originalité, n'eurent plus qu'un but, plaire au roi ; le peintre Lebrun devint leur arbitre et les soumit à des règles de décoration dont ils ne devaient s'écarter en rien.
Nous avons déjà parlé des immenses travaux exécutés au Louvre par Levau et par Perrault : on doit aussi à ce dernier la construction de l'Observatoire, derrière les jardins du Luxembourg.
Au centre de la place des Victoires qui date de cette époque, fut élevée une statue de Louis XIV
couronné par la victoire. La Révolution supprima cette statue qui, en 1822, fut remplacée par celle que nous voyons aujourd'hui.
Citons encore la place Vendôme, créée sur l'emplacement d'un ancien hôtel de ce nom. L'aspect en est grave et majestueux, avec ses grands hôtels uniformes ornés de pilastres corinthiens. En 1806, après Austerlitz, Napoléon y fit élever, à la gloire des armées françaises, avec le bronze des canons ennemis, la fameuse colonne surmontée de la statue de l'empereur en César romain. En 1871, la Commune renversa la colonne Vendôme ; le gouvernement de M. Thiers la fit reconstruire et couronner de la statue impériale, semblable à celle que Napoléon III avait fait exécuter par le sculpteur Dumont.
Lorsque Louis XIV eut fait planter, du côté nord de Paris, les boulevards tracés très peu au delà de l'enceinte de Louis XIII, il fit élever, en 1672, la porte Saint-Denis à l'entrée du faubourg de ce nom, comme monument commémoratif de la prise de la Franche-Comté. Deux ans après, on éleva la porte Saint-Martin, qui consacrait le souvenir de la conquête de la Hollande.