‹ Petits poèmes en proseChapitre 25 sur 70 · II. .loi .loi IH l'\l \ RE · texte numérisé non relu

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Vous verrez leurs yeux s'agrandir démesurément. D'abord ils n'oseronl pas prendre; ils douteront de leur bonheur. Puis leurs mains agripperonl vivement le cadeau, cl ils s'enfuironl comme

lonl les chats <|iii vonl manger loin de vous le morceau que vous leur ave/ donné, ayant appris à se défier de l'homme.

Sur une route, derrière la grille d'un vaste jardin, au bout duquel apparaissait la blancheur d'un joli château frappé par le soleil, se tenait un enfant beau et frais, babillé de ces vêtements de campagne si pleins de coquetterie.

Le luxe, l'insouciance et le spectacle habituel de la riebesse, rendent ces enfants-là si jolis, qu'on les croirait laits dune autre pâte que les enfants de la médiocrité ou de la pauvreté.

A coté de lui, gisait sur l'herbe un joujou splendide, aussi frais que son maître, verni, doré, vêtu d'une robe pourpre, et couvert de plumets el de verroteries. Mais l'enfant ne s'oc-

Ih PETITS POEMES EN PROSE.

cupait pas de son joujou préféré, et voici ce qu'il regardait :

De l'autre côté de la grille, sur la route, entre les chardons et les orties, il y avait un autre enfant, sale, chétif, fuligineux, un de ces marmots-parias dont un œil impartial découvrirait la beauté, si, comme l'œil du connaisseur devine une peinture idéale sous un vernis de carrossier, il le nettoyait de la répugnante patine de la misère.

A travers ces barreaux symboliques séparant deux mondes, la grande route et le château, l'enfant pauvre montrait à l'enfant riche son propre joujou, que celui-ci examinait avidement comme un objet rare et inconnu. Or, ce joujou, que le petit souillon agaçait, agitait et secouait dans une boîte grillée, c'était un rat vivant! Les parents, par économie sans doute, avaient tiré le joujou de la vie elle-même.

Et les deux enfants se riaient l'un à l'autre, fraternellement, avec des dents d'une égale blancheur.

'Était grande assemblée des Fées, pour procéder à la reparution des dons parmi tous les nouveau-nés, arrivés à la vie depuis vingt-quatre heures.

Toutes ces antiques el capricieuses Sœurs du Destin, toutes ces Mères bizarres de la joie el de la douleur, étaient fort diverses : les unes avaient l'air sombre et rechigné, les autres, un air folâtre et malin; les unes, jeunes, qui avaient toujours élé jeunes; les autres, vieilles, qui avaient toujours été vieilles.

Tous les pères qui ont foi dans les Fées étaient venus, chacun apportant son nouveau-né dans ses bras.

Les Dons, les Facultés, les bons Hasards, les Circonstances invincibles, étaient accumulés à côté du tribunal, comme les prix sur l'estrade, dans une distribution de prix. Ce qu'il y avait ici de particulier, c'est que les Dons n'étaient pas la récompense d'un effort, mais tout au contraire une grâce accordée à celui qui n'avait pas encore vécu, une grâce pouvant déterminer sa destinée et devenir aussi bien la source de son malheur que de son bonheur.

Les pauvres Fées étaient très-affairées ; car la foule des solliciteurs était grande, et le inonde intermédiaire, placé entre l'homme el Dieu, est soumis comme nous à la terrible loi du Temps et de son infinie postérité, les Jours, les Heures, les Alinutes, les Secondes.

En vérité, elles étaient aussi ahuries que des ministres un jour d'audience, ou des employés

du Mont-de-Piété quand une fête nationale autorise les dégagements gratuits. Je crois même qu'elles regardaient de temps à autre l'aiguille de L'horloge avec autanl d'impatience < | «n* des juges humains <|ni. siégeant depuis le matin, ne peuvent s'empêcher de rêver au dîner, à la famille cl à leurs chères pantoufles. Si, dans La justice surnaturelle, il \ a un peu de précipitation cl de hasard, ne nous étonnons |>as (juil en soil de même quelquefois dans la justice humaine. Nous serions nous-mêmes, en ce cas. dos juges injustes.

\ussi furent commises ce jour-là quelques bourdes qu'on pourrait considérer comme bizarres, si la prudence, plutôt que le caprice, était le caractère distinctif, éternel des Fées.

Ainsi la puissance d'attirer magnétiquement la fortune fut adjugée à l'héritier unique d'une famille très-riche, qui. n'étant doué d'aucun sens de charité, non plus que d'aucune convoitise pour les biens les plus visibles de la vie, devait

se trouver plus tard prodigieusement embarrassé de ses millions.

Ainsi furent donnés l'amour du Beau et la Puissance poétique au fils d'un sombre gueux, carrier de son état, qui ne pouvait, en aucune façon, aider les facultés, ni soulager les besoins de sa déplorable progéniture.

J'ai oublié de vous dire que la distribution, en ces cas solennels , est sans appel , et qu'aucun don ne peut être refusé.

Toutes les Fées se levaient, croyant leur corvée accomplie; car il ne restait plus aucun cadeau, aucune largesse à jeter à tout ce fretin humain, quand un brave homme, un pauvre petit commerçant, je crois, se leva, et empoignant par sa robe de vapeurs multicolores la Fée qui était le plus à sa portée, s'écria :

ce Eh! madame! vous nous oubliez! Il y a encore mon petit! Je ne veux pas être venu pour rien. »

La Fée pouvait être embarrassée; car il ne restait plus rien. Cependant elle se souvint à temps

dune loi bien connue, quoique rarement appliquée, dans le monde surnaturel, habité par ces déités impalpables, amies de l'homme, et souveni contraintes de s'adapter k ses passions, telles que les Fées, les (inouïes, les Salamandres, les Sylphides, les Sylphes, les Nixes, les Ondins et les Ondines. — je veux parler de la loi qui concède aux Fées, dans un cas sembla h le à celui-ci. c'est-à-dire le cas d'épuisement des lots. la faculté d'en donner encore un, supplémentaire et exceptionnel, pourvu toutefois quelle ait l'imagination sufïisanle pour le créer immédiatement.

Donc la bonne Fée répondit . avec un aplomb digne de son rang : -Je donne à ton fils... je lui donne... le Don de plaire !r

crMais plaire comment? plaire...? plaire pourquoi? *> demanda opiniâtrement le petit boutiquier, qui était sans doute un de ces raisonneurs si communs, incapables de s'élever jusqu'il la logique de l'Absurde.

fr Parce que! parce que!" répliqua la Fée

courroucée, en lui tournant le dos; et rejoignant le cortège de ses compagnes, elle leur disait : rr Gomment trouvez-vous ce petit Français vaniteux, qui veut tout comprendre, et qui ayant obtenu pour son fils le meilleur des lots, ose encore interroger et discuter l'indiscutable?»

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