LE CHAT ET LE RENARD
Jouerons-nous aujourd!hui, monsieur ? — Non, mes amis. — Nous apprenons le français en jouant.
— C'est vrai : mais je vous ai préparé une historiette amusante, une jolie petite fable de La Fontaine. — Ohl nous aimons La Fontaine : nous l'avons lu en anglais.
— Connaissez-vous la fable intitulée Le Chat et le Renard ? — Qui est le Chat ? — Le voilà I — C'est Fuss. — Non : c'est Minette. — Est-ce que le Renard trompera Minette comme il a trompé le Corbeau ? — Qu'en pensez-vous? — Je ne sais que penser. Le Renard est rusé, mais le Chat n'est pas bête. — Non, certes : il sera difficile à son compagnon d'être plus malin que lui. — Oui : s'il avait un fromage, le Renard ne l'aurait pas. — Tu as raison, Louis. Mais écoutons le fabuliste.
Le Chat et le Renard, comme beaux petits saints, s'en allaient en pèlerinage. C'étaient deux vrais hypocrites. Tout le long du chemin ils tuaient des poules et volaient des fromages. Puis le Renard racontait ses aventures avec les corbeaux, avec les coqs; le Chat parlait des rats, des souris qu'il cro*
quait, et de sa maîtresse qu^il trompait. Les deux drôles riaient : mais à la fin ils se disputèrent. ** Tu crois* être habile, dit le Renard. Je suis plus rusé que toi. J'ai cent ruses dans mon sac." — "C'est beaucoup, répond le Chat. Moi, je n'ai qu'une ruse, mais elle en vaut mille." Sur ce point ils n'étaient pas d'accord. Comment pouvaient-ils Têtre ? " Non ! " disait l'un ; " " Si 1 " répliquait l'autre. Us allaient en venir aux mains quand une meute apparut. Le Chat dit au Renard : " Fouille en ton sac, ami ; prends, tes cent ruses ; pour moi, voici mon stratagème." À ces mots, sur un arbre il grimpa: le voilà tout au sommet qui triomphe et qui rit dans sa moustache. Cependant le Renard fait cent tours inutiles, entre dans cent terriers. Les chasseurs l'enfument, les chiens le poursuivent et l'étranglent à la fin.
Le trop d'expédients peut gâter une affaire. N'eu ayons qu'un ; mais qu'il soit bon.
Avez-vous compris la fable, mes amis? — Nous avons saisi le sens, mais qu'est-ce qu'un pèlerinage et une meute f — Un pèlerinage est un voyage qu'on fait par dévotion en quelque lieu consacré. — Le Chat et le Renard sont-ils dévots? — Non, chère amie, ils sont hypocrites. Ce sont de petits saints, dit La Fontaine, c'est-à-dire de faux saints. Ils pratiquent la dévotion pour tromper. Parmi les animaux de la forêt le Renard a une grande réputation de piété. Le roi Lion lui-même croit à sa sainteté. Ecoutez.
Un jour sa Majesté était malade. Tous les méde-
eîns, tous les sujets du prince accoururent. Le Renard seul resta dans sa demeure. Le Loup parla contre lui, Taccusa d*indi£Férence pour la santé du roi. On va le chercher. " Sire, dit-il, j'étais en pèlerinage, je priais le ciel pour la conservation de vos jours. Dans mon voyage, j'ai rencontré des gens habiles et savants, leur ai décrit votre maladie. Vous ne manquez que de chaleur, sire. Immolez le Loup et sur votre corps appliquez sa peau toute chaude et toute fumante." Le Renard fut écouté, et le Loup servit au Lion de robe de chambre.
Pourquoi le Loup parlait-il contre le Renard? — Pour faire sa cour, pour s'élever dans la faveur royale aux dépens du premier courtisan. — Le Renard est le premier, n'est-ce pas ? — Oui, certes : vous voyez qu'il n'est pas facile de lui prendre sa place. — Cependant le Chat a été plus malin que lui dans notre fable. — Oui, les plus rusés se trompent quelquefois. — Le Chat n'est jamais trompé. — Pardon ! George : je connais une aventure où il joue un triste rôle. — Dites-la monsieur. — Je la dirai peut-être un autre jour.
Pour le moment vous ne savez pas encore ce que c'est qu'une meute. — Qu'est7ce? — Connais-tu la chasse ? — Oui. — Les chasseurs ont un fusil, n'est-ce pas ? . . . Voilà un fusil sur ce tableau et un chasseur : il a sa gibecière sur son dos. Avec son fusil le chasseur tire, il tue les lièvres, les lapins, les cailles, les perdreaux, les tenards, les loups quelquefois, les ours et les lions. N'a-t-il pas un fidèle compagnon
qui chasse avec lui ? — Si, le chien. — Eh bien I les chiens dressés pour la chasse, et réunis autour du chasseur, c'est la meute. — Nous comprenons : la meute ne peut grimper sur l'arbre pour attraper le Chat. — Vous voyez que l'expédient du Chat valait mieux que cent ruses. — Oui.
Laissez-moi vous poser quelques questions. Pourquoi le Chat et le Renard allaient-ils en pèlerinage ?
— Le pèlerinage n'est-il pas une pratique de piété ? — Nos deux personnages sont-ils donc pieux? — Y a-til des hommes qui ressemblent au Chat et au Renard ?
— Comment les appelle-t-on et qu'en pensez-vous ? — Le Chat et le Renard prièrent-ils tout le long du chemin? — Que firent-ils et de quoi s'entretinrentils ? — Leur entretien était-il édifiant ? — Ne se disputêrent-ils pas ? — Quel fut le sujet de leur dispute ?
— Lequel des deux avait le plus grand nombre de ruses dans son sac ? — Lequel avait la meilleure ? — Cent mauvaises ruses valent-elles mieux qu'une bonne ruse ? — Qu'arriva-t-il pendant qu'ils se disputaient ?
— Qu'est-ce qu'une meute et un terrier ? — Que fit le Chat pour échapper à la meute ? — Etait-il hors de danger sur l'arbre ? — Pourquoi le Renard ne grimpet-il pas sur l'arbre ? — N'as-tu jamais grimpé sur un arbre, Charles ? — Et toi, Marie ? — Etais-tu poursuivi par une meute, Charles, ou allais-tu cueillir des cerises, ou peut-être dénicher les corbeaux? — Le Renard échappa-t-il ? — Que firent les chasseurs et les chiens ? — Quelle est la morale de la fable ?
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DES ANECDOTES
Je vous salue, mes amis. Avez- vous des questions à me faire sur notre fable d'hier ? — Non, mais je l'ai contée à ma mère et elle m'a dit une histoire à l'honneur de Minette. — Vraiment I veux-tu nous la répéter, Joséphine ? — Oui, avec plaisir.
Minette avait trois jeunes dans une petite chambre au bas de notre maison. Elle les porta à la mansarde. La servante les reporta dans la petite chambre. Minette avait son idée et n'aimait pas cette intervention. EUe reporta ses jeunes là-haut une fois, deux fois, trois fois, dix fois, car la servante aussi était obstinée. La pauvre Minette n'en pouvait plus, elle mourait de fatigue. Elle quitte la maison. Où est-elle, monsieur? — Je n'en sais rien, chère amie. — Elle reste absente une heure, puis revient chez nous avec un gros chat noir que nous ne connaissons pas, lui montre ses trois petits, lui explique l'afEaire. — Elle lui explique l'affaire ? — Apparemment, puisque le gros chat prit les jeunes un à un, les porta à la mansarde et, sa tâche finie, disparut* On ne l'a jamais revu dans notre famille.
PETITES CAUSEBIBB.
oyez que les animaux n'ont pas besoin de la iir communiquer leurs idées. — Comment se ent-ils? — Nous l'ignorons, mais il est cers se comprennent. Un de mes amis m'a ne histoire semblable à celle de Minette, une l'honneur du cbien. — Nous écoutons, mon-
aXlê en Europe où il passa trois années. H ié à son frère sa mûson et deux beaux chiens édait. Quand il revint de son long voyage nent qu'il rentra chez lui, l'un de ses chiens ta à sa rencontre, sautant, aboyant, fou de
de plaisir. Tout & coup il interrompt ses ttions d'amitié et paraît pensif, puis s'élance
porte. ... Tu m'aa demandé, Joséphine, Liée Minette. Sais-tu pourquoi le chien de
B'esÈ enfilé? Est-il fatigué de caresser e ? — Non, bien aûr. Dites-moi, monsieur, ;utre chien, et je voua dirai où celui-ci est imment? — Il n'est pas égoïste, il pense à rade. — Tu as raison: il est allé au petit ière la maison, oii son compagnon, couché à î8 ormes, pensait sans doute à son maître et a longue absence. Il lui communiqua la ivelle, et bientôt on vit les deux âdèles ani- ;nir cSte à côte au foyer pour témoigner enu- affection à leur mettre.
rez-Toos pas l'attachement du chien pour I ? — Le héros de cette histoire eat-il égoïste ?
— Les animaux ne sont-ils pas souvent aussi bons que les hommes? — Quel est l'animal le plus dévoué à rhomme ? — Quel est le plus fidèle ? — Les animaux se comprennent-ils? — Nous comprennent-ils? — Les comprenons-nous? — Quand nous ne les comprenons pas, à qui la faute? — La faute est à eux, monsieiur.
— Non, George : Dieu ne leur a pas donné la parole. Ils nous observent, nous étudient sans cesse pour nous comprendre, et aussi pour se faire comprendre de nous. — Oui, je connais une Minette qui a sonné la cloche pour avoir son dîner. — Tu vois qu'ils sont ingénieux à se faire comprendre. — Voulez-vous, monsieur, que je dise cette histoire ? Elle est presque incroyable, mais elle est vraie. — Qui te Ta contée ? — C'est ma sœur : Taventure est arrivée à Vassar Collège où ma sœur est en pension. — Tu as la parole, Marie ; commence.
Minette, le Chat de Vassar, un chat magnifique qui est marqué de quatre couleurs, est connu au collège pour sa rare intelligence. Il y fait l'admiration des professeurs et des élèves. Aux heures des repas on sonne la cloche dans cette maison pour rassembler tout le monde à table. C'est aux mêmes heures que Minette est servie et reçoit sa nourriture. Or la pauvre bête fut un jour enfermée par hasard dans une chambre de l'établissement. La cloche sonne. Elle veut sortir, elle miaule, miaule et miaule. . . . On ne l'entend pas. Elle ne peut pas elle-même ouvrir la porte. — Pourquoi ne saute-t-elle pas par la
fenêtre ? — C'est vrai, la fenêtre est ouverte, mais
à dix pieds du planclier. Minette reste prie etles heures passent. Knân la porte s'ouvre, t s'échappe comme le veut et court & la salle trouve tous les jours son dîner. . . . Point de et elle meurt de faim I Que faire ? que de-
comment demander sa nourriture ? Ah ! la I se dit-elle, et aussitôt la voilà qui saute et se 1 à la corde. La cloche sonne faiblement, commence, prend son élan et saute de toutes les. Cette foiâ la cloche retentit dans tout la . Les dames de la maison effrayées accourent i grande salle. Elles ne comprennent rien ,, mais bientôt l'une d'elles remarque Minette limé, et trés-^tée. Tout fut compris. Pour rit on lui servit un repas extraordinaire. Ne tait-elle pas ?
; incroyable, monteur : les animaux ne raîson- \a, — Le penses-tn, George ? Un de nos vieux 18, Montaigne, n'est pas d'accord avec toi. — t-il? — Il répète cette histoire qu'il a lue dans ine.
id les Thraces ont à passer sur la glace une ils demandent au'Renard si elle est assez forte !a porter. — Comment le Renard le sait-il? — raisonne pas, il ne parviendra pas à le savoir. 'il raisonne que fera-t-il ? — Que ferais-tu à sa — Je ne sais. — L'eau de la rivière bruit sous ), n'est-ce pas? — Oui. — Si la glace est mince, 3 bruit-elle pas plus fort ? — Si. — Et elle bruit ort, car le bruit vient de plua loin, si la glaça
est épaisse, n'est-il pas vrai? — Si. — Eh bîeni le Kenard met son oreille près de la glace et il écoute quelque temps pour savoir s'il peut ou non traverser la rivière. Je m'imagine qu'il fait le raisonnement que voici : " Ce qui fait du bruit se remue ; ce qui se remue, n'est pas gelé ; ce qui n'est pas gelé est liquide ; ee qui est liquide ne peut pas me porter."
Croyez-vous cette histoire, monsieur ? — Je la crois, et celle-ci aussi qui n'est pas moins curieuse. Elle prouve que le chien raisonne. J'ai vu moi-même plus d'une fois le fait que je vais vous raconter. . . • Mais aî-je le temps ? Quelle heure est-il, Hortense? — Je n'ai pas ma montre. — Où est-elle ? — Sa grande aiguille est cassée, elle est en réparation. — Elle est chez l'horloger? — Oui. — -Dis-moi l'heure qu'il est, Marie : tu regardes ta montre. — Il est onze heures et cinq minutes. — Il faut nous séparer.