ACTE III, SCKNE I
' LUCIENNE
N'importe.
MADAME VARINOIS
11 est convenu entre gens d'honneur que, lorsqu'un des deux adversaires est beaucoup plus fort que l'autre, on ne se fait qu'une blessure insignifiante. Ton mari sera blessé ici... (Elle prend le poignet de Lucienne et touche le dessous de la main.) Edgard ma expliqué le coup hier.
LUCIENNE
Tout cela est un peu hasardeux, tout de même.
MADAME VARINOIS
Je vais te rassurer complètement.
LUCIENNE, .'tonnée.
Ah?...
MADAME VARINOIS
Le baron dîne chez moi, samedi.
Le baron dine chez toi ?
MADAME VARLNOIS
En famille... avec vous tous. Tu comprends qu'il a trop de tact pour aller blesser gravement...
LUCIENNE
Ohl...
MADAME VARLNOIS
Je réponds de lui. (Un temps. ^ Et après ?
LUCIENNE
Après, quoi ?
MADAME VARINOIS
Après le duel, que feras-tu?
LUCIENNE
En quel sens ?
MADAME VARINOIS
Oui... que deviendra celte brouille avec Adolphe ?
LUCIENNE
Hé ! Comment veu\-tu que je le sache ? Qu'est-ce que lu me conseilles ?
ACTK III, SCÈNE I 187
MADAME VARINOIS, réfléchissant.
As-tu des torts envers ton mari ?
LUCIENNE
Oui.
MADAME VARINOIS
Graves ?
LUCIENNE
Oui.
MADAME VARINOIS, après une pause.
Très graves ?
LUCIENNE
Non.
MADAME VARINOIS
En creusant davantage la question, peutêtre cela vaut-il mieux...
LUCIENNE
Et alors ?
MADAME VARINOIS
Ma chère enfant, du moment que tu n'as pas de torts graves envers ton mari, il ne
188 l'ETIïES FOLLES
faut pas le dissimuler que tu es dans un état d'infériorité évident, comme dit Edgard. .. Regardons les choses en face : il a le beau rôle.
llciknm:
Cela ne 'signifie rien.
MADAMK VARINOIS
Tu pourrais, à la rigueur, te jeter dan? ses bras et lui demander pardon... Mais, c'est toujours une chose délicate que de demander pardon à un homme : on ne sait pas où cela vous entraine.
LUCIKNNK
Je ne nie pas qu'Adolphe ait à se plaindre de moi sous certains rapports ; mais, enfin, lui aussi a beaucoup changé depuis quelque temps.
.MADA.Mi: VA RIMAIS
Certes.
LUCIENNE
Il est devenu soupçonneux.