L'ETRANGER
Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis? Ion père, ta mère, la sœur ou Ion frère?
— Je n'ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
— Tes amis?
Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'esi resté jusqu'à ce jour inconnu.
— Ta patrie?
- J'ignore sous quelle latitude elle est située.
— La beauté?
- Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle.
— L'or?
— Je le hais comme vous haïssez Dieu.
- Eh! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étran-
rer?
— J'aime les nuages. . . les nuages qui passent, là-bas... les merveilleux nuages!
LE DÉSESPOIR l)K LA UEILLE.
v petite vieille ratatinée se sentit toute réjouie en voyant ce joli enfant à qui chacun faisait fêle, à qui tout le monde voulait plaire; ce joli être, si fragile comme elle, la petite vieille, et, comme elle aussi, sans dents et sans cheveux.
El elle s'approcha de lui, voulant lui faire des risettes et des mines agréables.
Mais l'enfant épouvauté se débattait sous les caresses de la bonne femme décrépite, et remplissait la maison de ses glapissements.
Alors la bonne vieille se relira dans sa soli-
tude éternelle, et elle pleurait dans un coin, se disant : — ce Ah ï pour nous, malheureuses vieilles femelles, l'âge est passé de plaire, même aux innocents; et nous faisons horreur aux petits enfants que nous voulons aimer! «
LE kCONFITEORt DE L'ARTISTE.
lu; les lins de journées d'automne son! pénétrantes! \h!
pénétrantes jusqu'à la douleur!
car il est de certaines sensations délicieuses dont le vague n'exclut pas l'intensité; et il n'est pas de pointe plus acérée que celle de l'Infini.
Grand délice que celui de noyer son regard dans l'immensité du ciel et de la mer! Solitude, silence, incomparable chasteté de l'azur! une petite voile frissonnante à l'horizon, et qui par sa petitesse et son isolement imite mon irrémédiable existence, mélodie monotone de la houle, toutes
ces choses pensent par moi, ou je pense par elles (car dans la grandeur de la rêverie, le moi se perd vite!); elles pensent, dis-je, mais musicalement et pittoresquement, sans arguties, sans syllogismes, sans déductions.
Toutefois, ces pensées, qu'elles sortent de moi ou s'élancent des choses, deviennent bientôt trop intenses. L'énergie dans la volupté crée un malaise et une souffrance positive. Aies nerfs trop tendus ne donnent plus que des vibrations criardes et douloureuses.
Et maintenant la profondeur du ciel me consterne; sa limpidité m'exaspère. L'insensibilité de la mer, l'immuabilité du spectacle, me révoltent. . . Ah! faut-il éternellement souffrir, ou fuir éternellement le beau? Nature, enchanteresse sans pitié, rivale toujours victorieuse, laisse-moi! Gesse de tenter mes désirs et mon orgueil! L'étude du beau est un duel où l'artiste crie de frayeur avant d'être vaincu.