Pétition de Pierre-Augustin Caron Beaumarchais à la Convention nationale
Quand le législateur Chabot, dans l'Assemblée nationale , et devant beaucoup de ses membres, qui , depuis , ont passé dans cette Convention, me dénonça comme ayant dans mes caves 60 mille fusils cachés , dont la mnnietpalité , dit-il, aveit parfaite cornaissance , il commit un délit public , qui seroit devenu d'une terr.ble conséquence, si l'Assemblée , sur la foi de ce membre et sans preuve, se fût hâtée de me décréter d'accusation, comme vous l avez fart sur la foi du législateur Ucointre y et sans que » on m ait enteiadu. »
Les conséquences , dis-j.e , en eussent été terribles , car j'étais alors a Pans-, et 60 mille fusils supposés dans mes caves, me laisoient plus que soupçonner de trahison contre la France. Le peuple, épouvanté par tous les genres de terreurs, m'aurait massacre sans pitié ; car il n'eut pas douté qu'on ne vous eut fourni les preuves de cette délation atroce, puisque vous aviez
As
prononcé, sur-le -champ , contre moi, le décret d'accusation-.
heureusement vous ne l'avez pas fait alors.
Oui me sauva de cet affreux péril, qu'un mensonge avoit enfante ? Un autre mensonge innocent, à l'instant profère par un membre de l'A^embiée , aussi mal instruit que le législateur Chabot. Je sais ce que c'est, vous dit il : c'est un traite conclu avec le ministère -, il y a treis mois que ces fusi s nous sont livres.
f e fait de cette livraison ctoit tout aussi *faux que 1 autre -, et je me d:i en l'apprenant : u Grand Dieu 1 si toutes nos aifaires sont traitées avec ce désordre , avec cette légèreté, ou es-tu donc, ô pauvre France S La vie du plus pur citoyen lui peut eue arrachée par la fureur, la malveillance, ou seulement la précipitation! Mais si la vie d un homme, et le malheur d une famille, se perdent dans l'immensité des maux qm nous accablent -, quel pays libre , ou même assujetti , peut rester la demeure d'un être raisonnable, quand des crimes pareils s y commettent impunément 1— ce Voilà ce que je dis alors; pourtant je jesuis dans Pans. , A , , .
Sauvé d'un aussi grand danger , je n aurais pas Même relevé la faute du législateur, si plusieurs menteurs littéraires (ce n est v oint littéraires , c'est journaliers que je veux dire ) , n eussent m à 1'mstam \ comme ils fpnt aujourd'hui , dénature le fait, en envenimant bien la délation du législateur Chabot , et taisant au peuple abusé , le correctif qu'un autre y avoit mis , quoiquiise i ut trompé lui-même. .
Déia l'on aveit placardé sur tous les murs de mon jardin , que non-seulement j'avais le* bo mille fusils cachés; mais que c etoit noi seul qui fesaig forger ks poignards dont on uevoit assassiner le peuple Sauvez-vous, disaient mes amis, vou^ypemez a la fin / Moi qui ne me sauve p*mais tant qu'il me re.te «ne défense, je fis afficher dans Pam m* i épouse au législateur Chabot , beaucoup moins grave , en apparence y que le fait ne te comportait ; mais je parlais au peuple; et l'on avoit fait parmi nous un tel abus du style injuriel , qu'il en avait perdu sa torce. je crus donc que U verite, eue la raison, assaisonnée d un peu de douce moquerie , était ce qui convenait ie mieux pour bien classer mon dénonciateur Le peuple lut , e; rit , et lut desabuse; et moi , je fus sauvé encore cette i ois- la.
Mats ceux qui avoi^t mis lèg^Uienr Chabot en œuvre ne rirent point de mon diiême ; ils me gardèrent toutes les horreurs dont ikl se rassasient encore ; et celle-ci n est pas une de* lapins piquantes pour eux ?
Posons maintenant la question.
Ai-je été traître à ma pW? Ai-je cherché a la piller coffimt
ies gens qui U fournissent ou la font fournir? c'est tout
Wh C est ce que je m'apprête à bien éclaircir devant vous l Ô citoyens législateur. ï Car je ne vous fa pas Injure de supposer qu après m'avoir décrété sans m'entendre ; c'est-à-dire qu après avoir mis ma personne en danger , ma famille dans les pleurs, mon crédit en déroute, et mes biens en saisie, sur quatre phrases indigestes d'nn dénonciateur trompé , vous re«
l™77UrS dtnS7;- P~ eSt Ia ^rc
pièce, Elles sont les detenses d'un très bon citoyen, qui ne le
prouveroit pas moins à la face de l'univers , quand vous ne Cècou-
cnZZJ!aS f JC "e PrCSUme P°in£ ' car la :î*&* d'intérêt commun Et, croyez-moi , législateurs! dans l'état où sont nos paires , il n en eu p35 un , parmi vous , dont la tête , aujo,irdhu! garantie , ne pun.se m jour courir l'horrible chance que a sceleiatesse a pose sur la mienne, jugez-moi sans faveur, c'est tout ce que je vous demande.
hoînCmfÛ>H-n UcoinUe* cx3ceIlen£ P^ribte, et point méchant
suri oh , ' ïï™ SinSpÉi0Ute Un P'€U tr°P ^cile â échauffer sur le, objets qui blessent l'intérêt du peuple , trompé lui-même étrangement, vient de tromper la Caution par une si triste
frrnr1' dans,a partie touche, ,7 n'j;:
«fw pàmt qui ne sott une famselè.
Ï™1;" Ie fUd d\ 8 fi™ • »ec de certains acheteurs qui n ay m po.m paye leurs trai.es , furent évincés très-justement ' 1 citoyen Ucnnire , sans même vous apprendre si ces SfZc's Oudu en assignats , argem de France , ou florins de HoUande la première chose cependant qufe„ homme exact eût dû Vous dire , arrive brusquement à moi.
» Beaumarchais vous dit-i! , s'empara de ce marché (7a ■mm lettre , jamau je ne m'en suis emfiaré. ) Il ach «i
«« part * te ffap , charge de ces fusils ; [jamais. ) Mais ils furent arrêtes dans le port de Tervère , M ordre de Prov r, et cemZT Premier acheteur ; t„. ) Et ,Bi n'* pas voulu ,<^«2SéSh A Beaumarchais , l jan.au. ) Celui-ci « rL»»„ son droit ; ( 25 " cependant ,„ ,„ vsisseaux ^ £gj*g
ordre dn gouvernement Hollandais; (>Mis. ) Et , en conséquence . ,oi 5oo mUl i
grand jamais.) indemnité auHl a obtenue ; {jamais; jamais , jamais ; fias ttn mot de vtal à tout cela s> ). , ,
1 „ Lecoîntw lit ensaite la teneur du marche passe entre „ Beaumarchais et Us ministres Ujard et Chambonas- û conclut Và Vannilulathn du marché , et au Décret i accusation contre
''^rte'^^cussion.tG^ Bi^Lt^O * ,. U /agit ici de la vie d'un bon citoyen ! 1 anihilauon du n.ar- » cWé ; et le Déce, d'accusation sont prononces, u • O Citoyens- Léïislateuvs ! ,e viens de copier j mot-a-mot le Monit.ur du Membre, y Car je n a, de public , sur
fes faits, que ce- «.«M* que je cite-, et une ,ot,.e de Gor, " qui tro»««» sa place a'ilenrs, )Je le copie a Und.es , ou desV? «rtaW de l'infamie qui se tramait , m'ont fait acco». ri, de la pour en apprendra k« détails que *m » o-
Stt m'envoyer ep Hollande , où l'on dit que la liberté .les per- Tonnes dJ on veut payer la capture , n'est pas si sure epa en
ATf viens de lire à Londres tout le tissu d'horreurs qu'on m'v a fait passer de France ! mais cet objet est reserve pour le MLoire dont re m'occupe, et qui vous est desune , Legtslateu s, ri nicUemen^bnses par l'un devons, q» la ete luzerne et fl»i rejettera bien , quand il aura 1» mes défenses,. de sure laitîe ercdule instrument de la méchanceté dune horde , que mon devoir est de bien démasquer,
Aujourd'hui j« ne dois répondre qu'an paragraphe du
^Prénant l'article phrase a phrase , je déclare ,.,,,,,„„« ht marché de, personne , relativement aux lustls de Hol L je résistai, par prudence , »u, prière, qu, m e-
«i.„t fa . , de Procurer ce bien à mon pays j et que la certitude cou se que «s fia malle fusils pouvaient bientôt passer dans SŒ nos ennemis, seule éveill, mon inquiétude et mon nltnotisme- que cette inquiétude me ht arrher , sans les aclur r touTc'esVsils , en couvrant les nouveau, -arche, enta-
yuis la révolution , tç>« entier » la chose publique , je n épouse ^çuue factrqçu i
2°, Je déclare que je n'ai point acheté ces armes, à^anqn d% 6 livres ïe fusil. La seule vue, du traité très-civique'^ par 'leq^ôf je suis resté maître de disposer 'des armes en l'ave ùr de ta France , vous montrera ô citoyens ! ou Terreur ,'ou lrhotTèWJ<le -éètu fausse imputation. ' 'r 8 "<•! ; ailq . rraid BMW»
. je aeclare ^ n ai point failpartir deux vaisseaux .du port de la Haye i«. parce qu'il n'y a point de port a fm Haye ' ce qui n est de leur part qu'une ignorance gèogtaphI.q'ueV 2Q , parce que ces fusils ont passé directement des citadelles -de Mdines et JVamur, dans les magasins du vendeur, qui depujs.spntlei-niisnsy à Tervère en Zélande , par charrois , et sur des.balanâres^" çt non kr des vaisseaux à moi. Cette annonce est aussi ridicule,,1 que six i'on vous disait , 'législateurs ! que j'ai fait venir ces fusilsde Versailles à Paris , sur des vaisseaux de la nvVere [àè\ Somme , en passant par Bordeaux. La Zélande est plus près de ''Bruxelles que de ./a , où il ny a point dé port [ comme tout le monde
sait ., excepté ces Messieurs. ' -
4°. Je déclare que jamais ces fusils n'ont été , |« ê/ri arrêtés ?" vaisseaux à moi ( où ils n'ont jamais été , ) ni dans mes magasins,' où ils ont toujours demeuré, par un hoirmé[ Prévins , m par aucun autre homme qui prétendît avoir1 droi^-s-^ ces armes ; car personne n'a droit sur aucune marchandise y ( comme M. LecoinheXe sait ) que- celui qui , Tachetant , la pare \ ct'c'esti ce que j'ai fait moi seul , exclusivement à tous autrés." "
5°. Je déclare que jamais , ni un nommé Provins, ni aucun autre acheteur de ces armes sans les payer y • antérieure m eut à mon i traité < ( car ils" son-t au moins 5 ou 6l; ) tfk dëclkre ; dis-je, qu'aucun n'a été dans le cas de me céder le''dr&vfrt qu'il n'avait pas , sur aucune ' demande que js lui e.n 'ah faite.
Il est aussi trop ridicule" de me faire acheter , à mëi haiit né^ gaciant Franoais , des. armes d'un étranger , à qui je les! ai bieia payées pour me faire jouer cn.su itie , à ia Convention nationale , le stupide rôle du solliciteur ries prétendus dïaits d'un, failli.
Je; déclare.. à mes Juges , et je; le prouverai, qu'après avoir" Joyalement traité, avec ,1c .seul et vrai propriétaire de l'acquisition des fusils , aux conditions ..civiques et honorables : , que M mfïal sou< mWl&Xt citoyens .'- qu'aprèsles avoir bien payées il n est resté d'autres difficultés , sur l'extradition de ces armes du port de Tervere pouT k Hzvre,, que celles., i«. que le gouverment de Hollande , vivement sollicité par celuiMe Bruxelles, ma suscitées, non par haine pour ma personne, mais- <W
tfespoïr clé nuire à notre France , au service de laquelle ils présu. maient que ces armes étaient consacrées.
8». Je vous déclare , et je le prouverai encore , que des difficultés bien plus insurmontables , provenant de Paris , du fond de ces intrignes que l'ou appelle en France les villenies bureaucratiçnnes , n'ont cessé d'arrêter cette importante cargaison d'armes , depuis le 3 Avril, jusqu'au 16 Décembre où j'écris, dans mes magasins ta Zélande , par toutes les voies odieuses que j'expliqu. rar fort au longuet que , plus malveillans que h. Hollande et que l'Autriche , ils ont forgé tous les obstacles qui ont arrêté vos' fusils. Car , de quelque patriotisme qu'un citoyen soit animé pour l'intérêt dé notre France ; sachez législateurs ! que la grande , l'un iqué , et l'irréfragable maxime est, dans ces bureaux-là : Nul ne fournir a rien , Hors nous et nos amis.
Si je ne prouve point toutes ces vérités au gré du lecteur étonné, je consens de bon cœur a perdre les fusils r, et j'en, fais présent à la France . quoiqu'un tel don me conduise à ma ruine.
Je déclare que je nai jamais feint que deux vaisseaux a moi eussent été arrêtés par ordre du gouvernement Hollandais ïque je uai jamais réclamé en consequenee mie indemnité de 5oo mille francs; que je nai jamais obtenu une telle indemnilé '. de sorte
ici la mauvais foi passe toutes les bornes permises. Je déclare au contraire que , loin d'avoir d'argeUt à' la nation \ ce sont les Hauts-Seigneurs du Département de la. Guer- T- , qui , depuis le 5 avril dernier , ont à moi s5o -mille livres très-réelles , desquelles , sans pudeur , malgré vingt paroles données , ils ne m'out pas permis d'user, pour vous faire arriver de Hollande tous ces fusils retenus à Tcrvère.
Car , lorsque le ministre de Graves , à qui je ne reproche rien , «me fit remettre pour 5oo mille francs d'assignats, mais nulle* ment pour une indemnité, lesquels réduits en bons florins de banque , ne me rendirent pas 3oo mille livres ; moi , je lui' déposai , en sûreté de cette somme, pour 7-5o m.lle francs de voe Propres *6ntr*ts , :que je vous ai payés en beaux louis-d'or , sur lesquels- , nulle part, il n'y avait rien à perdre ; et que vous avez garantis de la -natwn à la nation.
Or, mes 25o mille francs réels, au-delà" de ce qu'il fallait pour couvrir leurs 5oo mille francs , dW valeur aussi précaire, *73 Us mV'mbrïàms h&rï mains l Qu'on m 'apprenne donc fWtfpm
les scellés sont chez moi ? La garantie de nos propriétés n'estelle plus qu'un jeu barbare, pour les plier plus sûrement? Fusils livrés , ou non , soit par ma faute , ou par la leur, suisje donc votre débiteur , pour saisir ains tous mes biens ? Ou plutôt , n'est-ce donc pas vous qui êtes le mien dans cette affaire?
Et quand on vous fait faire l'énorme faute de renoncer à de fort bons fusils , qui sont pour vous la chose la plus nécessaire, si l'on croit vous faire punir le citoyen qui vous les dotina ; quand les sages Anglais défendent qu'on vous porte aucunes munitions de guerre , on vous trompe citoyens ! c'est vousmêmes que vous punissez ! Car , en sacrifiant toutes les pênes que neuf mois de regards , des courses , des dépenses , et lau brigandage me causent , ne vaudrait-il pas mieux pour moi , si je cesse un moment d'être un bon citoyen , peur me tenir dans mon état de négociant , d'avoir 60 mille fusiis , que toute l'Europe , et même certaine partie de l'Archipel - Américain , qu'on vient encore de vous aliéner, nie paieraient, en bon or, que de me surcharger d'assignats, lesquels ne poun aient que tomber, sous peu , dans le plus affreux discredit , si l'on continuait à dilapider autour de vous près de 200 millions par mois , comme vous l'avez avoué vous-même. Mais ce ne soin point ces dépenses même qui les discréditeront le plus ; ce sont les fautes impardonnables , si ce n est pis , des gens qui nous gouvernent : mon grand mémoire vous l'expliquera bien (i).
Au reste , citoyens , quand ils ils vous font rejetter ces fusils, dans l'espoir insensé de m'obliger à les leur livrer à vil prix „ pour vous les revendre bien cher ; ce n'est point à dessein d'en priver ma patrie , à qui je les ai destinés , que ie viens de montrer l'nvantage commercial qu'il y auroit à préférer les paierons en or des étrangers , à ceux que vous ne faites qu'avec des assignats : car je vous déclare hautement que je n'en disposerai pour aucune puissance , qu'après que mon pays m'aura bien entendu sur les indignes obuacles qui les ont empêchés ce passer dans ses ports , depuis le teins que je les ai payés.
Quoi qu'il puisse arriver , ils vous aDpaitiendront : car si je ne prouve point que c'est par le fait même de me, accusateurs qne vous ne les avez pas reçus ; je consens à les perdre , es
( I } Vofez le long discours du citoyen Csmbon , dans le Moniteur du ; décembre, qui porte a 468 raillions la seule dépense des trois arrhes «a»s les uois moi,; qui précedruenf, '
à vôtre profit -, j'en signerai rengagemènrV Et si je prouve bien que l'on vous a trompés dans les rapports qu'on vous a faits ; voas êtes trop équitables pour ne pas nie fane justice : ainsi dams tous les cas, les fusils sont à vous. Je poursuis mon rai-, sonuement.
Quoiqu'il en soit , ayant entre vos mains \ à moi , î5o mille francs réels , au-delà du seul argent que j'aye reçu de vous ; n'ètes-vous pas bien à couvert ? Tous les sophismes des médians ne peuvent prévaloir contre ces vérités 1
lis ©Ht eu la soV'sc de vous faire dire par Lecoïnlre , qu'ils m'avaient accordé'5oo mille francs d'indemnité , quand , loin que j'aye nu liard à eux: , ils ont à moi plus de dix mille Louis / Ce mensonge grossier n'eït-il donc pas trop ridicule ?. Et à moins qu'on n'ait espéré de me faire tuer avant tout éclaircissement ,. les trouvez^vous assez suipides ?
Et c'est , • citoyens î sur de pareilles allégations que vous me décrétez ? que votre scelle est chez moi ? que ma famille est dans les larmes ? pendaat que moi , j'étais dehors , et tout entier à vos affaires , sr.r larticle de vos fusils! et j'en aurai de bons garante. Et vous l'avez prononcé , ce décret affligeant , sans avoir 'même soupçonne qu'il étoit prudent de m'entendre ! Suis-je donc à vos yeux la lie des citoyens ? Me croyez-vous un de ces pauvres gens que la terri eur fit émigrer, pour vous emparer aussi de mes biens? Non, cette injustice envers rribi, révolte tous les gens sensés ! Si c'est tout mon bien qu'il îe.ii* faut, pourquoi jouer, à mon égard, la £abîe du I.ovp et de F Agneau ? Rappelous-noui ce mot de Frédéric à un honnie qui lui proposait , ' pour- 200 louis , un manifeste swr h Silésie qu'il prenait. Quand on 'cornincnic à ico mille homme;, lui dit Frédéric en riant , 'on lté donne rail pas un farding d'un prétexte. Ce mot sanctionne toutes les usurpations. Ils sont les plus forts , avec moi ; qu'ils prennent ma fortune , et me laissent mourir en paix î
Maîs -'ie pense pourtant qu'il en est de pareils décrets , comme de ces arrêts du Conseil des parties qu'on obtenait tans preuves , et sur. requête, et saut" l'opposition de celui que Parrêt grevait. Sans cela il faudrait s'enfuir , en. criant avec desespoir : 0 pauvre France ! b pauvre France ! ■ ' "
Dans cette occasion - ci l'on ne sait véritablement ce qu'on doit le plus admirer, de l'ignorance crasse où les vils machinâtes qui font mouvoi-r Lecointre-, sont de la vérité des faits -, ou de la rare audace avec laquelle ils lui font débiter leurs mensonges.
'.O vous ! Lecolntre , qui, par zèle, avez si ardemment dê"* mandé , en Hollande , quelques notions certaines sur tous leSachats qui sV font; que ne ma\ez-vous dit tin mot? C est' moi qui qui vous les eusse* données , tes notions si utiles dont vous êtes curieux ! je vous aurais apr.ri* , confidemraent ; ce que je vais vou> confier en fecc de toute la France : attendez mcn Mémoire : il ne ta&guira pas.
Mais, avant de vous bien montrer quels sont les traîtres à la" patrie , de ceux qui m'accusent , ou do moi , sar l'affaire de ces fusils : je dois mourir, ou nie laver d'une autre grave ' accusatien , de coï)tsbona.a',icc coupable avec LcuU XYI , dont le Moniteur ne dit mot -, niais dont les galettes Hollandaises m'ont instruit avant mon départ I;. 1
Je vous déclare, ô ci:oyens ! que le fait de ces lettres est absolument faux, qu'il na été miaginé que pour jetter sur moi, pendant qu'on dénonçait L-s armes , une telle défaveur , qu'on, pût croire , fans, examen « qu'un aussi grand conspirateur qu'on ssppo3e que je le suis , s'il trahissait la France , sur un point , et3.it bien capable, sau> doute , de la desservir dans un autre 1 Voilà tout le secret de cette nouvelle horreur.
Je demande que mes prétendues lettres soient déposées sur le bureau , paraphées de la main de V honnête homme qui les. présente. Car il faut , citoyens ! qicun des deux y périsse. Ce mensonge est d'une lâcheté dont je ne connais point d'exemule. Certes 1 ce n'est faire ni un bien m un mal, que d'écrire à un roi héréditaire, eu . constitutionnel , même en temps de révolution; l'objet seul de la lettre , ou la façon de la traiter, pourrait former la matière d'un délit, s'il se trou* .voit contraire aux intérêts du peuple.
Mais cette discussion même est ici superflue , car je n'ai point écrit à Louis XVI.
Quoiqu'il en soit, législateurs ! je vous supplie de disuin^ue? racçusation pertée contre moi devant vous pour mes pretciiduef Je 1res écrite à Louis XVI [ si cette accusation existe) de rafla ire
( i } Voyez dans la gazette de la Cour . à la Haye , du premier décembre , la dénonciation des fusils, par Dubois Crance , aux Jacobins ; puis dans cette annonce de même date : «On a ete aussi occupé, hier matin , à mettrs »» le. scelle par-tout dans la maison de Beaumarchais , qui figure aussi pfa mi » iç? grandi conjure? et a eciit plusieur» lettres k\ouië XVI.»
eles fusil* de Hollande , dans laquelle j'entends bien me rendre aecusatenr ; car il est temps que toutes ces scélératesses finissent
Elles sont telles ; et le décret qu'elles ont amené sur ma tête , semble si improbable aux bons esprits Anglais , que l'opinion- qu'ils en ont prise, est que tout eeïa nc»t quun jeu entre les Jacobins et moi , pour avoir un prétexte de demeurer en Angleterre , et d'y troubler la paix dont cet heurew peuple jouit. Tant il leur paraît impossible qu'un homme qui s'est bien montré, depuis qu'on songe à constituer la France ; qui , à travers tant de dangers , est le seul homme aisé qui ait eu le courage de rester à Paris et d'y faire du bien , quand tous les autres s'enfuyaient , éprouve sérieusement cies vexations aussi mutipliées ! Ils ont raison , tous ces penseurs Anglois ; mais c'est qu'ils ne réfléchissent pas que ce n'est point notre nation qui commet toutes ces horreurs ; que le peuple luimême ne connaît pas un mot de ce qu'on lui fait faire; que clans les temps qu'on nomme révolutionnaires, 5 ou 6 mécham réunis , font plus de mal à toute une nation , que di* milie honnêtes-gens ne peuvent lui faire de bien ; et que cuuis les faits qui me touchent , j'ai toujours demeure vainqueur dès que j'ai pu rae faire entendre. Essayons-le encore une fois.
Je vous demande comme une grâce , à citoyens législateurs, la justice de me permettre de choisir parmi vous , mon sévère examinateur -, cela nWt point indifférent à mon succè* dans cette cause. Accordez-moi le citoyen Lec oinire , mon propie dénonciateur ! Nui n'a plus d'intérêt que lui à me reconnaître coupable, si effectivement je le suis; mais il est, diton honnête-homme, et. c'est un grand plaisir pour moi, de ramener ce citoyen , à convenir qu'on l'a trompe. Vous le condamnerez ensuite à mieux y voir une autre fois , pour peine de s'être laissé si cruellement abuser.
Et quant A moi, à qui, sans le savoir, il fait tant d'injure aujourd'hui , je le condamne , pour toute vengeance , à devenir mon avocat, sitôt que lui et d'autres citoyens m'auront entendu dans mes dires.
Bien est~il vrai que je ne puis les garantir de voir M. ■Gouras écrire que jt les ai ions achetés.
Lorsque je les fis condamner en 1789 , lui, Bcrgvse , Kornmann , et toute leur honteuse clique, comme d infâmes calomniateurs , dans l'affaire- de la dame Kotnmann \ { car ce
fier substantif étoît bien dans l'arrêt) il s'écria , dam sa feuille si bien écrite : que j'avois acheté le Parlement de Paris. Il en est si certain , qu'il ne saurait s'en taire ; il le dit enaore aujourd'hui î Mais il y avoit là des hommes qu'on n'acheté point: un Lepelleticr de S. la^geau , qui présidoit la chambre, magistrat pur, et dont vous faites tous le plus grand cas; un Bambrai , avocat-général, homme aussi vertueux qu'éloquent, et beaucoup d'autres que je citerais, si je pouvais me rappeler leur nom.
Ce Gorsas dit encore aujourd'hui que j'ài acheté, le mois £aoàt dernier , le terrible comité de Surveillance de la Mairie ; pour en ebtenir , nous dit-il , une attestation honorable, et pour qu'on me tirât, sans doute, de l'Abbaye, où Ton ne m'avait mis que pour être égorgé avec les autres prisonniers.
Je ne vous en dénoncerai pas moins cette infamie , à voes , Manuel, qui vintes , au nom de la Commune, dont vous étiez le procureur-syndic, me tirer de prison, dans les horreurs du 2 septembre , six heures avant que toutes les voies fussent fermées pour en sortir. C'est à cet acte généreux que je dois d'être encore au monde. Une erreur de votre part, sur mes contributions civiques , avoit élevé un débat public entre nous , qui me kissoit attendre , au plus , une justice rigoureuse : mais vous avez mis de la grâce à la justice qui m'étoit faite , en venant me tirer vous - même de ce séjour d'horreur , où je devois bientôt périr ; en m'v disant avec noblessse : que c" et oit pour me faire oublier le ièbat que nous avions eu. Ce trait de vous m'a pénétré ; je me plais à le publier : vous pouviez avoir à vous plaindre ; vous fûte* juste et généreux. Et ce Gorsas, qu'heureusement pour mor je n'ai jamais envisagé, me déchire et nous dit: que je vous m acheté , vous , la commune de Paris , et son terrible comité , que l'on nommoit de Surveillance , et qui , bien franchement n'était alors que ic désordre.
j'ai donc acheté aussi, dans cette affaire , des fusils les trois' comités si sévères-, Diplomatique , Militaire et des Douze réunis ; lorsqu'en juillet dernier, consultés par les deux minisires Lajard, et Chambonas, sur la conduite qu'ils devaient tenir avec moi , ces trois comités répondirent, après un très -mûr examen : On ne saur oit traiter trop honorablement M. de Beaumarchais , qui donne f en cette affaire , les plus grandes preuves de civisme , et de tur désintéressement. Et je vous dirai , citoyens ! je ferai plus , j'en donnerai la preuve , qu'excepté le ministre ' Dr^atcs et Dumwiez%
«me j'en excepte aussi » [ car il a fait ce qu'il a pu pour nous procurer ces fusils , } aucuns autres, depuis , qui soient restés en place , sinon Lajard et Chombonas , n'ont fait ,. dins cette affaire , leur devoir de Français , et j'ose dire, de citoyens. Les preuves ne nous manqueront pas. Mais M. Gorsas , le feuilliste , vous trançhcra cette question, de Graves , dira-t-il , Dnmouriez ,'Chambonas et Lajard , il est clair que Beaumarchais les a tous achetés comptant.
J'ai sans doute acheté depuis , deux comités plus sévères que les premiers , militaire et des armes réunis , lorsqu'en septembre dernier , outré de ce qui m'arrivait chez le. pouvoir exécutif , je présentai une pétition pressante à iV. semblée nationale , lui demandant en grâce de faire t>.m'v.er très-sévérement , ma conduite dans ï affaire de ces fusils , offrant et ma tète et mes biens , si ma conduite ètoit seulement équivoque, j'en ai donc acheté tous les membres , quand , renvoyé par l'assemblée à ces comités réunis, pour être jugé [sévèrement après m';;voir bien entendu, pièces sur le bureau , pendant près de quatre heures , ils déclarèrent et le signèrent tous , que non-seulement j'étois très-pur dans cette interminable affaire , pour laquelle j'avois fait des efforts d'wn patriotisme incroyable , mais que je mbitais la reconnaissance de la Nation. Cette attestation là m'a du coûter un peu d'argent !
Me voilà bientôt à la fin ; il ne me reste plus qu'à acheter mon dénonciateur Lccnïnlre et la Convention nationale : et c'est à quoi je me prépare. Malgié qu'ils aient saisi mes biens , je puis, encore former cette puissante corruption : deux comités sévères, de l'assemblée nationale , compose* de cinq antres , acheté* en diffèrens temps ! puis la commune , la mairie , leur comité de surveillance, achetés ; puis quatre ou cinq ministres en avril, en juillet dernier , achetés ; puis le parlement de Paris en 1709 , acheté , lequel ne ranimait pas du tout -, ce qui le rendait cher et pesant pour ma bourse ; n'importe, acheté, athcte.Yms enfin , presque tous ics cors de 1a magistrature française , qui ont jtige sévèrement tour, les incidens de ma vie , et ont tous condamne mes lâches adversaires comme vils calomniateurs .{ car ce substantif est par-tout ) acheté,. Si tout cela ne m'a pas ruiné, quel magnifique acheteur je suis î Le lord Cli\e n'y îeroit œuvre .
Mais ma monnoi'e à moi , pour aclie ter' autant de juges, et celle avec laquelle je prétends acheter aussi Lecointre et toute U Convention , sera de bien prouver , les pièces sur table, comme je l'ai déjà fait vingt fois dans vingt tribunaux différeus \ que je suis un homme j us te", pète , bon mari, bçm ami, bon parent, très-.
bon Fi ançais , excellent citoyen , et loyal négociant , fort désintéressé. Lecointre et vous , législateurs ! teile est ma moniuiè corruptrice "pour parvenir à vous l'offrira tous , voici ce que je vous propose :
Tous les gens suspectés de non civisme , on de traîtrise , ou même qui craignent de l'être , frappés d'une juste terreur sur la manière dont beaucoup d'innocens ont été sacrifiés ; car la loi veut qu'on répute innocent l'homme qu'un jugement légal , après avoir entendu lui ou les défenseurs qu'il choisit , n'aura pas déclaré coupables : tous ces citoyens suspectés se sont sauves hors de la France, et je ne puis les en blâmer ; car qui veut braver le péril d'être tué sans être jugé ?
Quanta moi, citoyens ! à qui une vie si troublée est devenue enfin à charge ; moi qui , en vertu de la liberté que j'ai acquise par la révolution , me suis vu près , vingt fois , d'être incendié , lanterné , massacré -, qui ai subi, , en quatre années , quatorze accusations plus absurdes qu'atroces , plus atroces qu'absnrdes ; qui me suis vu tramer dans vos prisons deux fois pour y être égorgé sans aucun jugement ; qui ai reçu, dans ma maison, la visite de 40 mille hommes du peuple souverain dans sa fureur ; et qui n'ai commis d'autre crime que d'avoir un joli jardin. Moi , décrété d'accusation par vous , pour deux faits différens. regardés comme trahitoires ; dans la maison duquel tous vos scellés sont apposés pour la trouième fois de Tannée , sans qu'on ait pu dire pourquoi ; et que Ton va chercher à faire arrêter en Hollande , pour m'egorgci , peut-être , sur la route de France , pendant que je me trouve en sûreté à Londres ; je vous propose , ô citoyens ! de me rendre à l'instant , librement à Paris , et prisonnier sur ma parole , tant que je plaiderai me» causes ; ou bien d'y recevoir la ville psur prisen , on ma maison , si cela convient mieux.
Cette précaution prise , et ma vie assurée , je pars à l'instant pour Paris. J'ai même quelque espoir d'y être encore utile à ma patrie.