L'OCÉAN
Quand je lis Machiavel, Tacite et les annales
Où notre Révolution Déroule sa grandeur, le deuil, les saturnales,
La gloire et l'expiation.
Tout s'éclaire à présent d'une lueur nouvelle.
Je vois plus loin, je comprends mieux.
Ce que le temps cachait s'explique et se révèle ;
Car le présent m'ouvre les yeux.
Comme un pâtre, la nuit, du haut d'un promontoire
Contemple la mer à ses pieds, Prolongeant mes regards dans l'ombre de l'histoire
Parmi nos débris je m'assieds.
J'étudie aux éclats de la foudre qui gronde,
Penché sur l'abîme béant, Ce terrible élément plus perfide que l'onde,
Le peuple, cet autre océan.
Il a, comme la mer, son calme, ses tempêtes.
Ses flots, ses volcans sous-marins; Son flux et son reflux, son but, ses lois secrètes
Et ses caprices souverains.
Mais nul globe éclatant comme un ami sublime
Ne le régit du haut du ciel, Et nul navigateur n'a pu sonder l'abtme
Où dort ce chaos étemel.