‹ Petites causeries: suivies de devoirs et traductions pour les classesChapitre 26 sur 48 · LES HIRONDELLES · texte numérisé non relu

LES HIRONDELLES

BONJOUB, chers amis. Je vais vous lire une petite poésie de Mlle Adélaïde Montgolfier que vous apprendrez par cœur. Elle a pour titre "L'hirou* deUe/'

" Ahl f al vu, j'ai vul Disait l'hirondelle:

Ahl j'ai vu, j'ai vul— Oiseau, qu'as-tu vu? — J'ai vu les^nfants Parcourir les champs J^ Moi, je n'ai rien vu,

Pauvre et dépourvu, Je suis un enfant Encorelgnorant ; Mais je veux, un jour Savoir à mon tour.'^'

L'hirondelle a beaucoup tu, monsieur. — Oui : dîtes ce qu'elle a vu. — Elle a vu les enfants parcourir les champs, elle a vu la verdure et les fleurs.— « Voilai elle a vu les enfants aux champs. Qu'y

114 PETITES CAUSEBIBS.

ftisaient-ils ? — Qs jouaient au cerceau dans les che« mins, aux barres dans la prairie. — Oui ; et ils courraient sur les trèfles ou dans les grains, cherchant des bluets et des liserons. — Où était alors l'hirondelle ?

— Elle voltigeait autour d'eux dans Tair, toujours dans l'air. — Que cherchait-elle dans l'air ? — Sa subsistance, mon amie. — Il n'y a pas de grains dans l'air. — Non, il y a là des moucherons qui se balancent dans un rayon du soleil; c'est la proie de l'hirondelle. Qu'est-ce que l'hirondelle a encore vu ?

— Elle a vu les oiseaux faire leurs nids. Ils font leurs nids en mai, n'est-ce pas? — Oui; et puis ils pondent leurs œufia et couvent. — Nous ne comprenons pas couvent, — Ils couvent, c'est-à-dire ils restent sur leurs œufs nuit et jour pendant trok semaines ; ils les tiennent bien chauds sous leurs ailes et dans leurs plumes, pour appeler leurs enfants au banquet de la vie, à l'allégresse du doux printemps.

— Quelle cruelle privation pour euxl sans vol et sans mouvement pendant quinze ou vingt jours ! — Ils ont le bonheur dans leur âme, les joies de l'amour, la riante espérance de voir leurs fils éclore, vivre, voler dans la haie d'aubépine ou monter vers le ciel en chantant. Pensez donc, amis, aux doux rêves de la mère rossignol quand elle entend déjà dans son imagination le chant sublime de ceux qui seront comme son époux les rois de l'harmonie ! Re« présentez-vous, si vous pouvez, les délices qui remplissent le cœur de l'alouette quand, sur ses œufs, elle écoute son ami qui délire d'amour au haut du ciel. Le zéphyr agite légèrement le grain vert sur

PETITES GAUSEBIES. 116

Kl tête, elle lève les yeux, elle voit l'azur du firmament, et de là haut, de bien haut, elle entend descendre la Yoix aimée qui lui crie dans la langue de& artistes : ^^ Tiens nos enfants bien chauds, belle et tendre compagne I Tu es ma reine, mon unique amie, c'est pour toi que je chante. . • • C'est ton amour qui m'inspire. • • • C'est de toi que je parle à Dieu, c'est pour toi que je lui porte mes cantiques, ô ma chérie I pour toi et pour ceux que nous aimerons ensemble. . • • Mon amour, je redescends dos cieux, je reviens vers toi, je te rapporte la bénédiction du Seigneur, et tout le long du chemin, depuis Dieu jusqu'à toi, je chante mon bonheur de t'aimer. . . • Me voici, me voici I Je te donne un baiser."

Vous comprenez donc la langue des oiseaux, monsieur. — Un petit peu, un rien, chers amis: ces musiciens ailés disent tant de choses à ceux qu'ils aiment ! il y a tant de poésie dans leur âme I

Les oiseaux pondent quatre œufs dans un nid, n'est-ce pas ? — Oh ! le nombre varie. La plupart des oiseaux en pondent quatre, cinq ou six. Les pigeons n'en pondent que deux. Les mésanges en pondent plus de dix. — Un si grand nombre ? — Oui, je connais une histoire à ce sujet. — Dites-nous-la. — Non, j'ai peur de la gâter, elle est si belle I Vous la lirez un jour vous-mêmes. — Où est-elle ? — Elle est au second chant du poëme de Mireille. C'est l'œuvre d'un poëte provençal, une des gloires de ce siècle, Frédéric Mistral.

Au revoir, mes anus. Demain je vous demanderai quelques anecdotes. Pensez-y.

lis FETITBS CAUSEBISI».

Page 1