MADAME BIDARD, M. BIDARD
MADAME BIDARD. — Je dis quc c'esl jeter son argent parles fenêtres, et qu'il faut y regarder à deux fois, quand il y a tant de gens sans pain.
M. BIDARD. — Tout ça esl bel et bon, mais je ne ferais pas faire mon portrait, que les malheureux n'en auraient pas davantage; et, puisque nous en sommes sur ce chapitre, fais-moi le plaisir de nie dire, chère amie, si, toutes les fois que tu as eu envie d'une robe ou d'un chapeau, tu as jamais songé aux gens sans pain?
MADAME BIDARD. — ToUJOUrS.
M. BIDARD. — Tu me permettras d'en douter. Tu as été ton petit bonhomme de chemin, ce n'est pas cela qui fa arrêtée;'; laisse-moi une fois faire
110 LES PETITES l'.ENS.
mes volontés, ce n'est pas trop exiger ; lu auras bien le temps de te rattraper, sois tranquille ! du reste, tu as de l'avance, qu'en dis-tu?
MADAME BiDARD. — Je dis quc c'est toujours la même chose : on ne peut vous faire une observation, qu'aussitôt vous ne détachiez quelque impertinence.
M. BIDARD. — Tu me parles, je te réponds.
MADAME BIDARD. — Et commeDt uic répondozvous?
M. BIDARD. — Tu n'es pas raisonnable.
MADAME BIDARD. — Je ne Ic suls quc trop.
M. BIDARD. — Tu as fait faire ton portrail ; pourquoi ne ferais-je pas faire le mien?
MADAME BIDARD. — Jc n'CH vois pas la nécessité. D'ailleurs, ce n'est pas pour moi, mais pour mes enfants, que je l'ai fait faire.
M. BIDARD. — C'est à eux aussi que je destine le portrait de leur père. Nous sommes tous mortels : qu'auront-ils de moi, si je viens à men aller?
MADAME BIDARD. — Vous nc VOUS en ircz jamais.
M. BIDARD. — Qui sait? Il ne faut jurer de rien. Vois M. Chardin, comme il est parti! Nous dînions ensemble deux jours auparavant, il ne m'en a pas ouvert la bouche.
MADAME BIDARD. — Il s'cH Serait bien gardé, il savait à quoi s'en tenir de votre discrétion. Jovous
trouve, du reste, assez osé, de vous mettre continuellement en parallèle avec M. Chardin.
M. BiDARD. — Pourquoi pas?
MADAME BiuARD. — Un lionimc charmant !
M. BiuARD. — Parce qu'il est parti. Je m'en irais aujourd'hui pour demain, que je serais un ange; c'est pour ça que, si pareille chose arrivait, je veux que vous ayez son portrait, à petit Lulu, que vous puissiez dire à vos amis et connaissances : « C'est bien là son petit nez à mon pauvre homme, et son petit menton en trompette, » comme vous disiez dans le temps, ma minette.
MADAME BIDARD. — Je u'al jauiais dit de sottises pareilles.
M. BIDARD. —Vous les avez dites, ma bibiche.
MADAME BIDARD. — Ma foi, S'il m'cu souvIcnt, il ne m'en souvient guère.
M. BIDARD. — Mironton ton ton mirontaine. Eh ben, c'est dit. Je vais m'habiller.
MADAME BIDARD. — N'étcs-vous pus bien comme ça?
M. BIDARD. — Tu ne voudrais pas me voir exposé dans un déshabillé pareil.
MADAME BIDARD.— C'est donc pour l'exposition?
M. BIDARD. — Comme toi, chérubine, comme loi... Baisez-moi!
MADAME BIDARD. — Nc m'approchcz pas, ne m'approchez pas, ou je me fâche.
M. EiDARD. — On ne m"aime plus.
MADAME BiDARD. — Laisscz-nioi. je vous déleste. Allez vous habiller.
M. BIDARD. — Quand j'aurai mes bretelles, les bretelles à petit Lulu.
Et Ion Ion la, Landerirelte, Et Ion Ion la, Landerira.
MADAME BIDARD. — Vous avez UH coup dc Hiarleau, c'est sûr. {Appelant.) Florentine.
FLORENTINE, daus uiic piècc voisine. — Madame.
MADAME BIDARD. — Lcs bretelles de monsieur?
FLORENTINE. — Je ne les ai pas vues.
MADAME BIDARD. — Vovcz à les trouvcr; il attend après.
FLORENTINE. — Je VaS VOlf.
MADAME BIDARD. — Quand est-cc quil vient, voire barbouilleur?
M. BIDARD. — Au plus lard dans peu,- mon minoD.
MADAME BIDARD. — S'il VOUS réussil comnie moi, ce sera du propre.
M. BIDARD. — Tu n"es pas contente du tien?
MADAME BIDARD. — Non Certes, et vous?