LIVRE IV, CHAPITRE VII
ment, fut contraint de passer ce pouvoir dans un point capital, et que, si les premiers transports de joie firent approuver sa conduite, ce fut avec justice que, dans la suite, on lui demanda compte du sang des citoyens versé contre les lois , reproche qu'on n'eût pu f^ire à un dictateur. Mais l'éloquence du consul entraîna tout; et lui-même, quoique Romain, aimant mieux sa gloire que sa patrie , ne cherchait pas tant le moyen le plus légitime et le plus sûr de sauver l'État , que celui d'avoir tout l'honneur de cette affaire». Aussi fut-il honoré justement comme libérateur de Rome , et justement puni comme infracteur des lois. Quelque brillant qu'ait été son rappel, il est certain que ce fut une grâce.
Au reste, de quelque manière que cette importante commission soit conférée , il importe d'en fixer la durée à un terme très-court, qui jamais ne puisse être prolongé. Dans les crises qui la font établir, l'État est bientôt détruit ou sauvé; et, passé le besoin pressant, la dictature devient tyrannique ou vaine. A Rome , les dictateurs ne l'étant que pour six mois , la plupart abdiquèrent avant ce terme. Si le terme eût été plus long, peut-être eussent-ils été tentés de le prolonger encore , comme firent les décemvirs celui d'une année. Le dictateur n'avait que le ^temps de pourvoir au besoin qui l'avait fait élire; il n'avait pas celui de songer à d'autres projets.