‹ Petits mémoires de la vie littéraireChapitre 17 sur 60 · LES ALBUMS D'AUTOGRAPHES · texte numérisé non relu

LES ALBUMS D'AUTOGRAPHES

Cétait une habitude à la fois charmante, impolie et stupide, que celle des albums d'autographes. Le plus souvent, l'auteur à qui l'on demandait un mot se trouvait agacé par la nécessité où il était de trouver rapidement quelque chose qui fut présentable. Alfred de Musset était passé maître à ce jeu. L'on peut citer aussi ce quatrain de Glatigny, écrit pour une dame du Mans :

Sur cet album, où tout fait preuve, en ses escrimes, Plume, crayon, talent commençant, talent mûr ; Je dépose à mon tour ces innocentes rimes, Comme on laisse en passant son ombre sur un mur.

Barbey d'Aurevilly, la première fois où on lui présenta un album, y déposa cette perle :

Les albums sont des parcs à huîtres qui, toutes, se croient des os tendes,

Dinah Samuel se contenta avec ce distique :

Celui qui met un frein à la fureur des flots, Devrait bien des albums arrêter les complots 1

Mais la palme en ce genre revient à Charles Monselet et Aurélien SchoU. Un jour, près de Menton^ une jeune étrangère leur demanda quelques mots. Monselet sans sourciller, écrivit :

Ecrit le trois janvier, En mangeant une orange A l'ombre d'un palmier.

Étrange 1 Etrange 1 Etrange !

Et il passa la plume à son camarade de l'Evénement, qui^ avec un flegme non moins outrancier^ se contenta avec ceci :

Ecrit le trois janvier, A l'ombre d'une orange.

En mangeant un palmier.

De plus en plus étrange 1

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