LA PLAGE DE LA CONCORDE
L'aik bleuté de Paris s'accroche à l'obélisque et développe au-dessus de la Place un pavillon d'azur. Tout s'y classe avec intelligence et fine dialectique. L'esprit léger du sol français pénètre la pierre, l'établit joyeusement parmi l'heure chatoyante. Un murmure se joue dans la lumière : tous les bruits se diluent dans cette claire immensité.
L'Olympe siège sous les fontaines qui bouillonnent : des nymphes de Second- Empire font claquer des jets d'eau sur le bronze. Et les Cités, en couronne murale, assises au pourtour, contemplent le spectacle mobile des ondes et des voitures.
Le Roi qui l'a fondée a laissé un manteau de velours et d'hermine déployé sur son étendue.
Mais par là, du côté de la porte triomphale qui s'ouvre sur les couchants pleins de gloire, viennent les dimanches tricolores, clairons et tambours, les victoires de la République.
GRANDPLACE, BRUXELLES
Ils avaient la richesse et la force, ces marchands.
Ils ont rivalisé de zèle et de munificence autour de l'aire civique, affirmant par l'or et la pierre la puissance de leur travail.
Les Brasseurs ont bâti un temple coloré, à la gloire de la bonne bière qui
jaillit des foudres et mousse dans les pots ; un capitaine équestre, au faîte du pignon, marche à la conquête des pays fabuleux où le houblon s'enlace aux gaules triangulaires.
Les Bateliers ont fait une maison qui vogue, et de son toit, une proue de galère qui cingle à travers les nuages.
Ils firent de leurs bâtisses des fantaisies pompeuses : l'or de leurs écus découle sur le grès, barbouille le corps des dieux qui ont des gestes éclatants au milieu de l'architecture.
Et tous, d'un lier vouloir, ont mis en œuvre efforts et sacs d'argent pour élever le haut beffroi où Saint-Michel, en armure vermeille, pourfend la nue et piétine le Démon.
Quand les étendards des métiers exaltent leurs insignes au vent qui fait
bruire la soie, quand les fanfares s'amplifient en frappant les demeures damasquinées, la Place fait un dôme d'or et de faste au-dessus de la fête populaire.