PRÉFACE EN CINQ POINTS
Le goût «des anecdotes et des bons mots ne saurait se perdre : il y aura toujours des Français en France, du moins je Tespère.
Cependant les recueils d'anecdotes ne sont plus à la mode. Cela est fâcheux. Et c'est sans doute pour cela que Ton n'en publie plus. Je tâche à porter remède à cet état de chose : j'écoute et j'écris ce que j'entends. Cela distraira peut-être quelques curieux.
Est-il bardeau, mulet, viédaze, aliboron Qui voulut en tel lieu risquer un paturon?
disait Laurent Tailhade^ parlant de certaines dames, « d'ans et d'honneur chargées », qui n'hésitent point à demander à des jeunes gens aimables et peu fortutunés, des plaisirs qu'elles ne sauraiety; avoir que par ce commerce, que j^oserai, m'inspirant des plaisanteries chères à mon ami Henry Maugis, qualifier de blfuâtre et poissonneux.
lO PETITS MÉMOIRES
Il en est des anecdotes comme des vieilles dames; elles ont un mauvais renom en un temps où tout le monde tâche à garder des dehors graves. Nous vivons parmi des sots qui craignent l'esprit plus que l'eau froide : on juge mal les amateurs de bons mots. « Cest un garçon qui manque de sérieux, dit-on. » Et cela suffit : il ne sera ni sous-préfet^ ni commandeur du mérite agricole.
J'ai rédigé ces anecdotes pour contrister la classe de mammifères que Ton nomme vulgairement « bourgeois ». Je ne prétends pas à plus ; puisse- je encourir les foudres de M. Gaston Deschamps !
De-ci, de-là, l'abeille vole, et fait son miel de toutes les fleurs qu'elle rencontre. Pour ma part,, je contemple mes contemporains, et de chacun je tire une goutte de vinaigre.
Cela fait que mes contemporains voudraient m'envoyer au diable.
Qu'ils cessent de faire des vœux ! Je continuerai.
Quelques personnes, à qui je communiquai ces papiers, furent scandalisées : « Comment ! disaientelles, vous nommez les choses par Içur nom ? »
Cest bn effet une de mes habitudes d'appeler un chat un chat, et M. Gazier un imbécile. Que voulez-vous ? on ne réforme que les lois, et je resterai la même : je n'ai aucune honte à. dire ce que je pense, pas plus que ce que je sens, et c'est ici que Ton pourrait s'étonner.
Mais C^est affaire entre mon ami et moi.
A m'entendre dire tant* de choses énormes, on prétend que je suis un jeune homme, dissimulé sous un pseudonyme plaisant.
La bonne blague !
Mon ami sait comnxent je suis faite: tout est là; et le reste m'importe peu. Que si on le prétendait encore, je serais obligée de laisser dire, car, vraiment, on ne peut pas exiger que je donne à tâter à tout le monde ce que mon ami connaît bien.
Et voilà comment une jeune femme se tire toujours de tout. S. L.