‹ Pétition a l'Assemblée nationaleChapitre 1 sur 18 · Pétition a l'Assemblée nationale · texte numérisé non relu

Pétition a l'Assemblée nationale

jEmILE, cher malheureux Enfant y c^est le désir de dêtre utile qui me donna Vidée de ce Recueil y & dest à toi que je le dédie y quoique tu ne puisses le lire encore.

Fruit d^un himen mal assorti y né ddun père & £une mère que la haine divisait y à peine ta sixième année est finie y & déjà tu comptes six ans de malheurs !

‘ La Nature & la Fortune Savaient com-^ blé de leurs dons : une constitution sainCy une figure agréable y un esprit facile y un bon cœur y un riche patrimoine y tout a disparu.

Et comment y entouré de douleurs ^ de' souffrances y ta santé se serait-elle conservée ? Comment ton esprit pouvait-tl être cultivj dans V abandon & le désordre £un mauvais ménage ? Comment paüyaït

SC former ton ame ^ dans une école de . haine ^ de soupçons ^ de mensonges ^ d^in-^ justices & de violences ? Quels soins y quelles leçons ^ quels exemples sur- tout y pouvais-tu recevoir de deux êtres ennemis F un de Vautre^ sans cesse occupés à se contrarier J à se harceler ? Comment enfin ta Fortune aurait-elle résisté à Vinsou^ ciant accablement de ta mère y aux hon^ teuses dissipations de ton père ? Santé y esprit y vertu y fortune y Emile a tout perdu par les funestes & inévitables effets un 'mariage mal assorti.

Enfant infortuné y dest au milieu de ces\ orages que se passèrent les trois premières années de ta vie. Enf in y la sépa^ ration de corps y cette honte éternelle de T ancienne Jurisprudence Française y vint arracher un esclave à son tir an ; mais ce secours impuissant ne te rendit ni à la vertu ni au bonheur. Depuis trois ans y tu vas voir y par intervalles y. à travers la grille F un triste parloir y ta rnère inno^ ccntC y prisonnière 6* privée de son fils y

BÉDICATOIRE.

tandis que le coupahleyère^j près de qui hi es resté ^ te donne à regret quelques minutes d^un temps y quelques portions dé un argent dissipés dans le jeu ou dans la débauche. ’ ‘

^ Eh bien! le croirâls-tu y cher EMïLp?

cette indissolubilité conjugale qui' f a. tout ravi y des t en ton nom qidon ose la défendre. Cette lot salutaire du Divorce'^ qui ^seule peut ter miner tes maux y dést par égard pour toi qidon voudrait la.

proscrire.^^' ' '

Ah ! si jamais ta sensibilité première st ranime y tu ne comprendras pas qidpn ait voulu y par une pitié apparente pour It fils y faire, une injustice réelle aux parens ; tu ne comprendras pas que Von ait cru leur malheur nécessaire à ton intérêt; & cela fût-il vrai y tu détesterais un avantage si chèrement acheté.

Mais toi-même y un jour y tu peux être uni par des liens insupportables ; ah ! si alors tu ne pouvais réclamer la loi du Divorce y avec quelle amertume tu dirais

à scs adversaires cruels <y pour Vîntéret de mon enfance ^ vous ave:^fait le mal-^ heur de ma vie ; insensés ^ ne saviez-vous pas que les enfans deviennent des hommes.

Détracteurs du Divorce y venez^ voir^ mon Emile : non y en éternisant le sup^ plicc de ses pères ^ v ous. ré aurez p<is même été utile â son enfance. Voyez^hj faible y pâle, mélancolique, ignorant, vicieux', ruiné. Laissez^moi réclamer pour lui le Divorce , qui seul peut sauver les débris de sa santé, de sa raison , de sa fortune, & quand cette loi bienfaisante aura rendu trois êtres au bonheur , à la vertu , la liberté ; convenez CLVCC moi:

Que l’ami du Divorce est l’ami de l’Enfance.

PAR MONTAIGNE, CHARRON, MONTESQUIEU et VOLTAIRE.

Page 1