‹ Petits chefs-d'œuvre de J.-J. RousseauChapitre 27 sur 116 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Je yeux chercher si , dans Tordre civil , il peut y avoir quelque règle d'administration légitime et sûre , en prenant les hommes tels qu'ils sont, et les lois telles qu'elles peuvent être. Je tâcherai d'allier toujours dans cette recherche ce que le droit permet avec ce que l'intérêt prescrit, afin que la justice et Tulilité ne se trouvent point divisées.

* Hootesqniea n'a parlé que des lois posiUves ; il a laissé son bel édi* fice imparfait i mais.il fallait aller à la source même des lois , remonter à cette première convention expresse ou tacite qui lie toutes les sociétés . Le Contrat tociai a paru; c*est le portique du temple et le premier chapitre de VBtprii dei lois. C'est de l'auteur qu*on peut dire véritablement : l^e genre humain avait perdu ses titres ; Jean- Jacques les a retrouves. ( Note de iîr/zani.)

Rousseau a présenté la substance de son Contrat social dans le livre V (le son Emile, lorsqu'il est question de le faire voyager; il en donna aussi une analyse plus courte dans ses Lettres de la montagne {lell. Yl.) (Éd.)

l62 BD CONTBAT SOCIAL.

J'entre eo matière sans prouver Timportance de mon sujet. On me demandera si je suis prince ou législateur pour écrire sur la politique. Je réponds que non, et que c'est pour cela que j'écris sur la politique. Si j'étais prince ou législateur , je ne perdrais pa» mon temps à dire ce qu'il faut faire ; je le ferais , ou je me tairais.

Né citoyen d'un État libre , et membre du souverain, quelque faible influence que puisse avoir ma voix dans les affaires publiques, le droit d'y voter suffit pour m'imposer le devoir de m'en instruire : heureux, toutes les fois que je médite sur les gouvernements , de trouver toujours dans mes redierches de nouvelles raisons d'aimer celui de mon pays !

CHAPITHE PREMIER.

Si^et de ce premier livre.

L'homme est né libre , et partout il est dans les fers. Tel st cn>it le maître des autres, qui ne laisse pas d'être plus esclave qu'eux. Comment ce changement s'est-il fait? Je l'ignore. Qu'est-ce qui peut le rendre légitime? Je crois pouvoir résoudre cette question.

Si je ne considérais que la force , et l'effet qui eu dérive , je dirais : Tant qu'un peuple est contraint d'obéir et qu'il obéit , il fait bien ; sitôt qu'il peut secouer le joug et qu'il le secoue , il fait encore mieux : car, recouvrant sa liberté par le même droit qui la lui a ravie , ou il est fondé à la reprendre , ou l'on ne l'était point à la lui ôter. Mais l'ordre social est un droit sacré, qui sert de base à tous les autres. Cependant ce droit ne vient point de la nature ; il est donc fondé sur des conventions. Il s'agit de savoir quelles sont ces conventions. Avant d'en venir là, je dois établir ce que je viens d'avancer.

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