‹ Petites causeries (volume 2)Chapitre 9 sur 35 · LES CINQ SENS. — LES SAISONS · texte numérisé non relu

LES CINQ SENS. — LES SAISONS

Revenons aux parties du corps. Voilà les yeux, les oreilles, le nez. Où est la langue, Charles? — Elle est dans la bouche. — Oli est la peau? — Elle est à la surface du corps. — Entends-tu ? — Oui. — Mets tes deux mains sur tes oreilles. Presse-les fortement. Entends-tu? — Oui, un peu. — Un peu seulement. Les oreilles sont-elles nécessaires pour entendre ? — Oui. — Voyez-vous, mes amis ? — Oui,

nous voyons. — Fermez les yeux. Voyez-vous maintenant?— Non. — Pourquoi pas? — Parce que nous avons les yeux fermés. — Oui : sans yeux ou avec les yeux fermés, nous ne vo^'ons pas ; sans oreilles ou avec les oreilles bouchées, on n'entend pas. Ne bouchez jamais vos oreilles, quand je parle, cliers amis. Il faut apprendre le français par l'oreille, n'est-ce pas? N'avez-vous pas appris l'anglais par l'oreille ? — Si, monsieur.

Je continue : l'œil est l'organe de la vue, l'oreille est l'organe de l'ouïe. As-tu l'ouïe bonne, Marie ? — Excellente, monsieur. — Et ton père . . . Tu ne comprends pas ? Ton papa a-t-il l'oreille bonne ? Et ta mère ? Et ton vieux grand-père ? — Mon vieux grand-père a l'ouïe faible : il entend difficilement. — Oui, chère amie : c'est un effet de Tage.

Au soir de la vie, il fait triste pour l'homme : il n'entend plus la douce voix de ses petits enfants, il ne voit plus le ciel bleu, plus la verte prairie, plus la lumière d'or du soleil, plus la lumière d'argent de l'astre des nuits ; hélas ! il ne peut plus voir ton heureux sourire, petite fille, ni lire ton tendre amour dans tes yeux qui le contemplent. Oh ! ne sois pas triste. Monte sur ses genoux ; mets tes deux petites mains dans la sienne, ou caresse son menton, et couche ta tête blonde sur son épaule : le voilà heureux, petite ! Il sent bien que tu le regardes avec amour, et que tu souris pour lui. Il sourit aussi, il est heureux : tu es son ange, chère enfant.

Qu'est-ce que la verte prairie^ monsieur? — Vous connaissez la prairie : elle est si belle à voir au mois

de mai ! Elle a une robe comme celle de Louise, une jolie robe verte, et ça et là sur sa robe de petites fleurs blanches. Ne les avez-vous pas vues les marguerites de la prairie, si gentilles, si coquettes et si joyeuses au milieu du tapis vert. — Pourquoi sontelles joyeuses, monsieur ? — Parce qu'elles sont jeunes comme vous, mes amis, parce qu'elles sentent le soleil de mai et qu'elles sont dans la verdure . . Voyez : elles lèvent la tête pour regarder passer le papillon, leur ami, et pour écouter le rouge-gorge qui chante sur l'arbre le printemps et son nid. — Nous ne comprenons pas le printemps et le nid. — Regardez ce tableau : voilà le rouge-gorge sur l'arbre. Voyezvous le rouge-gorge en décembre, eh janvier, en février ? — Oh ! non, monsieur. — Non : il fait mauvais dans ces mois-là. C'est Thiver : le rouge-gorge et tous les petits oiseaux sont absents ; ils sont partis en octobre pour des climats plus hospitaliers, moins rigoureux, pour les pays du soleil, pour la Floride toujours verte, toujours fleurie, où chante l'oiseaumoqueur. Un seul oiseau nous est fidèle toute l'année . . . — Oui, l'oiseau d'Angleterre, l'oiseau des petites maisons. Comment le nomme-t-on en français ? — C'est le moineau : il est fort et brave contre le froid ... — Qu'est-ce que le froicl^ monsieur ? — Voilà le feu : il est chaud comme la saison d'été, comme juin, juillet et août : l'hiver est froid.

Dans cette saison, la neige blanche tombe du ciel et couvre la terre d'un tapis blanc. Il gèle . . . Vous ne comprenez pas? L'eau coule, n'est-ce pas? Eh -bien ! l'hiver forme sur l'eau une espèce de tapis

aussi, un tapis transparent. Alors tu attaches à tes pieds (les patins, George, et tu patines sur ce tapis, sur cette glace. Patines-tu? — Oui, monsieur: j'attache à mes pieds des patins et je patine sur la glace; j"aime Thiver pour patiner. — Eh bien! le moineau ne patine pas, mais il reste chez nous, malgré le froid, malgré la neige, la gelée, et la nudité de l'arbre, et la misère: n'est-il pas brave? — Si, monsieur, très-brave : mais il n'a pas la misère. — Non, tu as raison : les habitants de Boston sont la providence pour le moineau. Ils le nourrissent et le protègent contre les intempéries du ciel. Mais vous n'avez pas compris le printemps et le nid. — Non.»

Au printemps, le rouge-gorge ne reste pas en Floride : il revient dans le nord, parmi nous, avec le soleil, la verdure de l'herbe, les feuilles des arbres et les fleurs du jardin. C'est en mars, avril ou mai. Le printemps est si parfumé, si riant ! le rouge-gorge est plein de joie; il est dans l'allégresse: il prépare là, sur la branche, sous la feuille, un nid bien doux pour sa famille. Comprenez-vous, mes amis ? — Parfaitement.

Je m'arrête ici. Nous aurons les yeux demain. — Que faites- vous, monsieur? — Ne comprenez-vous pas? Il faut deviner un peu: je ne parle plus, je finis, je m'arrête. Voyons : venez ici, George et Louis. Voilà un pas, deux pas. Les soldats marchent au pas. Marchez au pas, mes petits amis . . . Halte ! Arrêtez-vous. Marquez le pas. Dites : gauche, droite ! Gauche, droite ! Marquez le pas, et parlez. En avant ! Marchez au pas. Arrêtez-

vous: halte! Que fais-tu, Louis ? — Je m'arrête. — Et toi, George ? — Je m'arrête aussi. — Et moi aussi, mes amis ! Au revoir ! à demain !

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