‹ Petites méditations poétiquesChapitre 5 sur 10 · PRIÈRE DU MORT · texte numérisé non relu

PRIÈRE DU MORT

Mon Père, me voici. C'est avec confiance,

Qu'un fils vient en vos bras cacher son indigence :

Vous êtes riche assez !

J'ai froid : réchauffez-moi contre votre poitrine . J'ai soif : faites-moi boire à la source divine Où tous nos maux sont effacés.

J'ai soif, soif d'un amour enflammé. Qu'il consume La souillure du monde et toute cette écume

De mort et de tombeau !

Que mon Maître me donne un habit convenable ! Que mon Seigneur, avant que je mange à sa table. Me rende tout pur et tout beau !

Dieu rédempteur, Dieu fort, Dieu bon, Dieu tutélaire, Ce pécheur ne craint plus votre juste colère : Vous l'avez trop aimé !

Quand ce cœur s'est brisé sous la fatale étreinte, Les deux ont bien compris de quelle liqueur sainte Votre cœur l'avait embaumé.

Quand les mille soucis qui dévorent notre âme, Déposaient dans le jour leurs tenailles de flamme,

X'étes-vous point l'ami Dont les discours charmeurs ont égayé ma voie ? N'étiez-vous point le soir le repos et la joie Gardiens de mon seuil endormi ?

Mes enfants vous ont dit quel époux et quel père Auprès de leurs berceaux veillait avec leur mère ;

Je l'ai lu dans leurs yeux ; Pourtant, à votre appel j'ai répondu sur l'heure; Je vous ai confié les clefs de ma demeure, Et vous ai suivi tout joveux.

Vos soins m'ont entouré de tant de bons visages. Où votre grâce, peinte en vivantes images,

Met un regard si clair, Qu'il me tarde, ô Jésus, de voir votre sourire, Et que, pour s'apaiser, cet amoureux délire Osera braver votre éclair.

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