DEVOIRS DES MAITRES ET DES DOMESTIQUES
Une des fonctions les plus importantes de l'administration intérieure, c'est le gouvernement des domestiques. Elle se compose de deux choses : le choix et la direction.
Mais il ne sert de rien de bien choisir et de bien ren~ contrer, si l'on ignore l'art de diriger et de gouverner. Le
maître de maison doit sans doute avoir toujours Toeil ouvert, mais il doit savoir aussi qu'aucune créature n'apprend à bien faire, si on ne la laisse agir avec une certaine liberté. Surveillance et confiance^ tels senties deux principes d'un sage gouvernement domestique. Sans la première, on est trompé ; sans la seconde, on se trompe soi-même en privant le serviteur du ressort le plus énergique de la volonté liumaine : la responsabilité et l'honneur.
En outre, le maître doit éviter d'être violent et brutal envers les domestiques. Il doit exiger tout ce qui est juste, sans pousser cependant ses exigences jusqu'à la persécution. Beaucoup de personnes se privent de bons domestiques, parce qu'ils ne savent supporter avec patience des défauts inévitables, inliérents à la nature humaine.
En revanche, le domestique doit au maître : 1° Une honnêteté inviolable. Comme ce sont eux en définitive qui traitent au dehors et font la dépense, le trésor de la famille est entre leurs mains. Plus on est obligé de se confier à eux, plus il est de leur honneur de s'interdire la plus légère infidélité. 2" Ils doivent l'obéissance et l'exactitude dans les choses qui sont de leur service. 3* Autant que possible, ils doivent s'attacher à la maison où ils servent ; plus ils y restent, plus ils sont considérés comme faisant partie de la famille ; plus ils y obtiennent les égards et l'affection que l'on doit à l'âge et à la ^délité.
DEVOIRS ENVERS LES HOMMES
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CnAPITRE XXVU
DEVOIRS ENVERS LES HOxMiMES
Toutes les règles des actions humaines par rapport aux autres hommes, peuvent se ramener à ces deux préceptes : 1° faire du bien aux hommes ; 2" ne pas leur faire
de mal.
Ce qui se ramène à ces deux belles maximes de l'Évangile : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fît à toi-même \y> — « Fais à autrui ce que tu voudrais qu'on te fît à toi-même. »
Voici les différents degrés de cette double obligation :
l*» Ne pas rendre le mal pour le bien (éviter Viîigra-
titude) ;
2° Ne pas faire du mal à ceux qui ne nous en ont pas fait (éviter Vinjustice et la cruauté) ;
3° Ne pas rendre le mal pour le mal (éviter la ven-
geancé) ;
4*^ Rendre le bien pour le bien (pratiquer la reconnaissance) ;
5^ Faire du bien à ceux qui ne nous en ont pas fait*
(pratiquer la charité) ;
6" Rendre le bien pour le mal {pardon des offenses).
On peut encore distinguer nos devoirs envers nos semblables, d'après les différentes espèces de biens ou de maux que nous pourrons leur faire.
PETITS él::ments de morale.
DEVOIRS ENVERS LES HOMMES
r Devoirs relatifs à la vie des autres hommes. Suivant les deux maximes citées plus haut, ces devoirs sont de deux sortes: 1* ne pas attenter à la vie d'autrui; 2° faire ses efforts pour sauver la vie d'autnii. Tout attentat à la vie d'autrui s'appelle homicide. S'il est accompagné de perfidie ou de trahison, c'est Vassassinat. Le meurtre des parents parles enfants est npi^cié parricide; des enfants par les parents (surtout à l'âge le plus tendre), infanticide ; des frères les uns par les autres, fratricide. Tous ces crimes sont les plus odieux et les plus repoussants pour le cœur humain. Le meurtre n'est jamais permis, même pour le plus grand intérêt et pour le plus grand bien. Ainsi, c'était une erreur des anciens de croire que le meurtre du tyran ou tyrannicide était nonseulement légitime, mais honorable et beau. Cependant il faut accepter le cas de légitime défense ; car il ne peut nous être interdit de nous défendre contre celui qui veut nous ôter la vie.
Si la plus criminelle des actions est d'ôter la vie à son semblable, l'action au contraire qui consiste à sauver la vie d'autrui, et surtout à donner sa vie pour autrui, est la plus belle de toutes. « Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. »
A ce devoir fondamental de ne pas attenter à la vie des autres hommes, se rattache, comme corollaire, le devoir de ne pas porter atteinte à leur corps par des coups ou des blessures, à leur santé par des violences dangereuses; et réciproquement le devoir de les soigner dans leurs maladies.
2" Devoirs relatifs aux biens. Nous avons vu plus haut que l'homme ne peut conserver sa vie et la rendre heu-
reuse et commode, sans un certain nombre d'objets matériels, que l'on appelle les biens extérieurs. La possession légitime de ces biens est ce que l'on appelle la propriété. Le droit de propriété repose d'un côté sur l'utilité sociale, et de l'autre sur le travail humain. D'une part, la société ne peut subsister sans un certain ordre qui fixe à chacun le sien ; de l'autre, il est légitime que chacun soit propriétaire de ce qu'il a gagné par son travail ; le droit de posséder entraîne après lui le droit d'épargner, et par conséquent le droit de former un capital, et en outre le droit d'utiliser ce capital, en lui faisant porter intérêt. En outre, le droit de conserver implique le droit de transmettre : de là, la légitimité de Vhéritage.
La propriété une fois fondée sur le droit, c'est pour nous un devoir de ne pas attenter au droit. L'acte de prendre à autrui ce qui lui appartient est ce qu'on appelle le vol Le vol est absolument interdit par la loi morale, de quelque nom qu'il se couvre et de quelque prestige qu'il s'enveloppe : « Vous ne déroberez point. » Le vol ne consiste pas seulement à mettre la main dans la poche de son voisin ; il consiste dans toutes les manières possibles de s'approprier le bien d'autrui. Par exemple, fraudcf sur la qualité de la chose vendue, se livrer à un agiotage illégitime, employer pour son usage un dépôt confié à ses soins; emprunter sans savoir si l'on peut payer, et, après avoir emprunté, méconnaître sa dette, ou refuser de s'acquitter ; ce sont autant de manières de s'approprier le bien d'autrui, autant de formes diverses du vol.
Au devoir relatif aux biens d'autrui se rattachent, comme corollaire., les devoirs relatifs à l'observation
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des conventions ou contrats ; la transmission des biens dans la société ne se faisant pas toujours de la main à la main, mais par voie de promesses et d'écrits, manquer à sa promesse, frauder sur le sens des conventions jurées, c'est d'une part s'approprier le bien d'autrui, et de l'autre mentir et tromper : c'est donc manquer à un double devoir.
Il ne suffit pas de ne pas prendre ce qui appartient à autrui. Il faut encore, autant qu'on le peut, aider autrui de ses propres biens, à le soulager dans sa misère. C'est ce qu'on appelle la bienfaisance, laquelle peut s'exercer de plusieurs manières, soit par le 6?on, soit par \epret. Elle peut s'exercer encore soit en nature, c'est-à-dire en donnant les objets nécessaires à la subsistance ou à l'entretien ; soit en ai-gent, c'est-à-dire en donnant les moyens de se les procurer ; soit en travail, ce qui est le meilleur de tous les dons ; car, en soulageant les autres, on leur donne en même temps les moyens de se suffire à euxmêmes.
3" Devoirs relatifs à la famille d'autrui. Nous avons vu plus haut quels sont les devoirs de l'homme dans sa famille ; il nous reste à dire quelques mots sur les devoirs envers la famille d'autrui. On peut manquer à ces devoirs, soit en portant atteinte au lien conjugal, ce qui est Yadidtère; soit en enlevant aux autres leurs enfants, ce qui est le rapt; soit en les dépravant par 'le mauvais conseils ou de mauvais exemples, ce qui est la corruption.
4*» Devoirs relatifs à Yhonneur d'autrui. On peut manquer à ces devoirs soit en disant en face à un homme (qui ne le mérite pas) des choses blessantes et gros-
sières : ce sont les injures; soit en disant du mal des autres; et ici, l'on distingue deux degrés : si le mal que l'on dit est vrai, c'est la médisance; si le mal que Ton dit est faux et inventé, c'est la calomnie. En général, il ne faut pas préjuger trop facilement le mal chez les autres hommes; ce genre de défaut est ce que l'on appelle les jugements téméraires.
C'est un devoir de rendre justice à chacun, même à ses ennemis, et de dire du bien, quand ils en méritent, môme de ceux qui disent du mal de nous. C'est un devoir d'avoir en général pour les hommes une disposition bienveillante^ pourvu que cela n'aille pas jusqu'à la complaisance pour le mal. Dans les rapports avec le prochain, l'usage du monde, pour éviter les querelles et les injures, a introduit ce que l'on appelle la politesse, qui pour être une vertu mondaine , n'en est pas moins une vertu nécessaire à l'ordre de k société.
5" Devoirs relatifs à V amitié. Tous les devoirs précédents sont les mêmes envers tous les hommes. Il y en a d'autres de particuliers envers certains hommes, envers ceux, par exemple, auxquels nous attachent, soit la sympathie de caractère, soit l'uniformité des occupations, soit une éducation commune, etc., c'est ce qu'on appelle \&&amis. Les devoirs relatifs à l'amitié sont : 1" de bien choisir ses amis, de les choisir honnêtes, éclairés, afin de trouver dans leur société des encouragements au bien. Rien de plus dangereux que les amis de plaisir, ou les amis intéressés, unis par les vices et les passions, au lieu de s*unir par la sagesse et la vertu ; 2" une fois les amis choisis, le devoir réciproque est la fidélité. Ils doivent se traiter avec une parfaite égalité^ avec confiance. Ils se
doivent le secret^ lorsque l'un a confié à Taulre ses intérêts les plus chers ; le dévouement^ si Tun a besoin des secours de Tautre. Enfin, ils doivent d'une manière plus stricte et plus rigoureuse, ce que Ton doit en général aux autres hommes; et les fautes ou crimes envers Thu- .manité en général prennent un caractère plus odieui envers des amis.