‹ Petits chefs-d'œuvreChapitre 27 sur 130 · LIVRE I, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IX

droit àTappélit, l'homme, qui jusque-là n'avait regardé que luimême , se voit forcé d'agir sur d'autres principes , et de consulter sa raison avant d'écouter ses penchants. Quoiqu'il se prive dans cet état de plusieurs avantages qu'il tient de la nature , il en regagne de si grands, ses facultés s'exercent et se développent, ses idées s'étendent , ses sentiments s'ennoblissent , son âme tout entière s'élève à tel point, que si les abus de cette nouvelle condition ne le dégradaient souvent au-dessous de celle dont il est sorti , il devrait bénir sans cesse l'instant heureux qui l'en arracha pour jamais , et qui, d'un animal stupide et borné, fit un être intelligent et un homme.

Réduisons toute cette balance à des termes faciles à comparer. Ce que l'homme perd par le contrat social , c'est sa liberté naturelle, et un droit illimité à tout ce qu'il tente et qu'il peut atteindre : ce qu'il gagne, c'est la liberté civile et la propriété do tout ce qu'il possède. Pour ne pas se tromper dans ces compensations, il faut bien distinguer la liberté naturelle , qui n'a pour bornes que les forces de l'individu , de la liberté civile, qui est limitée par la volonté générale ; et la possession , qui n'est que l'effet de la force ou le droit du premier occupant , de la propriété, qui ne peut être fondée que sur un titre positif.

On pourrait, sur ce qui précède , ajouter à l'acquit de l'état civil la liberté morale, qui seule rend l'homme vraiment maître de lui i car l'impulsion du seul appétit est esclavage, et l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté. Mais je n'en ai déjà que trop dit sur cet article, et le sens philosophique du mot liberté n'est pas ici de mon sujet.

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