NAVIGATION INTÉRIEURE
La ligne de navigation du Saint-Laurent et des lacs qui s'étend de Duluth, à la tête du lac Supérieur, au détroit de Belle-Isle, sur un parcours de 2,384 milles (3,835 kil.), est le plus grand débouché naturel du commerce de l'Amérique du Nord; elle est facilitée par un système de canalisation des mieux entendus.
Les canaux qui se trouvent sur cette ligne sont ceux de Welland, des Gallops, du Rapide Plat, de la Pointe Farran, de Cornwall, de Beauharnoïs et de Lachine. Ils représentent collectivement près de 72 milles (115 kil.) de longueur, et ont coûté à l'Etat pas moins de $33,000,000 (165,000,000 fr.), tant pour le prix de la construction première que pour les améliorations qui ont été entreprises plus tard dans le but de les rendre accessibles aux navires de quinze à dix-huit cents tonneaux.
Le canal Welland, le plus considérable de tous, relie Port Colborne, sur le lac Erié, à Port Dal-, housie, sur le lac Ontario; il a vingt-huit milles (45 kil.) de longueur;
Le
Le canal des Gallops, qui a pour effet de tourner les rapides de la Pointe aux Iroquois, de la Pointe Cardinal et des Gallops, sur le Saint-Laurent, a sept milles cinq huitièmes (12 kil.) de longueur ;
Le canal du Rapide-Plat, en face du rapide du même nom, a quatre milles 6 kil, 436 m.) ;
Le canal de la Pointe Farran a trois quarts de mille (1 kil. 206 m.) de longueur ;
Ces trois canaux sont géncralement connus sous le nom de canaux de Williamsburgh ;
Le canal Cornwall, qui permet aux navires d'éviter les rapides du Long-Sault, a onze milles et demi (18 kil. 503 m.) de longueur.
Le canal Beauharnoïis, qui relie les lacs Saint- Louis et Saint-François et tourne les rapides du Coteau, des Cèdres et des Cascades, a onze milles un quart (18 ki. 101 m.) de longueur ;
Le canal de Lachine a huit milles et demi (13 kil. 676 m.) de longueur. Il s'étend de Montréal jusqu’au village Lachine, en face des rapides Saint- Louis.
Ces canaux réunis ont cinquante-quatre écluses ; la durée moyenne de la saison navigable y est de deux cent vingt-cinq jours environ.
Il y en a aussi un certain nombre d’autres dont l'énumération serait trop longue, qui ont pour effet de rendre navigables les affluents les plus impor-
co NAVIGATION
tants du Saint-Laurent, tels que les rivières Ottawa, Rideau, Richelieu et autres.
Le montant total dépensé pour la construction des canaux au Canada est de $41,832,5C4,41, sur lequel le gouvernement fédéral a fourni $21,629,- 802,71 ; les gouvernements locaux $16,028,840,23 et le gouvernement impérial $4,173,921,47.
Le transport des grains et autres produits des Etats de l'Ouest se fait plus rapidement et à meilleur compte par les voies canadiennes que par celles des Etats-Unis ; car la distance de Chicago à Montréal par les lacs et les canaux Welland et du Saint-Laurent est de 1,261 milles (2,029 kil.) tandis qu’elle est de 1,400 milles (2,253 kil,) de Chicago à New-York par les lacs, Buffalo, le canal Erié et la rivière Hudson, ce qui fait une différence de 139 milles (224 kil.) en faveur de la voie canadienne.
Si on considère de plus que la distance entre Montréal et Liverpool est de 2,790 milles (4,489 kil.) par le Detroit de Belle-Isle, ou de 2,990 milles (4,811 kil.) par le cap Raze, et qu’elle est de 3,040 milles (4,891 kil.) de New-York au même port, la différence est de 408 milles (656 kil.), dans un cas, et de 208 milles (335 kil.) dans l’autre, en faveur de la route canadienne.
Les côtes de l'Océan et de l’intérieur sont pour-
NAVIGATION 61 vues d’un système de phares, de sifflets à vapeur et de télégraphie côtière et sous-marine, due aux efforts persévérants du commandant Fortin, qui assurent la sécurité de la navigation dans ces parages.
Il y a 553 phareset 32 sifflets et trompettes pour les temps de brume. Six cent seize personnes sont employées à ce service dont l'entretien revient à au moins $400,000 (2,000,000 fr.) par an.
Le tableau qui suit donne les dates de l’ouverture de la navigation sur le fleuve St-Laurent de l’arrivée des premiers navires océaniques et de leur départ de ce port, pendant les vingt dernières années :
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Le relevé ci-dessus établit que le port de Québec est accessible à la navigation pendant environ 7
mois de l’année.
Par beaucoup de personnes l’émigration est considérée comme une cause d’appauvrissement pour les peuples de qui elle vient, tandis qu’au contraire des statistiques certaines établissent qu’elle est le plus souvent aussi profitable au pays qui la fournit qu’à celui qui la recoit,
L’excédant des populations qui, se trouvant trop à l’étroit dans certaines contrées de l’Europe, s’écoule vers les territoires peu habités de l'Amérique, y prépare les voies à un commerce d'exportation et d'importation qui atteint des proportions plus ou moins considérables, selon que le pays d’où il
” sort a plus ou moins d’extension industrielle.
Pour la Grande-Bretagne, l’émigration, tout en
étant une soupape de sûreté au moyen de laquelle le trop plein d’une population trop compacte échappe tous les ans aux horreurs du paupérisme, est cause aussi, en grande partie, de la suprématie co.nmerciale incontestable que cette puissance a acquise sur toutes les autres en Europe.
A l'encontre de certains agents recruteurs intéressés, nous dirons d’abord que le Canada est loin d’être un pays de Cocagne, où les ouvriers fainéants et incapables gagnent, en arrivant, des salaires considérables qui leur permettent, tout en ne faisant rien, d’amasser en peu d'années des fortunes prodigieuses. Loin de lù. Ce pays offre, il est vrai, de grandes ressources à l'émigration étrangère, et le gouvernement fait d'immenses sacrifices pour y attirer les cultivateurs et les ouvriers européens ; mais ceux qui viendront s’y établir ne doivent s’attendre à y réussir qu’en tant que, travailleurs infatigables, ils sauront de plus se soumettre aux lois et aux coutumes qui y sont en vigueur. s
Il y a dans toutes les émigrations du monde deux classes bien distinctes : l’une respectable et utile, et l’autre préjudiciale aux pays vers lesquels elle se dirige. La première se recrute parmi les travailleurs honnêtes et laborieux qu'une louable ambition pousse, et qui ne craignent pas de détendre les liens qui les attachent au sol natal
ÉMIGRATION ET COLONISATI .N 65
pour aller chercher en pays étranger l’aisance et quelquefois la fortune pour leur famille; l’autre se compose de déclassés, ouvriers inaptes à quoi que ce soit, après s'être dits bons à toutes choses ; beaux parleurs pour la plupart, qui partent avec l'idée fixe de faire des dupes et de vivre aux dépens des habitants des pays où ils émigrent, tout en heurtant leurs sentiments les plus chers et traitant même leurs convictions traditionnelles de préjugés ridicules.
Aux bons .cultivateurs, aux honnêtes et habiles artisans qui se sentent l’énergie suffisante pour aller demander à un pays lointain une aisance relative qu’ils ne peuvent acquérir chez eux, nous pouvons assurer sans crainte qu'au Canada ils trouveront, pour les y recevoir, une population bienveillante et amie.
Mais à ceux que nous venons de qualifier de déclassés, nous pouvons dire sans hésiter: restez chez vous, car au Canada vous végeteriez comme vous avez toujours végété dans votre pays; et, dans votre misère, vous reprocheriez au peuple qui vous aurait accueillis cette pauvreté, conscéquence naturelle de votre propre incurie.
Ceci posé, abordons maintenant le côté statistique de la question,
Personne n’ignore que l’'émigration européenne
est le plus puissant des moteurs qui ont poussé les Etats-Unis à cette immense prospérité matérielle dont ils jouissent aujourd’hui. Les relevés officiels que nous avons consultés sur le chiffre des émigrants, venus de toutes les contrées d'Europe apporter à la grande république américaine le contingent de leur travail et de leur industrie, nous permettent d'avancer que le nombre en a été de plus de diæ millions sept cent mille, de 1820 à 1881.
Il est vrai de dire que l’émigration au Canada est loin d’avoir opéré encore sur des bases aussi larges ; mais il est juste de faire remarquer qu’a-
vant 1870, rien ou peu de chose avait été tenté pour attirer vers ce pays l'élément étranger auquel est dû l'accroissement rapide de la popu- : lation des états voisins.
En jetant un coup d'œil sur les chiffres suivants, on se formera une idée de l’émigration étrangère au Canada pendant les cinq dernières années. Il n’y est question que des émigrants qui
s’y sont fixés. ; Emi- | 1977 1878 1879 1880 1881 grants.* | 15,323 | 18,372 | 30,717 | 927,544 | 32,587
En raison de la crise commerciale qui a sévi sur le Canada, pendant ces dernières années, l’émigra-« tion qui lui donnait 41,079 habitants nouveaux en
* Emigrants qui se sont fixés au Canada.
1873, et n’en fournissait plus que 14,499 en 1876, s’est considérablement ralentie. (Cependant elle tend à se relever depuis 1878.
D'après les relevés qui ont été faits, on estime que le contingent fourni par chacun des différents peuples de l’Europe, respectivement dans le montant annuel de }lémigration au Canada, peut se chiffrer ainsi:
Angleterre . . . . . . 48% Suède et Norvège . . . . 26% Beer tin Nr I ANA NM ie, LES AUTOS DAYS ur pi EN
Il est incontestable que le Canada présente autant, sinon plus, d’avantases à l’émigration agricole, qu'aucun pays du monde.
Des milliers d’acres de forêts vierges dans les provinces de Québec, d'Oniario, du Nouveau- Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse offrent des profits immédiats aux colons qui viendront les exploiter, et les immenses prairies du Manitoba et du Nord-Ouest ne demandent qu’à être déchirées par le soc de la charrue pour produire les moissons vraiment extraordinaires dont il a été question dans un précédant chapitre.
Les avantages incontestés qu’offrent particuliè rement à la colonisation ces territoires qui bient@
seront traversés par le Pacifique Canadien, voie ferrée gigantesque qui reliera l'Atlantique au Pacifique, viennent à peine de se révéler que déjà une émigration considérable, * sans précédents peut-être, se porte vers ces régions lointaines et se dispute chaque pied de ces vastes terrains qui, il n’y a pas bien longtemps encore, étaient regardés comme une charge inutile pour les autres provinces de la Confédération.
Tous ceux qui, depuis quelque temps, ont visité le Nord-Ouest, depuis les gouverneurs du Canada jusqu'aux plus infimes reporters, en ont parlé dans les termes les plus enthousiastes.
Voici même ce qu'en disait dernièrement un écrivain influent, dans la Tribune de Chicago, . journal que l’on prend rarement en flagrant délit de compliments exagérés sur le compte du Canada.
Après avoir parlé des progrès prodigieux de Winnipeg + qui, naguères encore, était une bourgadé sans importance, il continue ainsi:
“ La raison de ces progrès est la prodigieuse fertilité du sol, fertilité bien supérieure à celle de la vallée de la rivière Rouge, dans le Dakota. Cette
région susceptible de développements sans bornes, | + On porte à 25,300 le nombre des émigrants qui 80 sont rendus au [anitoba et au Nord-Ouest du 1er janvier au 30 avril 1882. ‘ La population de Winnipeg qui, lors du recensement de 1881, était e 7,985 habitants, est évaluée aujourd'hui (mai 1882) à environ 16,.000
nes
É Sr
inconnue pendant longtemps et que l’on supposait, généralement couverte de glaces, est plus productive: que les plus riches pays agricoles de l'Amérique du Nord.”
Puis, plus loin :
“La production du blé au Manitoba et dans les territoires qui s'étendent au nord et à l’ouest de Winnipeg, prouve les propriétés éminemment productives, de ces contrées. J'ai devant les yeux les rapports dæ quatre années des récoltes du blé dans cent cinquante: localités, qui donnent les moyennes suivantes : 1877,. 264 minots ; 1853,26% minots; 1879, 264 minots ; 1880; 294 minots. Ces chiffres sont très satisfaisants, si on les compare à ceux fournis. par la culture de cette céréale, dans les Etats de l’Union les plus propres à cette culture, qui dounent par acre : Minnessota, 17 minots; Wisconsin, 14; Pensylvanie, 15; Massachussetts, 16.7
Il semble hors de doute qu’en raison des relations commerciales que le Canada noue depuis quelque temps avec les autres pays, une émigration. étrangère saine, qui prendra, d’ici à peu d'années. des proportions plus considérables, ne tardera pas: à s'y porter. Nous sommes persuadé, en outre,, que les peuples qui prendront part à ce mouvement dans les limites raisonnables, trouveront tou. jours dans l'extension de leur commerce, provoquée par la résidence de leurs nationaux chez nous, une compensation plus que suffisante pour un dépeuplement partiel et sans importance. di,
LS
CHEMINS DE FER
Les rapports des chemins de fer du Canada établissent que 7,595 milles (12,224 kil.) de voies : ferrées y étaient en exploitation en 1881. Il y avait aussi 2,910 milles (4,683 kil.) de lignes en construction qui, reliant celles déjà existantes, Procureront de nouveaux débouchés au commerce et à l’industrie du pays.
La longueur du Grand Tronc, le plus important de ces chemins de fer, est de 1,388 milles (2,233 kil.) dont 228 (366 kil.) sont sur le territoire des Etats-Unis.
Le Great Western-et l'Intercolonial, qui vien-
CHEMINS DE FER
nent ensuite, ont, le premier, 902 milles (1,451 kil.) et le second, 840 milles (1,352 kil.) d’étendue.
Le Québec, Montréul, Ottawrs et Occidental, plus particulièrement connu sous le nom de “ Chemin de fer du Nord, ” relie Québec à Ottawa par une ligne de 284 milles (457 kil.) I1 longue la rive nord du Saint-Laurent jusqu'a Montréal, d’où il se dirige vers la capitale du Canada. Il parcourt 339 milles (546, kil.), y compris les embranchements. Il fut jusqu’au printemps de 1882 la propriété du gouvernement de la province de Québec, qui vendit la partie Ouest—de Montréal à Ottawa—à la Compagnie du Pacifique Canadien, et la partie Est—de Montréal à Québec— à
une société composée de capitalistes canadiens.
La longueur du chemin de fer Pacifique Cunadien, actuellement er voie de construction, sera de 2,850 milles (4,585 kil) de Montréal à Burrard Inlet, son terminus, situé à l'embouchure de la rivière Fraser (Colombie britannique). Actuellement, environ 600 milles (966 kil.) de cette voie ferrée sont déjà en opération.
Le tableau ci-dessous établitque le Canada vient en septième ordre, pour la longueur des chemins ‘de fer en exploitation.
CHEMINS DE FER
Pays.
. Etats-Unis .
Allemagne .
. Grande-Bretagne et Elaide
France
Russie Inde-Anglaise .
Canada .
. Autriche . Jtalie
Hongrie .
Espagne .
Belgique.
Suède . . RE"
Milles exploités,
La moyenne par mille ék transport des voyageurs” sur les chemins de fer canadiens est de un centin sept huitièmes (9% centimes) et celle du transport des marchandises de un centin un huitième (93 centimes) par tonne.
A l'exception d’une garnison d'environ 2,000 hommes entretenus par le gouvernement impérial, à Halifax, il n’y a pas de troupes régulières au Canada. On y entretient cependant des forces volontaires assez considérables, qui, par leur équipement et les exercices auxquels elles sont soumises, sont appelées à remplacer les corps impériaux qui se sont retirés en 1871.
Tout sujet anglais de 18 à 60 ans peut être appelé sous les armes pour la défense du terri-toire, mais dans ce cas là seulement.
Les hommes qui, n'ayant aucune cause d’ex-
emption reconnue par la loi, sont passibles du service militaire, se divisent en quatre classes :
1°—Les hommes non mariés ou veufs sans enfants, de 18 à 30 ans;
2°—Les hommes mariés ou veufs sans enfants, de 30 à 45 ans; |
3°—Les hommes mariés ou veufs avec enfants, de 18 à 45 ans ;
4°—Tous les hommes de 45 à 60 ans.
La milice se divise en deux catégories :
1°—La milice active, qui est de fait l’armée du Canada, se composant des corps réguliers affectés au service des places, de la milice maritime et des compagnies volontaires, donnant collectivement un contingent de 35,000 à 40,000 hommes, officiers et soldats, et se divisant ainsi, le 31 décembre 1881 : cavalerie, 1944—artillerie de campagne, .1440—artillerie de place 2,431—ingénieurs militaires, 224—infanterie 31,043— Batteries A et B,
2°—La réserve, qui comprend tous ceux qui ne font pas partie du service actif, dont l'effectif atteint environ 650,000 hommes.
Le commandant en chef de la milice canadienne est un général de l’armée anglaise assisté d’un état-major permanent canadien.
Le pays est divisé pour les fins militaires en 12
districts militaires, administrés chacun par un sous-adjudant-général qui en a le commandement. Voici comment ces divisions militaires sont réparties dans chacune des provinces : Ontario, 4 ; Québec, 3; Nouvelle-Ecosse, 1; Nouveau-Brunswick, 1; Manitoba, 1; Me du Prince-Edouard 1 ; Colombie Britannique, 1.
Il y a deux corps d'artillerie de place, l’un à Québec et l’autre à Kingston ; à chacun de ceuxci est attachée une école d'artillerie. Le commandant de chacune de ces écoles a la’ direction régimentaire des corps d'artillerie de la province.
Un collège militaire royal pour l'éducation militaire des officiers, dont les cours sont de quatre ans, est établi depuis 1876 à Kingston. Quatre commissions dans l’armée régulière anglaise sont mises au concours parmi les élèves sortant de cette institution.