L'ENFANT ET LE MAÎTRE D'ÉCOLE
Dans ce récit je prétends faire voir D'un certain sot la remontrance vaine.
Un jeune Enfant dans l’eau se laissa choir En badinant sur les bords de la Seine.
Le ciel permit qu’un saule se trouva,
Dont le branchage, après Dieu, le sauva.
S’étant pris, dis-je, aux branches de ce saule, Par cet endroiït passe un Maïtre d’école; L’Enfant lui crie: ‘Au secours! je péris! ”?
Le Magister, se tournant à ses cris,
D'un ton fort grave à contre-temps s’avise De le tancer: ‘ Ah! le petit babouin!
Voyez, dit-il, où l’a mis sa sottisel!
Et puis, prenez de tels fripons le soin!
Que les parents sont malheureux qu’il faille Toujours veiller à semblable canaille!
Qu'ils ont de maux! et que je plains leur sort}? Ayant tout dit, il mit l’Enfant à bord.
Je blâme ici plus de gens qu’on ne pense.
Tout babillard, tout censeur, tout pédant, Se peut connaître au discours que j’avance.
Chacun des trois fait un peuple fort grand:
Le Créateur en a béni l’engeance.
En toute affaire, ils ne font que songer
Au moyen d’exercer leur langue.
Eh! mon ami, tire-moi de danger,
Tu feras après ta harangue.
George a eu sa revanche. Je prends la parole et je vous interroge.
Où est la Seine ? — Quelle est la grande ville qu’elle ‘raverse ?
Quels sont les personnages de la fable ? — Quel est le principal personnage ? — Que faisait l'Enfant sur les bords de la rivière ? — Est-il dangereux pour un jeune enfant de jouer là en l’absence de sa bonne, et même en sa présence ? — Une bonne n'est-elle jamais distraite ? — Qu’arriva-t-il à l'Enfant de notre fable pendant qu'il badinaït sur les bords de la Seine ? — Donnez un synonyme de badiner.— L'Enfant périt- 11? — Comment Dieu le sauva-t-il ? — L'Enfant était-il hors de danger, quand il se fut pris aux branches du saule ? — Était-il rassuré ? — Cria-t-il ? — Pourquoi ?
Qui passa par là, pendant que l'Enfant criait ? — Si tu avais passé par là, qu’eusses-tu fait, George ? - : Le Maître d'école agit-il comme tu eusses agi? — Ne penses-tu pas que j'eusse agi comme toi? — Entre un garçon qui se tient sur une jambe et ur enfant qui va se noyer, ne vois-tu pas de différence ?
Que fit donc le Maître d’école ? — Était-il un sot ? — Un barbare ? — De celui qui fait des remontrances à un enfant qui est en danger de périr et de celui qui met cinq minutes à compter dix pendant que George fait pénitence sur une jambe, lequel est le plus cruel ?
Expiiquez le mot tancer ? — Est-ce bien choisir son moment que de tancer celui qui a commis une faute. à l'instant même où sa faute l’a mis dans un grand péril ? — Quand sera-t-il bon de lui adresser une remontrance ? — Les gens qui font des remontrances à contre-temps sont-ils sensés ?
Quel discours le Maître d’école adressa-t-il à l’En-
fant? — L'Enfant entendit-il, écouta-t-il son dis-
cours ? — La remontrance ne fut-elle pas vaine ? Qu'est-ce qu’un babouin ? — Dites-nous-le, monsieur. — C’est une sorte de singe. — Le Maitre d'école m'indigne par sa sottise et son manque de cœur. — Il est très-sot, George. — Oui: pendant qu'il faisait son discours l'Enfant pouvait périr. Il eût péri si Dieu n’avait pas veillé sur lui. — C’est vrai. — Et puis est-ce l'Enfant qu'il devait tancer? n'est-ce pas sa mère ou sa bonne qui furent coupables de le laisser jouer seul sur le bord de la rivière? — Tu as raison. — Ce Maître d’école n’est pas même bien élevé, monsieur. — Non. — Il traite l'Enfant de singe, de fripon, de canaille. — Oui. — Doit-on maltraiter ainsi les petits enfants ?— Non. — Je ne vous aimerais pas comme je vous aime, monsieur, si vous nous traitiez ainsi. — Et cependant c’est ma cruauté qui t'a rappelé la fable de La Fontaine. — Vous savez bien que j'ai fait ma comparaison pour vous divertir et nous divertir tous, et pour essayer mon petit vocabulaire. — Âs-tu fini ton réquisitoire ? — Non. — Continue: one en veine de plaider. — Le Maître d’école ne à Pas les parents de l'Enfant. Il n’est pas Vrai Que Îes parents soient malheureux d’avoir à veil- " sur leurs enfants. Leur sort n’est pas à plaindre.
à petite sœur n’est jamais tranquille. Ell
laisse pas une mi; AA ° 7e Minute de repos à ma mère, et cepen-
dant ma mère dit qu’elle fait t » et.cep voudrais voir 1e LE elle ai out son bonheur. Je Juliette est une b b. tre d'école dire à ma mère que — Sois rassur é, mor une friponne, une cCanaille. | garçon, le Magister Au fabuliste
est mort. — Non, je sais qu’il vitencore. . . . [Il a des frères du moins qui sont vivants, mais j'ai confiance qu’ils ne viendront jamais à notre foyer. — Tu as raison, George: les personnages de La Fontaine sont toujours parmi nous. Aimons les bons et gardonsnous des méchants et des sots.
Qu'est-ce qu’un Babillard ? — Un censeur ?— Un pédant ? — Y a-t-il beaucoup de ces gens ? — Aimentils mieux parler qu'agir? — Qu'est-ce qu’une engeance ? — Quelle est la morale de la fable ?