‹ Petites gensChapitre 3 sur 56 · LE MALADE, M.ADAME BERGERET · texte numérisé non relu

LE MALADE, M.ADAME BERGERET

LE MALADE. — Madame Bergerel...

MADAME BERGERET. — Eli ben , mc voliù.

Qu'est-ce que vous avez à crier encore après moi?

LE MALADE. — J'ai passé une nuit affreuse... j"ai bien cru... que c'était fini... (///o?;s.'îf.) Dieu!... que jai souffert... {Il tousse.) Ah! c'est trop souffrir... vous êtes partie hier de si bonne heure...

MADAME BERGERET. — Dc sl bonuc heurc ! il était le quart après neuf heures : si vous appelez ça de bonne heure ! Vous croyez donc, bonnement,

* Celle iilcc est empruntée à l'une des jtlus spirituelles lilhograpliies dc mon ami Pigal.

que, pour dix malheureux sous que vous m'tionnez par jour, je m'en vas m'ccliiner l'iempérameul à vous passer des nuits pour vous faire plaisir; non merci : pour dix malheureux sous...

LE MALADE. — C'esl hicH dur... ce que vous me diles-là... madame Bergeret. {Il lui prend une plus forte quinte.)

MADAME EERGERET {oprès la quinlé). — T'nez, voyez-vous c'que c'est que d'vous mettre en colère... rbon Dieu vous punit.

LE MALADE.— Mon Dieu !... mon Dieu!... comme si... ce n'était... pas assez de mon mal.

MADAME BERGERET. — j'suis ralsonnalilc au moins, moi, je ne suis pas plus ridicule qu'une autre ; vous vous mettez dans des colères...

LE MALADE. — Donuez-moi ma potion...

MADAME BERGERET. — VoUS dirCZ S'// VOUS plaît

une autre fois, n'est-ce pas?

LE MALADE. — Ma potioH... j'ai la bouche brûlante...

MADAME BERGERET. — TcnCZ , la V'ià... j'SlliS

trop bonne.

LE MALADE. — Merci... madame... Bergeret.

MADAME BERGERET. — C'CSl bien llCUrCUX... OÙ

allez-vous mettre la tasse maintenant! donnez-lamoi... Vous savez que vous n'avez bientôt plus de bois?

LE MALADE. — Comment! déjà?

M.invME BERGERET.— Déjà "? cerlaiiiemeiil déjà... Je l'emporte peut-être le soir, volbois, dans mon laljellier. Je sais bien qu'il y a des gens assez niécbanls pour vous Fdire, madame Bribrl, par exemple...

LE MALADE. — Je ue connais pas celte dame... qui est-ce que vous appelez ainsi,, madame Bergeret?...

MADAME BERGERET. — La femme qu'est avec M. Vassal, donc...

LE MALADE. — Il n'est pas venu... me voir... M. Vassal... depuis que je suis malade... pas une seule... fois.

MADAME BERGERET. — Il Serait bien venu, lui... mais c'est madame qui l'en aura empêché... car c'est un bien digne homme, lui, M. Vassal.

LE MALADE. — Madame Bergeret... cette dame... est très-bonne aussi.

MADAME BERGERET. — Ça n'enipèchc pas que, l'autre jour, chez la portière, on a bien assuré à mame Madou que c'était à elle que vous aviez dii, dans le temps, de vous voir retirer votre petit cellier à la cave.

LE MALADE.— Il me devenait im\\\\e{ il tousse)... puisque mes moyens ne me permettaient pas d'avoir... du vin... chez moi.

MADAME eerger!:t. — Puisquo c'était pourvoi' bois.

LE MALADE. — Jc ii'aime pas... entendre dire du niah.. d'une personne respectable. (// Unisse.)

MADAME BERGERET. — Jc u'cD parlerai plus; mais vous n'nie forcerez toujours pas de la saluer dans les escaliers; j'nai jamais pu m'soumellre à saluer Louis XVIII. Ainsi, je n'conimencerai pas par elle.

LE MALADE. — Mon Picu!... ah î ah!... j'ai la peau brûlante...

MADAME BERGERET. — Vous n'avez pas d'patience non plus iK)ur deux liards; vous voulez être malade et être guéri en deux heures.

LE MALADE. — Et ce médecin... qui n'arrive pas...

MADAME BERGERET. — J'm'cn vas prendre un peu mon balai, car c'est d'un sale ici... Si j'doiinaisun peu d'air?...

LE MALADE. — .Mals VOUS n'v peuscz pas... je suis tout... en moiteur.

MADAME BERGERET. - VoUS ferCZ COmmC VOUS

voudrez alors, j'm'en vas commencer par déjeuner; je n'déjeunerai certainement pas ici.

LE MALADE. — Yous allcz eucorc une fois... nu; laisser seul...

MADAME BERGERET. — La ClcfeSt SUf la portC...

LE MALADE. — Mon Dicu !... niou Dlcu! (///Oî/SSf .) MADAME BERGERET. — Voilà encorc l'bon Dieu qui vous punit, t'nez, con)me vous toussez.

i.E MALAiiE. — Ail!... ail!... iili!... al)! c'est fini...

MADAME BERGERET. — VoulcZ-VOUS i'baSSin?

Comme c'est gentil!

LE MALADE, expecloraut. — C'est à en mourir.

MADAME BERGERET. — T'ncz, j'ai cléjeunc, c'est tout jirofit, j'n'ai plus faim. Quand on voit des horreurs semblables...

LE MALADE. — Vous êtes une méchante femme.

MADAME BERGERET. — Et VOUS un vioux dégoûtant, v'Ià ce que vous êtes. Si vous n'aviez pas été toute votre vie un vieux coureur, vous n'seriez pas si bien hypothéqué; qu'vous vous en irezenpulrifaction; ça, c'est sûr.

LE MALADE. — Et persounc au monde pour venir à mon secours.

MADAME BERGERET. — C'qul prouve bien que vous n"avez jamais été bon d'volre vie, c'est qu'il n'y a pas un chat qui s'intéresse à vous; tout Tmonde vous plante là... et c'est bien fait.

LE MALADE. — Vous m'assasslucz.

MADAME BERGERET. — J'ui'eu vas m'en aller; car, si vous m'meltez en colère, je n'sais pas ce que je vous ferais. Allez au diable...

LE MALADE. - C'csl mourîr ù petit feu... Ah! mon Dieu !

(On frappe à la porte de l'appartement.)

MADAMK BERGERET. — Eulrez!...

LA CARDE-MALADR. 25

LA PIÈCE D'EMRÉE.

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