Petites trilogies. Ornées
Quand je voyage sur l'atlas, près de mon chat qui dort et de mon poêle qui ronfle, je m'achemine naturellement vers le sud, parce que ça descend :
ainsi mon indolence s'accommode des grandes aventures.
Tous les fleuves sont rouges, et noires les rivières. Les coteaux, aux flancs
semés de hachures, portent un chiffre à leur cime. Les bourgs sont ronds, les villes ont une enceinte circulaire, les capitales une double circonférence, et les forteresses semblent des étoiles à quatre branches qui rayonnent vers les points cardinaux leur défensive. Près des cités historiques, il y a deux glaives entrecroisés qui s'étendent à travers la campagne.
On enjambe le pointillé des frontières, on franchit sans peine les méridiens.
Les terres ont des couleurs délicates ; et l'on passe du rose français au jaune d'Espagne, au violet de la Suisse. Mais toutes les mers sont bleues, comme si d'éternels alcyons régnaient sur leur surface.
Je suis, comme un danseur de corde,
la route des navires qui fait une ligne droite sur les flots ; ou sautant la rive de Gibraltar, je me trouve au milieu de l'Afrique et je vois le mot SAHARA écrit en grandes capitales sur le sable vert pâle du désert.
LE PLANISPHERE CELESTE
L'amour une fois pour toutes, établit dans le ciel sa divine géométrie.
Un astronome studieux en a dressé le plan sur la page ; et cela fait deux cercles bleus dont le contour porte les mois et le zodiaque.
Lorsque nous regardons, mon enfant et moi, les mille et mille points blancs
des soleils et le réseau touffu des constellations, nous avons peur de l'infini et nous nous prenons la main sans mot dire.
Quand nous serons morts tous les deux, nous irons ainsi, la main dans la main, marchant à travers les nébuleuses et poussant du pied les étoiles, comme des feuilles mortes dans un parc.