‹ Petites causeries: suivies de devoirs et traductions pour les classesChapitre 17 sur 48 · DES ANECDOTES · texte numérisé non relu

DES ANECDOTES

Je vous salue, mes amis. Avez-vous des questions à me faire sur notre fable d'hier ? — Non, mais je l'ai contée à ma mère et elle m'a dit une histoire à Thonneur de Minette. — Vraiment I veux-tu nous la répéter, Joséphine ? — Oui, avec plaisir.

Minette avait trois jeunes dans une petite chambra au bas de notre maison. Elle les porta à la mansarde. La servante les reporta dans la petite chambre. Minette avait son idée et n'aimait pas cette intervention. EUe reporta ses jeunes là-haut une fois, deux fois, trois fois, dix fois, car la servante aussi était obstinée. La pauvre Minette n'en pouvait plus, elle mourait de fatigue. Elle quitte la maison. Où est-elle, monsieur ? — Je n'en sais rien, chère amie. — Elle resta absente une heure, puis revient chez nous avec un gros chat noir que nous ne connaissons pas, lui montre ses trois petits, lui explique l'affaire. — Elle lui explique l'affaire ? — Apparemment, puisque le gros chat prit les jeunes un à un, les porta à la mansarde et, sa tâche finie, disparut. On ne l'a jamais revu dans notre famille.

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Vous voyez que les animaux n'ont pas besoin de la parole pour communiquer leurs idées. — ' Comment se comprennent-ils? — Nous l'ignorons, mais il est certain qu'ils se comprennent. Un de mes amis m'a raconté une histoire semblable à celle de Minette, une histoire à l'honneur du chien. — Nous écoutons, monsieur«

n était allé en Europe où il passa trois années. H ayait confié à son frère sa maison et deux beaux chiens qu'il possédait. Quand il revint de son long voyage et au moment qu'il rentra chez lui, l'un de ses chiens se précipita h sa rencontre, sautant, aboyant, fou de joie, ivre de plaisir. Tout à coup il interrompt ses démonstrations d'amitié et paraît pensif, puis s'élance hors de la porte. • • . Tu m'as demandé, Joséphine, où était allée Minette. Sais-tu pourquoi le chien de mon ami s'est en allé? Est-il fatigué de caresser son maître ? — Non, bien sûr. Dites- moi, monsieur, où est l'autre chien, et je vous dirai où celui-ci est allé. — Comment? — Il n'est pas égoïste, il pense à son camarade. — Tu as raison: il est allé au petit bois, derrière la maison, où son compagnon, couché à l'ombre des ormes, pensait sans doute à son maître et pleurait sa longue absence. Il lui communiqua la bonne nouvelle, et bientôt on vit les deux fidèles animaux revenir côte h côte au foyer pour témoigner en- -semble leur affection à leur maître.

N'admirez-vous pas l'attachement du chien pour son maître ? — Le héros de cette histoire est-il égoïste ?

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»— Les animaux ne sont-ils pas souvent aussi bons que les hommes ? — Quel est l'animal le plus dévoué à l'homme ? — Quel est le plus fidèle ? — Les animaux se comprennent-ils ? — Nous comprennent-ils ? — Les comprenons-nous? — Quand nous ne les comprenons pas, à qui la faute ? — La faute est à eux, monsieur. — Non, George : Dieu ne leur a pas donné la parole, Ha nous observent, nous étudient sans cesse pour nous comprendre, et aussi pour se faire comprendre de nous. — Oui, je connais une Minette qui a sonné la cloche pour avoir son cWner. — Tu vois qu'ils sont ingénieux à se faire comprendre. — Voulez-vous, monsieur, que je dise cette histoire ? Elle est presque incroyable, mais elle est vraie. — Qui te l'a contée? — C'est ma sœur: l'aventure est arrivée à Yassar Collège où ma sdaur est en pension. — Tu as la parole, Marie ; conunence.

Minette, le Chat de Yassar, un chat magnifique qui est marqué de quatre couleurs, est connu au collège pour sa rare intelligence. H y fait l'admiration des professeurs et des élèves. Aux heures des repas on sonne la cloche dans cette maison pour rassembler tout le monde à table. C'est aux mêmes heures que Minette est servie et reçoit sa nourriture. Or la pauvre bête fut un jour enfermée par hasard dans une chambre de l'établissement. La cloche sonne. Elle veut sortir, elle miaule, miaule et miaule. • • • On ne l'entend pas. Elle ne peut pas elle-même ouvrir la porte. — Pourquoi ne saute-t-elle pas par la fenêtre ? ^ C^est vrai, la fenêtre est ouverte, mais

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elle est à dix pieds dn plancher. Minette reste pii« sonnière et les heures passent. Enfin la porte s'ouvre. Le chat s'échappe comme le vent et court à la salle où elle trouve tous les jours son dîner. . . • Point de dîner I et elle meurt de faim I Que faire ? que devenir? comment demander sa nourriture? Ahl la cloche I se dit-elle, et aussitôt la voilà qui saute et se suspend à la corde. La cloche sonne fûblement. Elle recommence, prend son élan et saute de toutes ses forces. Cette fois la cloche retentit dans tout le collège. Les dames de la maison ef&ajëes accourent dans la grande saUe. Elles ne comprennent rien d'abord, mais bientôt l'une d'elles remarque Minette l'œil animé, et très-agitée. Tout fut compris. Pour son esprit on lui servit un repas extraordinaire. Ne le méritait-elle pas ?

C'est incroyable, monsieur : les animaux ne raisonnent pas. — Le penses-tu, George ? Un de nos vieux écrivains, Montaigne, n'est pas d'accord avec toi. — Que dit^il ? — H répète cette histoire qu'il a lue dans Plutarque.

Quand les Thraces ont à passer sur la glace une rivière, ils demandent au Renard si elle est assez forte pour les porter. — Comment le Renard le sait-il? — S'il ne raisonne pas, il ne parviendra pas à le savoir. — Et s'il raisonne que fera-t-il ? — Que ferais-tu à sa place ? — Je ne sais. — L'eau de la rivière bruit sous la glace, n'est-ce pas ? — Oui. — Si la glace est mince, l'eau ne bruit-elle pas plus fort ? — Si. — Et elle bruit moins fort, car le bruit vient de plus loin, si la glace

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est épaisse, n'est-il pas vrai? — Si. — Eh bieni le Renard met son oreille près de la glace et il écoute quelque temps pour savoir s'il peut ou non traverser la rivière. Je m'imagine qu'il fait le raisonnement que voici : ^^ Ce qui fait du bruit se remue ; ce qui se remue, n'est pas gelé ; ce qui n'est pas gelé est liquide ; ce qui est liquide ne peut pas me porter."

Croyez-vous cette histoire, monsieur ? — Je la crois, et celle-ci aussi qui n'est pas moins curieuse. Elle prouve que le chien raisonne. J'ai vu moi-même plus d'une fois le fait que je vais vous raconter. • . • Mais ai-je le temps ? Quelle heure est-il, Hortense? — Je n'ai pas ma montre. — Où est-elle ? — Sa grande aiguille est cassée, elle est en réparation. — Elle est chez l'horloger? — Oui. — Dis-moi l'heure qu'il est, Marie : tu regardes ta montre. — Il est onze heures et cinq minutes. ^ Il faut nous séparer.

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