LIVRE PREMIER
Je veux chercher si , dans l'ordre civil , il peut y avoir quelque règle d'administration légitime et sûre , en prenant les hommes tels qu'ils sont , et les lois telles qu'elles peuvent être. Je lâcherai d'allier toujours dans cette recherche ce que le droit permet avec ce que l'intérêt prescrit , afin que Ja justice et l'utilité ne se trouvent point divisées.
* Montesquieu n'a parlé que des lois positives ; il a laissé son bel édifice imparfait : mais il fallait aller à la source même des lois , remonter à cette première convenUon expresse ou tacite qui lie toutes les sociétés . Le Contrat social a paru ; c'est le portique du temple et le premier chapitre de l'Esprit des lois. C'est de l'auteur qu'on peut dire véritablement : Le genre humain avait perdu ses titres; Jean- Jacques les a retrouvés. (Note de Brizard.)
Rousseau a présenté la substance de son Contrat social dans le livre V de son Émile, lorsqu'il est question de le faire voyager ; il en donna aussi une analyse plus courte dans ses Lettres de la montagne (lett. VI) . (Éd. )
DU CONTRAT SOCIAL
J'entre en matière sans prouver Timportance de mon sujet. On me demandera si je suis prince ou législateur pour écrire sur la politique. Je réponds que non, et que c'est pour cela que j'écris sur la politique. Si j'étais prince ou législateur, je ne perdrais pas mon temps à dire ce qu'il faut faire ; je le ferais , ou je me tairais.
Né citoyen d'un État libre , et membre du souverain , quelque faible influence que puisse avoir ma voix dans les affaires publiques, le droit d'y voter suffit pour m'imposer le devoir de m'en instruire : heureux, toutes les fois que je médite sur les gouvernements , de trouver toujours dans mes recherches de nouvelles raisons d'aimer celui de mon pays !