‹ Petite ville, [par] Claude AnetChapitre 1 sur 2 · PARIS BERNARD GRASSET. ÉDITEUR · texte numérisé non relu

PARIS BERNARD GRASSET. ÉDITEUR

6l, RUE DES SAINTS-PÈRES, 6l

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il n'a. été tiré DE CliTTE réimpression aucun exemplaire de luxe, mais il reste deux cents exemplaires dk l'édition originale (revue blanche).

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// disait: Peut-être l'unité de lieu et celle du temps, les mêmes oersonnages vivant dans une même atmosphère, suffisent-elles, autant que celle d'action, à créer cet intérêt soutenu que nous avons V habitude de demander au roman.

Lorsque j'étais petit garçon, je lisais parfois des livres dérobés dans la bibliothèque de mon père, et, comparant aux peintures enflammées des romans, la vie que je voyais autour de moi, je me félicitais dans ma candeur d'habiter une petite ville honnête, ignorée, où rien n'était digne d'attirer l'attention de ceux dont la profession est d'écrire pour amuser le monde.

Plus tard, lorsque la raison, avec le poil, me vint, mes yeux s'ouvrirent. — Faut-il l'avouer ? J'éprouvai un sentiment bizarre d'orgueil blessé. Ma petite ville était donc semblable à toutes les autres.

Ma petite ville ne compte que six mille habitants, de mœurs bourgeoises, discrètes, paisibles; elle est presque en retraite de l'exis-

tence. Dans les statistiques judiciaires, elle doit figurer au rang le plus honorable ; les délits y sont rares, les crimes inconnus. Pourtant elle a ses drames.

Les romanciers inventent plus qu'ils n'imitent, et, tant nous sommes habitués par l'éducation de notre esprit à chercher le simple, le raisonnable, plutôt que le réel, fussent-ils plus fidèles, ils paraîtraient moins vrais.

J'aime la complexité de la vie mieux que leurs inventions.

Les romanciers cherchent le dramatique dans des actions éclatantes et rares ; mais le train ordinaire des choses est plus dramatique par sa continuité même que leurs péripéties les plus émouvantes.

Les romanciers veulent de belles fins à leurs histoires. Julien Sorel meurt sur l'échafaud; la beauté de Valérie Marnefîe est rongée par une lèpre affreuse ; Madame Bovary râle dans les affres d'un empoisonnement ; le corps délicat d'Anna Karénine est broyé par une lourde locomotive.

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