CHANT QUATRIÈME
saient point leurs clameurs. Quoi ! s'écriaient-ils avec véhénoence , des filles d'Israël seront-elles asservies et traitées en esclaves sous les yeux du Seigneur? Benjamin nous sera-t-il comme le Moabite et riduméen? Où est la liberté du peuple de Dieu ? Partagée entre la justice et la pitié , l'assemblée prononce enfin que les captives seront remises en liberté et décideront elles-mêmes de leur sort. Les ravisseurs , forcés de céder à ce jugement , les relâchent à regret , et tâchent de substituer à la force des moyens plus puissants sur leurs jeunes cœurs. Aussitôt elles s'échappent et fuient toutes ensemble; ils les suivent, leur tendent les bras, et leur crient : Filles de Silo , serez-vous plus heureuses avec d'autres ? Les restes de Benjamin sont-ils indignes de vous fléchir ? Mais plusieurs d'entre elles, déjà liées par des attachements secrets, palpitaient d'aise d'échapper à leurs ravisseurs. Axa, la tendre Axa parmi les autres , en s'élançant dans les bras de sa mère qu'elle voit accourir , jette furtivement les yeux sur le jeune Elmacin auquel elle était promise, et qui venait, plein de douleur et de rage, la dégager au prix de son sang. Elmacin la revoit , tend les bras , s'écrie, et ne peut parler; la course et l'émotion l'ont mis hors d'haleine. Le Benjamite aperçoit ce transport, ce coup d'œil; il devine tout , il gémit ; et , prêt à se retirer, il voit arriver le père d'Axa.
C'était le même vieillard auteur du conseil donné aux Benjamites. Il avait choisi lui-même Elmacin pour son gendre ; mais sa probité l'avait empêché d'avertir sa fille du risque auquel il exposait celles d'autrui.
Il arrive ; et la prenant par la main : Axa, lui dit-il , tu connais mon cœur : j'aime Elmacin ; il eût été la consolation de mes vieux jours ; mais le salut de ton peuple et l'honneur de ton père doivent l'emporter sur lui. Fais ton devoir, ma fille, et sauve-moi de l'opprobre parmi mes frères; car j'ai conseillé tout ce qui s'est fait. Axa baisse la tête , et soupire sans répondre ; mais enfin levant les yeux , elle rencontre ceux de son vénérable père. Ils ont plus dit que sa bouche. Elle prend son parti. Sa voix faible et tremblante prononce à peine, dans un faible et dernier adieu, le nom d'Elmacin qu'elle n'ose regarder; et, se retournant à l'instant demi-ndorte , elle tombe dans les bras du Benjamite.
Un bruit s'excite dans l'assemblée. Mais Elmacin s'avance et
LE LÉVITE d'ÉPHRAÏM.
fait signe de la main. Puis, élevant la voix ; Écoute , 6 Axa, lui dit-il , mon vœu solennel ! Puisque je ne puis être à toi, je ne serai jamais à nulle autre : le seul souvenir de nos jeunes ans , que l'innocence et Famour ont embellis, me suffit. Jamais le fer n'a passé sur ma tète , jamais le vin n'a mouillé mes lèvres ; mon corps est aussi pur que mon cœur : prêtres du Dieu vivant , je me voue à son service ; recevez le Nazaréen du Seigneur.
Aussitôt , comme par une inspiration subite , toutes les filles , entraînées par l'exemple d'Axa, imitent son sacrifice , et, renonçant à leurs premières amours , se livrent aux Benjamites qui les suivaient. A ce touchant aspect il s'élève un cri de joie au milieu du peuple : Vierges d'Éphraïm , par vous Benjamin va renaître. Béni soit le Dieu de nos pères ! il est encore des vertus en îsraêl .