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LES DOUZE QUESTIONS

Novs allons jouer aujourd’hui, jouer pour nous amuser et pour apprendre à la fois. Aimes-tu à jouer, Jeanne ? — Oui, beaucoup. — N’aimes-tu pas à t’instruire, à apprendre le français ? — Si, monsieur. — Que préfères-tu, Henri, jouer ou apprendre le français ? . . . Tu ne réponds pas. Oh! je te comprends ; tu ne veux pas me déplaire, et tu ne veux pas mentir. Tu aimes mieux jouer. (C’est de ton Âge. Vous avez raison, mes amis, de jouer beaucoup. Le jeu développe vos membres, fortifie votre corps. Mais ne faut-il pas aussi développer votre esprit, cultiver votre intelligence ? — Si, monsieur.

Eh bien! jouons aujourd’hui, jouons un jeu qui vous-amusern et qui vous apprendra en même temps

des mots nouveaux. Nous allons augmenter notre petit vocabulaire. Ton vocabulaire français est-il gros, George ? — Il est tout petit, monsieur, comme mon petit doigt. — Prends courage ! il sera bientôt gros comme ton pouce.

Voici notre jeu. Vous l’avez joué en anglais, j'en suis sûr. C’est le jeu des douze questions. — Expliquez-le, monsieur. — Vous le connaissez. L'un de vous sortira de la chambre, et ira dans le vestiaire ou dans le corridor. — Où est le corridor ? — Ouvre cette porte, François. Tu as le corridor devant tes yeux. — Que fera-t-il dans le corridor ? — Rien : il attendra avec patience jusqu’à ce qu’on lui crie; entrez, ou venez, ou c’est fait. — Qu'est ce qui est fait, monsieur ? — Rien n’est fait, mon ami: mais quand tu seras dans le corridor, tes camarades feront quelque chose : ils choisiront un objet que tu auras à deviner. Quand leur choix sera fait, ils te crieront : c’est fait, ou venez, ou entrez.

Comment deviner ? — Tu poseras des questions et tu recevras des réponses. Si tu es malin, tu devineras vite.— Je ne comprends pas malin. — L’âne n’est pas malin ; le renard est malin. Si tu es malin on ne t’attrape pas facilement. — Je ne suis pas malin moi, monsieur, car George m’attrape facilement. — Comment, Marie ? — Il court beaucoup plus vite que moi. — Oh! c’est une autre affaire: il y a attraper et attraper.

As-tu oublié le renard, le corbeau, et son fromage ? — Non. — Eh bien! le renard a attrapé le corbeau en le flattant: le corbeau n’est pas malin. Est-ce

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ainsi que George t’attrape ? — Non, non: c’est à la course. — Comprends-tu la différence ? — Oui. — Mais tu n’est pas malin, petite amie: tu es maligne. Les petits garçons sont quelquefois malins ; les petites filles sont toujours malignes, n'est-il pas vrai ?

Commençons notre jeu. Il s’expliquera tout seul. Qui sortira le premier? — Moi, monsieur ! . . . — Non: moil . . .— Je connais le jeu en anglais. . . . — Moi aussi. . . . — En voilà deux pourun. Prenez patience, vous aurez tous votre tour. Il faut céder aux petites filles, Paul : laisse sortir Caroline la première. — Je cède à Caroline. — À la bonne heure, mon ami. Sors, Caroline, va dans le vestiaire, et n'écoute pas à la porte.

Choisissons un objet qui est dans la chambre. — Voilà quelque chose. — Une épingle : c’est difficile à deviner. L’épingle est trop petite: Caroline ne la verra pas là, sur le plancher. — Une plume ? — Oui: prenons cette plume qui est sur la table. C’est une plume d’oie. L'objet appartient au règne animal.

C’est fait! Viens, Caroline. Tu seras bien maligne, si tu devines. Tu sais que tu peux poser douze questions seulement. Ne fais pas de questions inutiles, et n'oublie pas les réponses qui te seront faites. Commence.

Je commence. Voici ma première question. À quel règne appartient l’objet choisi ?

Au règne animal.

Est-ce un animal ?

Ce n’est pas un animal.

56 PETITES CAJSERIES.

Votre objet appartient au règne animal et n’est pas un animal. Est-il manufacturé ?

Non, mademoiselle : il est tel que la nature le fit.

C'est donc une partie d’un animal. L'objet est-il dans cette chambre ?

Il yest. Tues en bon chemin.

Puis-je le voir de ma place ?

Oui, tu peux le voir, mais tu ne le regardes pas. Pourquoi as-tu les yeux au plafond ? |

Je pense. Est-ce que l’objet est sur une personne ?

Non : il n’est sur personne.

Il est sur la table, n’est-ce pas ?

Oui, mais il y a beaucoup d’objets sur la table.

N'importe ! je le trouverai. dJ’ai encore plus d’une question à faire.

Oui, tu en as posé sept: il t’en reste cinq.

Donnez-moi une minute pour chercher. (Ce n’est pas l’encrier, ni le canif, ni le plioir, ni le grattoir. Ce ne sont pas les livres. J’y suis: le voilà! C’est la plume, une plume d’oie, n’est-ce pas, Louise ?

Oui: tu as deviné.

C’est à toi de sortir, Louise. — Je ne pourrai pas deviner, monsieur. Je ne connais pas assez bien le jeu. Permettez-moi d'attendre un autre jour. — Je le veux bien.

Qui sortira ? — Moi! . .. Non, moi! — En voilà encore deux pour un. Ne vous disputez pas, mes amis. Tirez à la courte paille. — Il n’y a pas de brins de paille ici. — Prenez ces deux crayons: ils serviront de brins de paille. Tiens les crayons dans

ta main, George, et ferme la main. Présente-les à François. Tire, François. Si tu tires le plus long, tu auras l'avantage de sortir. . . . Tu as mal tiré, tu as tiré le plus court. C’est George qui ira dans le vestiaire. Va, mon ami, et ferme la porte derrière toi.

Monsieur, prenons votre montre pour objet à deviner. . .. Non: je propose le nez de François. George le verra facilement. — Tu es satirique, Henri. Prends garde de ne pas être méchant. Je n’aime pas ta proposition. — Prenons une personne, prenons Marie: ce sera amusant. — Oui, oui! — Vous êtes d'accord? Appelez George. — C’est fait ! C’est fait |

Assieds-toi dans le fauteuil, cher ami, et cherche bien dans les trois règnes. Si l’objet n’est pas du règne minéral, il est du règne animal ou du règne végétal. — Vous ne m'’aidez pas beaucoup, monsieur. — Non: je te laisse tout le plaisir de chercher, et tout l'honneur de la découverte.

Je pose ma première question. Votre objet est-il un animal, un minéral ou un végétal ?

C’est un animal.

Est-il vivant ou mort ?

Il est vivant, grâce à Dieu, très-vivant.

Est-ce un quadrupède ?

Non: notre objet n’a ni quatre pieds, ni quatre pattes.

C’est donc un bipède.

Tu ne sais pas si c’est un bipède : il y a autre chose que les bipèdes et les quadrupèdes. Le serpent et la mouche ne sont ni bipèdes, ni quadrupèdes. Et les poissons ont-ils des pieds ?

Eh bien ! je suppose que c’est un Eipèds, et je présente ma quatrième question. L’objet est-il dans la salle ou hors de la salle ?

Il est ici présent, en corps et en âme.

Est-ce une fille ou un garçon ?

C’est une fille: mais nous sommes neuf filles présentes ici en corps et en âme.

Est-elle jolie ?

Tu fais une question inutile, puisque nous sommes toutes jolies.

Tu as raison, Marie : mais tu es la plus jolie, et je soupçonne que tu es l’objet choisi. Dis-moi, Henri, de quelle couleur est la robe de la jeune fille.

Elle a deux couleurs, le bleu et le blanc.

Et ses cheveux sont-ils blonds, noirs, bruns, roux ou châtains ?

Is sont blonds, du plus beau blond.

J'avais bien deviné: c’est Marie. Elle est blonde et très-jolie, et sa robe à carreaux 2 les deux couleurs bleu et blanc.

Il est midi, chers amis. Nous devons nous séparer.

demain.

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