LE PAPILLON ET L' ABEILLE
S'il fait beaa temps
Pisait \m papillon volage,
S'il fait beau temps
Je vais folâtrer dans les champs.
Et moi, lui dit l'Abeille sage, Je me mettrai à mon ouvrage S'il fait beau temps.
Ce n'est pas en mai, c'est en décembre que la Cigale alla frapper à la porte de la Fourmi. La
terre était couverte de neige ; les joyeux patineurs couraient sur le lac, mais la Cigale grelottait, car la bise soufflait et elle n'avait pas mangé depuis deux jours. Pas un seul petit morceau de mouche ou de vermisseau pour apaiser sa faim I Elle allait mourir. Elle va crier famine chez la Fourmi, sa voisine. " Vos greniers sont pleins, dit-elle ; prêtez-moi un grain pour subsister jusqu'à la bonne saison. Pitié I pitié 1 Vous ne perdrez rien et vous me sauverez. Je vous paierai avant le mois d'août, foi d'animal, le capital et les intérêts."
La Fourmi fut bonne et généreuse, n'est-ce pas, monsieur? Elle réchauffa la Cigale à son foyer et lui donna de quoi se nourrir. — Tu l'eusses fait, Marie ; nous l'eussions fait tous. Mais hélas I la Fourmi n'est pas prêteuse. — Elle a raison de ne pas prêter; elle est assez riche pour donner. — Elle ne donne jamais ; elle ne connaît pas la charité chrétienne et son cœur est sans pitié. — Que fit-elle ? — Elle se moqua de sa pauvre voisine. " Que faisiezvous au temps chaud ? " dit-elle à l'emprunteuse. Et celle-ci répond : " Nuit et jour et pour tout le monde je chantais." — " Vous chantiez ? réplique la fourmi. J'en suis fort aise : eh bien I dansez maintenant." '
Je déteste la Fourmi, monsieur. — Tu as raison, George, mais aimes-tu la Cigale ? — Oui, je l'aime, elle a toute ma sympathie. — Prends garde, ami! Aie pitié d'elle : si tu la rencontres, fais-lui la charité, ne la laisse pas mourir ; mais ne l'aime pas, ne l'admire pas, ne l'imite pas surtout. Tu es au prin-
temps de la vîe, à la saison des semailles et du travail. Dans cette saison, le laboureur remue sa terre tout le long du jour, il y met du fumier, la retourne avec ses bœufs et y dépose ses semences. Il ne chôme pas un seul jour. S'il était paresseux, sa terre resterait stérile, il n'aurait pas de récolte en juillet, pas de pain l'hiver. Ne loues-tu pas sa prévoyance et ne désires-tu pas l'imiter ? — Si : je veux faire comme lui, je veux acquérir des connaissances et fortifier mon intelligence pour la vie à venir. — A la bonne heure, George. Tu es sage et raisonnable, tu comprends la leçon de Salomon. — Je ne connais pas la leçon de Salomon. — La voici I ce n'est pas à toi qu'il parle ni à aucun de nous, c'est aux paresseux, mais il est bon pour nous tous d'écouter les leçons de la sagesse, afin de ne jamais succomber à la tentation de la paresse.
" Allez à la Fourmi, 8 paresseux, dit-il ; considérez sa conduite, et apprenez à devenir sage ;
Puisque n'ayant ni chef, ni maître, ni piînce,
Elle fait néanmoins sa provision durant l'été et amasse pendant la moisson de quoi se nourrir."
Salomon recommande-t-il aux hommes d'amasser des richesses ? — Il n'a pas en vue les richesses matérielles, mais bien les richesses de l'âme et celles de l'esprit. — Comment pouvons-nous acquérir les richesses de l'âme ? — En travaillant, en vous levant de bonne heure, en venant à l'école avec ponctualité, en supportant courageusement les petites peines que vous rencontrez déjà sur le chemin de la vie. — Si nous faisons cela, serons-nous riches, monsieur? — ^
Ouï, VOUS serez riches de la vraie richesse, de la richesse de l'âme. Si vous observez bien tous vos devoirs, si vous craignez Dieu d'une crainte filiale et pleine d'amour, si vous élevez souvent votre cœur vers lui, si vous respectez vos parents, si vous les aimez, si vous leur soumettez votre volonté, si vous n'êtes jamais égoïstes, si vous avez de la charité et du dévouement pour vos frères, si vous apprenez dès aujourd'hui à vous plier sous la dure loi du travail, vous amasserez des trésors pour les mauvais jours. — Qu'est-ce que les mauvais jours ? — Oh I chers amis, vous ne les connaissez pas encore les mauvais jours. . . . — J'ai eu deux mauvais jours, monsieur, la semaine passée, quand j'ai dû rester sur mon canapé avec ma jambe bandée. — Oui, George, c'est une petite épreuve de ta force à supporter la douleur. Mais les grandes épreuves viennent dans l'hiver de la vie, " L'épreuve de la tribulation, dit Saint Augustin, l'orage de la crainte, le froid de la tristesse, la perte des biens, la mort de nos parents et de nos amis, la disgrâce, l'humiliation. Nos voisins nous regardent alors avec une grande compassion : " Quel malheur 1 disent-ils. Comment cette personne peutelle vivre après cela ? Comment ne succombe-t-elle pas sous ses maux ?" — Succombe-t-elle, monsieur ? — Non, elle ne succombera pas. . . • Je parle de celle qui a imité la fourmi de Dieu, de l'âme bien préparée à la vie. Elle ne succombera pas, elle se soutiendra pendant ce rude hiver, grâce aux travaux de son été : n'a-t-elle pas dans son grenier les grains précieux qu'elle a amassés ?