LES ALBUMS D'AUTOGRAPHES
Cétait une habitude à la fois charmante, impolie et stupide, que celle des albums d'autographes. Le plus souvent, l'auteur à qui l'on demandait un mot se trouvait agacé par la nécessité où il était de trouver rapidement quelque chose qui fut présentable. Alfred de Musset était passé maître à ce jeu. L'on peut citer aussi ce quatrain de Glatigny, écrit pour une dame du Mans :
Sur cet album, où tout fait preuve, en ses escrimes, Plume, crayon, talent commençant, talent mûr ; Je dépose à mon tour ces innocentes rimes, Comme on laisse en passant son ombre sur un mur.
Barbey d'Aurevilly, la première fois où on lui présenta un album, y déposa cette perle :
Les albums sont des parcs à huîtres qui, toutes, se croient des os tendes,
Dinah Samuel se contenta avec ce distique :
Celui qui met un frein à la fureur des flots, Devrait bien des albums arrêter les complots 1
Mais la palme en ce genre revient à Charles Monselet et Aurélien SchoU. Un jour, près de Menton^ une jeune étrangère leur demanda quelques mots. Monselet sans sourciller, écrivit :
Ecrit le trois janvier, En mangeant une orange A l'ombre d'un palmier.
Étrange 1 Etrange 1 Etrange !
Et il passa la plume à son camarade de l'Evénement, qui^ avec un flegme non moins outrancier^ se contenta avec ceci :
Ecrit le trois janvier, A l'ombre d'une orange.
En mangeant un palmier.
De plus en plus étrange 1
LA VIE UTTÈRAIRB 47