‹ Petits châteaux de Bohême; prose et poésieChapitre 17 sur 22 · SO PETITS CHATEAUX · texte numérisé non relu

SO PETITS CHATEAUX

fabio, tombant à ses pieds. — Oh ! madame, qui vous méconnaîtrait maintenant?

Mais cela ne peut être... Vous êtes une déesse véritable, et vous allez vous envoler! Mon Dieu! qu'ai-je à répondre à tant de bontés ? je suis indigne de vous aimer, pour ne vous avoir point d'abord reconnue !

corilla. — Je ne suis donc plus la bouquetière?... Eli bien ! je vous remercie ; j'ai étudié ce soir un nouveau rôle, et vous m'avez donné la réplique admirablement.

fabio. — Et Marcelli?

corilla. — Tenez, n'est-ce pas lui que je vois errer tristement le long de ces berceaux, comme vous faisiez tout à l'heure?

fabio, — Évitons-le, prenons une allée.

corilla. — Il nous a vu, il vient à nous.

FABIO, CORILLA, MARŒLLI.

marcelli. -—Hé! seigneur Fabio, vous avez donc trouvé la bouquetière? Ma foi, vous avez bien fait, et vous êtes plus heureux que moi ce soir.

fabio. — Eh bien! qu'avez-vous donc fait de la '-s'ignora Corilla? vous alliez souper ensemble gaiement.

MABCELLi. — Ma foi, l'on ne comprend rien aux caprices des femmes. Elle s'est dite malade, et je n'ai pu que la reconduire chez elle ; mais demain...

fabio. — Demain ne vaut pas ce soir, seigneur Marcelli.

maucelli. — Voyons donc cette ressemblance tant vantée... Elle n'est pas mal, ma foi!... mais ce n'est rien; pas de distinction, pas de grâce. Allons, faites-vous illusion à votre aise... Moi, je vais penser à la prima donna de San-Carlo, que j'épouserai dans huit jours.

corilla, reprenant son ton naturel — Il faudra réfléchir là-dessus, seigneur Marcelli. Tenez, moi, j'hésite beaucoup à m'engager. J'ai de la fortune, je veux choisir. Pardonnez-moi d'avoir été comédienne en amour comme au théâtre, et de vous avoir mis à l'épreuve tous deux. Maintenant, je vous l'avouerai, je ne sais trop si aucun de vous m'aime, et j'ai besoin de vous connaître davantage. Le seigneur Fabio n'adore en

moi que l'actrice peut-être, et son amour a besoin de la distance et de la rampe allumée; et vous, seigneur Marcelli. vous nie paraissez vous aimer avant tout le monde, et vous émouvoir difficilement dans l'occasion. Vous êtes trop mondain, et lui trop poète. Et maintenant, veuillez tous deux m'accompagner. Chacun de vous avait gagé de souper avec moi : j'en avais lait la promesse à chacun de vous ; nous souperons tous ensemble; Mazetto nous servira.

mazetto, paraissant et s' adressant au public. — Sur quoi, messieurs, vous voyez que cette aventure scabreuse va se terminer le plus moralement du monde. Excusez les fautes de Fauteur.

TROISIÈME GHATEAC

Château de cartes, château de Bohème, château en Espagne, — telles sont les premières stations à parcourir pour tout poëte. Comme ce fameux roi dont Charles Nodier a raconté l'histoire , nous en possédons au moins sept de ceux-là pendant le cours de notre vie errante, — et peu d'entre nous arrivent à ce fameux château de briques et

de pierre, rêvé dans la jeunesse, — d'où quelque belle aux longs cheveux nous sourit amoureusement à la seule fenêtre ouverte, tandis que les vitrages treillisés reflètent les splendeurs du soir.

En attendant, je crois bien que j'ai passé une fois par le château du diable. Ma cydalise, à moi, perdue, à jamais perdue!... Une longue histoire, qui s'est dénouée dans un pays du nord, — et qui ressemble à tant d'autres! Je ne veux ici que donner le motif des vers suivants, conçus dans la fièvre et dans l'insomnie. Cela commence par le désespoir et cela finit par la résignation.

Puis, revient un souffle épuré de la première jeunesse, et quelques fleurs poétiques s'cntr'ouvrent encore, dans la forme de Fodeîette aimée. — sur le rhythme sautillant d'un orchestre d'opéra.

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