CHAPITRE XV
DEVOIRS ENVERS SOI-MÊME
On distingue généralement les devoirs envers soimême en deux classes: devoirs envers le corps, devoirs envers rame.
Considéré comme animal, l'homme est lié à un corps, et cette union de l'âme et du corps est ce que Ton ap-
(l)Loi (lu 2 juillet 1850, dite Loi-Grammont : « Saront punis a une amende de 5 à 15 francs, et pourront l'être de 1 à 5 jours de prison, ceux qui auront exercé publiquement et abusivement des
pelle la \Ttt. De là un premier devoir, que Ton peut considérer conimc le devoir fondamental, et la base de tous les autres, à savoir le devoir de conservation. Il est évident, en effet, que raccomplissement de tous nos autres devoirs suppose préalablement celui-là.
Avant d'être un devoir , la conservation est pour l'homme un instinct , et même un instinct si énergique et si universel qu'il semble avoir bien peu besoin d'être transformé en devoir ; au point même que Thomme doit plutôt combattre en lui la tendance lâche qui lui fait aimer la vie, que celle qui le porterait à la mort. Cependant il arrive encore, malheureusement trop souvent, que les hommes, égarés par le désespoir , arrivent à se croire le droit de s'affranchir de la vie : c'est ce qu'on appelle le suicide. Il est donc très-important, en morale,
mauvais traitements envers les animaux domestiques. — La peine de prison sera toujours applicable au cas de récidive. »
Une société s'est formée, la Société protectrice des animaux, pour venir en aide à la loi.
Voici les principaux articles de ses statuts : « La société a pour but d'améliorer, par tous les moyens qui sont en son pouvoir, le sort des animaux, conformément à la loi du 2 .juillet 1850. — La Société décerne des récompenses aux propagateurs de son œuvre et aux inventeurs d'appareils propres à soulager les animaux; — Aux agents de la force publique signalés par leurs chefs comme ayant fait respecter les lois et règlements qui répriment les actes de cruauté et les mauvais traitements envers les animaux ; — aux agents de l'agriculture, bergers, serviteurs de ferme, fermiers, conducteurs d'animaux; —aux cochers, garçons bouchers, maréchaux ferrants, enfin à toute personne ayant fait preuve à un haut degré, par de bons traitements, des soins intelligents et soutenus de compassion envers les animaux. » (Voir, dans le dernier bulletin de la Société, juin 1868, les résultats utiles obtenus par cette intéressante société).
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de combattre ce funeste préjugé , et d'apprendre aux hommes que, lorsque la vie cesse d'être un plaisir, elle reste encore une obligation morale à laquelle ils ne peuvent se soustraire.
Le suicide peut être condamné à trois points de vue différents :
!• Le suicide est une transgression de notre devoir envers les autres hommes (en tant que l'on peut toujours, si misérable qu'on soit, rendre quelque service à autrui).
2" Le suicide est contraire à nos devoirs envers Dieu, [en ce sens que l'homme abandonne par là, sans en avoir été relevé, le poste qui lui a été confié dans le monde).
^ 3* Enfin , le suicide est une violation du devoir de l'homme envers soi-même ; et, toutes autres considéralions mises à part, l'homme doit se conserver, par cela seul qu'il est une personne morale , et qu'il n'a pas plus de droits sur lui-même que sur autrui.
Mais, dit-on, la Aie est pleine de misères, et, dans certains cas, le mal est sans aucune compensation. — Il ne s'agit pas de savoir si la vie est agréable ou douloureuse : ce serait une question, si le plaisir était le but de la vie ; mais si ce but est le devoir, il n'y a pas de circonstances, si douloureuses qu'elles soient, qui ne laissent subsister la possibilité d'accomplir un devoir.
^ C'est un sophisme , dit-on , d'appeler le suicide une lâcheté ; car il faut beaucoup de courage pour s'ôter la vie. — On ne conteste pas qu'il n'y ait un certain courage physique à s'ôter la vie ; mais il y aurait un plus grand courage, un courais moral, à braver la douleur, la pauvreté, l'esclavage: le suicide est donc au moins
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une lâcheté relative. Peu importe d'ailleurs que le suicide soit un acte courageux ou lâche ; ce qui est certain, c'est qu'il no peut être permis à Thomme de détruire en lui-même l'agent soumis à la loi du devoir, sans nier implicitement cette loi du devoir et tout ce qui y est contenu.
Admettre la légitimité du suicide, c'est admettre que l'homme s'appartient à lui-même connue une chose appartient à son maître. Or, l'homme n'est pas une chose^ il ne peut jamais être traité comme tel, ni par autrui ni par lui-même.
Il ne faut pas confondre avec le suicide la mort volontaire, c'est-à-dire la mort bravée et même recherchée pour le bien de l'humanité, de la famille, de la patrie ,' de la vérité. Par exemple, Eustache de Saint-Pierre et ses compagnons, Curtius, d'Assas, ont volontairement cherché ou accepté la mort, pouvant l'éviter. Sont-ce là des suicides? Si l'on poussait jusque-là, il faudrait aller jusqu'à supprimer le dévouement. Car le comble du dévouement est précisément de braver la mort ; et il faudrait condamner celui qui s'expose même à un simple péril, puisqu'il n'a aucune assurance qne le péril ne soil pas un acheminement à la mort. Mais il est évident que le suicide condamné est celui qui a pour cause, soil l'égoïsme, soit la crainte, soit un faux honneur. Aller plus loin, ce serait sacrifier d'autres devoirs plus importants, et couvrir l'égoïsme lui-même de l'apparence et du prestige de la vertu.
Une des conséquences évidentes du devoir de conservation, c'est qu'il faut éviter les mutilations volontaires. Par exemple, ceux qui se mutilent pour éviter le service
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militaire manquent d'abord au devoir envers leur pays , mais ils manquent aussi à un devoir envers eux-mêmes. Car, le corps étant l'instrument de l'âme, il est interdit d'en supprimer une partie sans nécessité. C'est là ud suicide partiel.
De là encore le devoir de ne pas nuire volontairement et inutilement à sa santé. Seulement, c'est là un devoir qu'il ne faut pas entendre à la rigueur. Autrement, il deviendrait une préoccupation étroite et égoïste, qui ne serait pas digne de l'homme. On doit choisir et observer régulièrement le régime qui paraît, soit par l'expérience générale, soit par notre expérience personnelle, le plus conforme à la conservation de la santé ; mais, ce principe une fois établi, des précautions trop minutieuses et trop circonspectes abaissent l'homme et lui donnent au moins un certain cachet de ridicule qu'il doit éviter. L'on ne prendra donc pas pour modèle l'Italien Cornaro, qui avait des balances à son repas pour mesurer ses alilueiits et ses boissons, quoique ce régime, dit-on, l'ait conservé jusqu'à cent ans.
Mais si une préoccupation trop minutieuse des soins lie la santé ne doit pas être recommandée, cependant on lie saurait trop s'imposer l'obligation, dans la mesure du possible, de suivre un régime sage et modéré, aussi favorable à l'esprit qu'au corps. Sous ce rapport, l'hygiène est une partie non méprisable de la morale.
Eviter les longues veilles, les repas trop prolongés ou les boissons excitantes, distribuer régulièrement sa journée, se lever matin, se couvrir modérément, tels sont les conseils que donne la sagesse ; ce qui n'exclut pas cependant la liberté de faire fléchir ces règles devant de plus
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