LES PROJETS
(huis un palais que je voudrais posséder s;i chère vie. Nous n'y serions pas chez nous. D'ailleurs ces murs criblés d'or ne laisseraient pas une place pour accrocher son image; dans ces solennelles galeries, il n'y a |>as un coin pour l'intimité. Décidément . c'est /// qu'il faudrait demeurer pour cultiver le rêve de ma vie. n
Et, tout en analysant des yeux les détails de la gravure, il continuait mentalement : « Au bord de la mer, une belle case en bois, enveloppée de tous ces arbres bizarres et luisants dont j'ai oublié les noms dans l'atmosphère, une odeur
enivrante, indéfinissable dans la case un
puissant parfum de rose et de musc plus
loin, derrière notre petit domaine, des bouts de
mats balancés par la houle autour de nous.
au delà de la chambre éclairée d'une lumière rose tamisée par les stores, décorée de nattes fraîches et de fleurs capiteuses, avec de rares sièges d'un rococo portugais, d'un bois lourd et ténébreux (où elle reposerait si calme, si bien
éventée, fumant le tabac légèrement opiacé!), au delà de la varangue, le tapage des oiseaux ivres de lumière, et le jacassement des petites négresses , et, la nuit, pour servir d'accompagnement à mes songes, le chant plaintif des arbres à musique , des mélancoliques filaos ! Oui, en vérité, c'est bien là le décor que je cherchais. Qu'ai-je à faire de palais?»
Et plus loin, comme il suivait une grande avenue, il aperçut une auberge proprette, où d'une fenêtre égayée par des rideaux d'indienne bariolée se penchaient deux têtes rieuses. Et tout de suite : rr II faut, — se dit-il, — que ma pensée soit une grande vagabonde pour aller chercher si loin ce qui est si près de moi. Le plaisir et le bonheur sont dans la première auberge venue, dans l'auberge du hasard, si féconde en voluptés. Un grand feu, des faïences voyantes, un souper passable, un vin rude, et un lit très large avec des draps un peu «Apres, mais frais; quoi de mieux?»
LES PROJETS. 9tt
lit en rentra ni seul chez lui, à cette heure où
les conseils de l;i Sagesse ne sont |)lus étouffés par Les bourdonnements do la vie extérieure, il se <lil : «J'ai eu aujourd'hui, en rêve, trois domiciles où j";ii trouvé un égal plaisir. Pourquoi contraindre mon corps à changer de place, puisque mon âme voyage si leslement? El à quoi bon exécuter des projets, puisque le projet est en lui-même une jouissance suilisante?"
bibuotkéca
LA BELLE DOROTHEE.
e soleil accable la ville de sa lumière droite et terrible; le sable est éblouissant et la mer miroite. Le monde stupéfié s'affaisse lâchement et fait la sieste, une sieste qui est une espèce de mort savoureuse où le dormeur, à demi éveillé, goûte les voluptés de son anéantissement.
Cependant Dorothée, forte et fière comme le soleil, s'avance dans la rue déserte, seule vivante à cette heure sous l'immense azur, et faisant sur la lumière une tache éclatante et noire.
Elle s'avance, balançant mollement son torse